Strasbourg : après un rodéo, procès aux assises d’un jeune ayant mortellement percuté un septuagénaire

A compter de ce mercredi 18 novembre, un jeune homme de 21 ans comparaît devant les assises du Bas-Rhin. Le 5 décembre 2018, alors qu’il effectuait un rodéo, il avait percuté mortellement un septuagénaire.

Le rodéo mortel qui a coûté la vie à un septuagénaire le 5 décembre 2018 a eu lieu dans le parc jouxtant l'école élémentaire du Conseil des quinze.
Le rodéo mortel qui a coûté la vie à un septuagénaire le 5 décembre 2018 a eu lieu dans le parc jouxtant l'école élémentaire du Conseil des quinze. © Google Street View
C’est la sixième et dernière session de l’année de la cour d’assises du Bas-Rhin. A compter de ce mercredi 18 novembre, les jurés doivent juger un homme de 21 ans pour avoir percuté un septuagénaire lors d’un rodéo urbain. Ce dernier n’avait pas survécu.

Un soir de décembre 2018

Les faits remontent au 5 décembre 2018 vers 20h45. Nabil El Barkani emprunte la voiture de son père, une Peugeot 206 grise. Avec deux amis à bord, il s’engage dans le square piétonnier de la cité Rotterdam à Strasbourg, non loin de chez lui. Au même moment, comme chaque soir, Gérard Dupuy, un ancien avocat du barreau de Strasbourg, promène sa petite chienne dans le parc jouxtant l’école du Conseil des Quinze.

Avisant le retraité, l’un des passagers de la 206 dit au conducteur, détenteur de son permis de conduire depuis peu : "Il va noter ta plaque". Ce dernier, âgé de 19 ans à l’époque, fait demi-tour, contourne un lampadaire et percute le septuagénaire.

Accroché quelques secondes aux essuie-glaces, le retraité est couché à plat-ventre sur le capot pendant une vingtaine de mètres avant d’être éjecté. Il meurt de ses blessures malgré l’intervention des secours.  

Nabil El Barkani prend la fuite. Le lendemain, il se rend à une station de lavage où, à l’aide d’un ami carrossier, il efface les traces de griffures et passe le karcher à l’avant du véhicule. Il faudra deux jours aux enquêteurs de la Sûreté Départementale du Bas-Rhin pour identifier la voiture et son conducteur. Nabil El Barkani est interpellé le 7 décembre 2018.

Une peine de 20 ans encourue

Après plusieurs dénégations, Nabil El Barkani admet être le chauffard à l’origine des faits. Il dit avoir pris la fuite « par peur ». Dans un premier temps, et au vu du dossier, les deux juges d’instruction, Eliette Roux et Stanislas Massonie, renvoient Nabil El Barkani devant le tribunal correctionnel, estimant que les faits relèvent de l’homicide involontaire aggravé. Or les parties civiles interjettent appel de l’ordonnance de renvoi. Elles sont suivies par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Colmar.

La chambre d’instruction colmarienne estime que Nabil El Barkani a manoeuvré en donnant un coup de volant pour éjecter la victime du capot de son véhicule. "Le véhicule devant être considéré comme une arme par destination", les violences sont volontaires. 

Cette requalification change les perspectives de l'accusé. Devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire aggravé, il aurait encouru dix ans d’emprisonnement. Devant la cour d'assises du Bas-Rhin pour « violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », Nabil El Barkani risque 20 ans de réclusion. Le procès doit durer trois jours.
 

Une famille qui veut la vérité

Le fils de la victime appréhende ce procès. "Je suis reconnaissant que la cour d'assises ait pu être saisie par rapport à cette affaire. Mon souhait serait qu'il réalise la gravité de ses actes, qu'il regrette, et surtout qu'il change... Il ne s'agit pas de vengeance, mon père était chrétien, notre famille est chrétienne : c'est vrai que pour nous, le pardon est quelque chose d'important."

L'avocate de la veuve explique ce qui est attendu. "La famille espère des débats qui pourront se tenir de manière sereine, que les parties et témoins puissent s'exprimer en disant la vérité. Et écarter la thèse de l'accident, qui est celle de l'accusé depuis le départ." Justement, l'avocat de l'accusé détaille sa position. "Il est déterminé à pouvoir s'expliquer. Et inquiet qu'une peine soit infligée. L'enjeu, c'est la qualification. L'actuelle ne correspond pas à la réalité des faits. Le 'meurtre' est pour moi une hérésie. Mon client n'a rien à faire en cour d'assises."

Le procès doit durer trois jours.
 
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