Strasbourg : la radio Fip raccrochera définitivement vendredi 18 décembre 2020 à 19 heures

Sur la sellette depuis plusieurs années, la radio Fip Strasbourg s’éteindra vendredi 18 décembre 2020 à 19h. Une disparition attendue des interventions musicales et culturelles des  animatrices surnommées les « fipettes », entre déception et incompréhension.

Les locaux de FIP Strasbourg, rue Joseph Massol à Strasbourg, partagés avec France Bleu Alsace.
Les locaux de FIP Strasbourg, rue Joseph Massol à Strasbourg, partagés avec France Bleu Alsace. © FIP toujours Strasbourg / Facebook

"C’est difficile à réaliser. Il y aura certainement un contrecoup". Au téléphone, on pourrait presque croire qu’Agnès Sternjacob est au micro, prête à transporter de sa voix si particulière ses auditeurs dans l’antichambre d’un morceau qui va les faire décoller, destination ailleurs. L’animatrice raconte la fin de son aventure à la radio sans varier, sans un trémolo. Il faut dire qu’en 36 ans de carrière, elle en a vécu des soubresauts. "Fip menace nos emplois depuis plus de 30 ans. J’en ai vu partir des stations. Quand j’ai commencé on était une quinzaine, aujourd’hui nous sommes plus que trois", raconte-t-elle.

Création de France info en 1988, création du Mouv, menace du numérique et à la clé des heures d’antennes reniées, des menaces de suppressions d’emplois. Les Fipettes se sont accrochées mais "voilà, c’est fini" comme dit la chanson. Vendredi 19h, il faudra raccrocher le micro avec un peu d’amertume.

"Le concept de Fip en local est un concept magique. Je ne connais pas d’équivalent dans l’histoire de la radio, avec un équilibre aussi fin, un écosystème aussi fragile entre global et local, et la possibilité de franchir des continents. C’est un panachage magnifique", reprend Agnès Sternjacob.

Malgré des audiences "phénoménales", la station alsacienne, au même titre que celle de Nantes et de Bordeaux, est supprimée par Radio France. Cette décision s’inscrit dans un vaste plan d’économie présenté par la présidente de la radio publique Sybil Veil le 15 novembre 2019. A Strasbourg, dix emplois disparaîtront : une coordinatrice en chef à plein temps, quatre animatrices en CDI à 69 % et 5 animatrices remplaçantes en CDD.

"Techniquement, il s’agit d’appuyer sur un bouton. C’est réversible, il suffit d’une volonté politique". L’animatrice voudrait bien croire jusqu’au bout à un retournement de situation, pour elle, ses collègues, les auditeurs "curieux et amateurs de musiques sans frontières et sans œillères", mais aussi pour la culture.

"Fip Strasbourg fait émerger la culture locale. Nous faisons entre 900 et 1.000 annonces culturelles par mois, nous offrons en moyenne 400 places de spectacle chaque mois, nous permettons de créer du lien social et de promouvoir l'économie culturelle locale".

En 2017, le milieu culturel alsacien s’était d’ailleurs largement mobilisé pour sauver FIP. Dans une lettre, 23 directeurs d'institutions telles que le TNS (Théâtre National de Strasbourg) avaient interpellé le directeur de Radio France, Mathieu Gallet, sur l'importance de la sauvegarde de l’antenne régionale.

"C’était miraculeux, parce que nous étions mal barrées", se souvient-elle encore, avant de reprendre. "Je trouve ça scandaleux que le service public laisse la culture locale en jachère. Ce n’est pas France Culture ni France Inter qui vont parler des endroits où des artistes pas encore connus peuvent percer. Il n’y a plus de place pour eux maintenant. A Paris, la région, on ne comprend pas vraiment ce que c’est."

A Strasbourg, en compensation, un poste de délégué musical sera créé. Son objectif ? Dénicher de nouveaux talents notamment sur le plan musical, dans tout le Grand Est et couvrir quelques évènements. "C’est accessoire. Ce n’est plus la même vocation".

"Ça ne remplacera pas ce qu’on faisait avant mais c’est important de conserver ce lien à la culture locale, malgré tout", explique Mary-Line Furmann, 1437 contrats enchaînés chez Fip. C’est elle qui reprendra le flambeau.

Agnès, elle, a déjà d’autres projets, satisfaite, malgré tout, du parcours accompli.  "J’ai eu une chance extraordinaire de pouvoir travailler dans cette radio que je vois comme un objet parfait. Je n’ai pas l’impression d’avoir travaillé mais de m’être amusée. J’avais même l’impression de jouer dans ma chambre."

Vendredi, dans sa voix, comme dans celles des autres animatrices qui se feront entendre ensemble, il y aura certainement beaucoup d’émotion. "Il y a des témoignages de soutien qui sont bouleversants. Les gens nous disent qu’ils ont découvert des choses grâce à nous. Qu’ils sont sortis dans des endroits dans lesquels ils ne seraient jamais allés, c’est extraordinaire".

Des auditeurs qui pour certains d’entre eux se sont déjà donnés rendez-vous devant les locaux de Fip à partir de 18H pour une dernière demi-heure de communion.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture emploi économie