Strasbourg : un défilé de mode "politique" pour dénoncer le travail forcé des Ouïghours

Un défilé de mode à portée politique a eu lieu ce dimanche 26 septembre sur les marches de l’opéra de Strasbourg. Organisé à l’initiative d’une association de soutien au peuple Ouïghour, il visait à dénoncer le travail forcé des ethnies minoritaires dans l’industrie textile en Chine.

A la veille de l’ouverture de la Fashion Week de Paris, ce défilé-là, n’avait rien de "m’as-tu vu". Tendance "chic" mais pas vraiment "bon genre". Et pour cause. Sa portée politique valait bien plus que ses créations si colorées et évocatrices de contrées lointaines soient-elles.

Ce dimanche 26 septembre, une quinzaine de jeunes mannequins amateurs ont revêtu des créations mêlant tenues traditionnelles d’Asie centrale (Ouïghoures, Kazakhes, Tibétaines, Mongoles…) et tenues occidentales, le tout présenté sur les marches de l’Opéra national du Rhin en guise de podium.

Des vêtements conçus moins pour attirer l’œil que pour éveiller les consciences. A la manœuvre, l’association Strasbourg For Uyghurs, qui se définit comme étant "en lutte contre le génocide Ouïghour par le gouvernement chinois", associée à l’artiste peintre strasbourgeoise Bella Cleever.

"Je suis une amoureuse de l’art et le sujet de l’esclavage me touche énormément. Il est impossible que l’on soit privé de liberté aujourd’hui. Je me suis demandé comment aider cette association à se faire entendre ? Des robes exceptionnelles !", confie cette dernière.

Le tissu en porte-voix pour dénoncer "les milieux de la mode, de la haute couture et de la Fast Fashion qui utilisent le travail forcé des Ouïghours et autres communautés emprisonnées en Chine pour produire massivement et à moindre coût les vêtements que nous portons au quotidien en Europe et dans le monde entier", écrit l’association alsacienne.

"Ça profite à toutes les marques que l’on achète régulièrement comme Nike, Zara, Uniqlo, Apple, ect. Quand on achète ces produits, on se rend responsable de cette mise en esclavage. Les Ouighours sont des esclaves modernes, il est temps que l’on accepte ce terme. Il faut faire réagir l’opinion publique", martèle Lucy Ruch, responsable du projet.

Pour toucher le public le plus large possible, l’évènement a été filmé et donnera lieu à une vidéo prochainement postée sur les réseaux sociaux. Parmi les cibles de Strasbourg For Uyghurs, les jeunes sont en première ligne.

"La France c’est le seul pays où la jeunesse s’est autant mobilisé pour la cause Ouighour alors que le gouvernement français est presque le seul gouvernement occidental à ne rien faire", appuie Dilnur Reyhan, présidente de l'Institut ouïghour d'Europe. "Le génocide dure depuis 5 ans, des gens meurent, 3 millions de personnes sont dans des camps de concentration. Des millions de familles sont déchirées. Les mots, les condamnations ne suffisent plus. C’est pourquoi la jeunesse doit se mobiliser pour pousser les politiques a arrêté d’être hypocrites".

Les géants des textiles visés par une enquête

Sur le plan judiciaire, le parquet national antiterroriste français a ouvert fin juin 2021 une enquête contre quatre entreprises du secteur du textile pour "recel de crimes contre l'humanité". Cette procédure est en lien avec les soupçons de travail forcé subi par les membres de la communauté musulmane ouïghour, dans la province chinoise du Xinjiang. Quatre grandes enseignes sont dans le collimateur : le japonais Uniqlo, le groupe espagnol Inditex, propriétaire de Zara et Bershka, le français SMCP (Sandro, Maje, Claudie Pierlot, De Fursac) et le fabricant américain de chaussures de sport Skechers.

L'ouverture de l'enquête fait suite à une plainte déposée en avril 2021 par l'association anticorruption Sherpa, le collectif Ethique sur l'étiquette, l'Institut ouïghour d'Europe et une Ouïghoure ayant été internée dans la province du Xinjiang. Ils reprochent aux marques de commercialiser des produits fabriqués en totalité, ou en partie, dans des usines chinoises où des Ouïghours sont soumis au travail forcé.

De leurs côtés, les principales intéressées démentent profiter sur place de la situation des Ouïghours. Certaines avancent qu'elles ont dénoncé le travail forcé et font même pour cela l'objet de mesures de rétorsion des autorités chinoises.

 

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