Strasbourg : West Side Story brûle les planches de l'opéra national du Rhin

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Écrit par Cécile Poure

Broadway en Alsace : qui l'eut cru ? La comédie musicale West Side va faire trembler les planches de l'Opéra national du Rhin de Strasbourg pendant un mois. Une soixantaine d'artistes internationaux dont les danseurs de l'opéra, secoués eux aussi pour l'occasion, revisitent le classique de Léonard Bernstein. Une première en France. Jouissif.

C'est un monument des grandes comédies musicales, West Side Story, qui débarque pour la première fois en France. A Strasbourg. Au très classique Opéra National du Rhin. Cela faisait suffisamment de premières pour valoir un article.

Jusqu'ici seul l'Opéra de Berlin avait réussi à obtenir les droits de cette œuvre créée au Winter Garden de Broadway en 1957, avant d'être adaptée au cinéma et d'entrer dans le panthéon hollywoodien.

Un classique de la comédie musicale ...

Histoire de vous rafraîchir la mémoire, West Side Story c'est un peu Roméo et Juliette à la sauce barbecue. Sucrée salée. New-yorkaise. La comédie musicale dont on fredonne encore les "Maria Maria ou America" sous la douche met en scène deux gangs rivaux, les Jets, descendants d'immigrés européens et les Sharks, des portoricains, déjà tout un programme. 

Tony des Jets et Maria des Sharks tombent en amour et en chansons. Comme Roméo et Juliette avant eux, ils nous pourront pas se soustraire à la haine et l'intolérance de leur communauté respective. Bref, ça finit mal.

… A l'Opéra

L'Opéra national du Rhin s'était déjà essayé à ce style musical peu classique, ou en tous cas pas au sens où on l'entend là-bas. En 2020, Un violon sur le toit avait fait un triomphe. Là, une autre étape est franchie. Et de taille.

Plus de soixante interprètes se retrouvent sur scène, une distribution internationale de chanteurs spécialistes en comédie musicale mais aussi les danseurs du Ballet de l’Opéra, au grand complet. Un tour de force et de chant pour ces derniers peu habitués à ce genre de mambo et encore moins de vocalises.

"La facilité qu'on a, nous les danseurs, si on fait de l'art dramatique c'est le côté placement du corps dans l'espace, on a toujours une proposition corporelle. Pour le reste..." confie Marin Delavaux, danseur à l'opéra du Rhin.

Aujourd'hui on ne peut plus dire qui vient du monde de la danse ou qui vient de celui de la comédie musicale. Tout ce petit monde a fait corps. C'est la magie de l'opéra.

Alain Perroux, directeur de l'Opéra du Rhin

Pour le reste, ça a été un tout petit peu plus compliqué.
Mais les répétitions aidant et l'esprit de corps soufflant, la magie a opéré. "Aujourd'hui on voit vraiment une troupe, on ne peut plus dire qui vient du monde de la danse ou qui vient de celui de la comédie musicale. Tout ce petit monde a fait corps, c'est toute la beauté de l'opéra", explique Alain Perroux, le directeur de l'Opéra du Rhin.

L’Orchestre symphonique de Mulhouse est dirigé par David Charles Abell, un disciple du compositeur Leonard Bernstein. Fidèle parmi les fidèles.

La mise en scène de Barrie Kosky et la chorégraphie d’Otto Pichler ont, elles, été créées à la Komische Oper de Berlin il y a huit ans. Sans jusqu'alors avoir été remontées.

Si l'opéra ouvre désormais ses portes à la comédie musicale, c'est qu'ailleurs les portes se ferment. Non pas à cause des courants d'airs mais bien faute de moyens.

"Aujourd'hui donner une comédie musicale avec 50 personnes sur scène et 50 dans l'orchestre, ce n'est plus possible, ni à Broadway, ni dans le West end à Londres, faute d'argent. Dans nos maisons subventionnées, nous le pouvons encore et dans les orchestrations d'origine. Alors faisons-le", poursuit Alain Perroux.

West Side Story restera sur scène un mois. Jusqu'au 29 juin 2022. Avant de tirer le rideau. L'occasion pour les férus de l'opéra de changer un peu de registre ou pour les réfractaires de mettre un pied dans cette belle institution. Allez-y, non pas les yeux fermés ce serait dommage, mais en courant, en sautant ou en salto arrière, même tiens.