Strasbourg : le street artiste Dan23 redécore l'hôtel du département du Bas-Rhin

Dan 23 a imaginé une oeuvre tout en poésie. / © Document remis - Siméon Levaillant
Dan 23 a imaginé une oeuvre tout en poésie. / © Document remis - Siméon Levaillant

L'artiste de rue Dan23, de son vrai nom Daniel Bussière, s'invite à l'intérieur de l'hôtel du département, à Strasbourg, avec une œuvre haut en couleur pour marquer la promulgation de la loi sur la Collectivité européenne d'Alsace.

Par Noémie Gaschy

Si vous êtes passés devant l'hôtel du département à Strasbourg ces derniers jours, elle ne vous a sûrement pas échappé : une peinture de deux mètres sur deux, en train de prendre forme. Elle est l'œuvre du street artiste strasbourgeois Dan23. Et n'allez pas croire qu'il s'est installé là de son propre chef comme il le fait en général pour peindre ; non, cette fois, ce sont les services du Département du Bas-Rhin qui l'ont sollicité. Le but : lui commander une toile pour célébrer la promulgation de la loi sur la Collectivité européenne d'Alsace

L'artiste a réfléchi, s'est creusé la tête pour trouver quoi peindre sur ce "thème de l'Alsace", avant de très vite trouver l'inspiration, comme une évidence : "Je pars du principe que le seul projet politique qui en vaut la peine aujourd'hui, c'est l'écologie."
 
L'écologie, point central de son œuvre, préoccupation majeure des années à venir aussi selon lui. Sans aucun doute, l'un des principaux chantiers de la future Collectivité Européenne d'Alsace. Encore fallait-il trouver comment donner vie à l'écologie sur une toile.
 

Une cigogne et la cathédrale de Strasbourg

Dan23, Daniel Bussière de son vrai nom, a imaginé un enfant volant vers l'avenir sur le dos d'une cigogne. "J'ai voulu représenter l'enfance car ce sont nos gamins qui vont devoir faire d'autres choix dans le futur, explique-t-il. Aujourd'hui, les décisions idéologiques sont liées au capitalisme mais on arrive au terme de ce système de pensée car capitalisme et écologie ne sont pas compatibles." 
 
Il a baptisé la peinture "Fly me to the moon". Les plus avertis reconnaitront le titre d'une chanson de Frank Sinatra. Il faut plutôt se fier au sens des paroles, car "il faut un peu demander la lune si on veut espérer que les choses changent", sourit l'artiste. 

L'enfant sur la toile souffle dans des bulles de savon, qui renferment par exemple la cathédrale de Strasbourg ou représentent la marque Alsace. Tout cela dans un univers très coloré qu'affectionne particulièrement Dan23 dans son travail.
 

Une toile poétique

Une vision poétique, assumée : "Je fais beaucoup de peintures où mon message est bien plus explicite. Mais là, j'ai essayé de ne pas être trop virulent sinon les gens n'entendent pas ce qu'on essaye de dire. Les messages moralisateurs, ça ne fonctionne pas, alors j'essaye de mettre de la poésie", détaille celui qui affirme avoir pris conscience de l'urgence écologique, s'est mis à privilégier le circuit court et se déplace à vélo, même s'il reconnaît "de loin ne pas être le plus vertueux". Sur ses autres réalisations, il a tendance à être de plus en plus critique, "à raconter de plus en plus ce que font les multinationales".

Pour cette œuvre qui sera accrochée début septembre dans l'hôtel du département, en face de l'accueil, il fallait sans doute aussi ne pas aller trop loin, trop vite. Etre convié à exposer dans ce lieu est déjà un grand pas. Car l'artiste qui a fait de la rue son mode d'expression, aime rappeler qu'il y a quatre ou cinq ans, les graffitis étaient "très mal vus."

Il risquait d'être arrêté à chaque fois qu'il maniait la bombe sur la voie publique. Les temps changent, les mentalités aussi, ouf. Et tant pis si Dan23 n'a finalement pas été autorisé à peindre une façade complète du bâtiment comme promis au départ...cette première peinture en appelle sans doute d'autres. 
Les passants ont été nombreux à questionner Dan23 sur son oeuvre pendant ses deux jours de travail. / © Document remis Elisabeth Gomes
Les passants ont été nombreux à questionner Dan23 sur son oeuvre pendant ses deux jours de travail. / © Document remis Elisabeth Gomes

"Fly me to the moon" suscite en tout cas de nombreuses réactions. Outre les services du département qui auraient selon le Strasbourgeois apprécié la toile, les passants ne tarissent pas d'éloges sur le rendu final.

Elisabeth passait dans le coin lorsqu'elle a vu Dabiel Bussière travaillé. Elle nous confie son émotion, même quelques jours plus tard : "Je suis restée figée devant la beauté démesurée de son œuvre et toute la symbolique que j'y trouvais". Elle affirme même qu'elle lui a donné des "ailes et de la légèreté" alors qu'elle se rendait à un entretien d'embauche, l'estomac noué. Le pouvoir de l'art... 

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