TEMOIGNAGES. Strasbourg : le GHB, "drogue du violeur", ferait de plus en plus de victimes dans les discothèques

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Écrit par Léna Romanowicz ; Karine Gélébart
Le GHB, dit la "drogue du violeur", est administré à l'insu des victimes, qui évoquent "un trou noir". Leurs témoignages se multiplient dans plusieurs villes de France depuis l'été.
Le GHB, dit la "drogue du violeur", est administré à l'insu des victimes, qui évoquent "un trou noir". Leurs témoignages se multiplient dans plusieurs villes de France depuis l'été. © Nicolas Vallori/La Provence/MaxPPP

A Strasbourg comme dans plusieurs villes de France, les témoignages de victimes de GHB, la "drogue du violeur", se multiplient depuis l'été. Le collectif Ru'elles en a rassemblés une trentaine pour déposer un dossier de signalement auprès du procureur et encourager l'ouverture d'une enquête.

Tout est parti d'un premier témoignage, publié sur les réseaux sociaux : une étudiante, droguée à son insu lors d'une soirée dans un bar strasbourgeois. En retour de ce partage d'expérience glaçante, elle recueille près d'une trentaine de récits qui se ressemblent : des femmes et des hommes qui ne se souviennent pas ou peu d'une fin de soirée passée dans l'un ou l'autre établissement de nuit strasbourgeois...

Lucie (le prénom a été modifié) soupçonne l'utilisation de GHB, l'acide gamma-hydroxybutyrique, surnommé la "drogue du violeur", transparente et inodore, glissée discrètement dans les verres des victimes, et qui les place en état de confusion, allant jusqu'à l'amnésie, le "trou noir." Un stupéfiant difficile à détecter car il reste moins de 12 heures dans les urines et quelques heures dans le sang. Le fléau prend de l'ampleur dans plusieurs villes de France depuis l'été dernier.

"Je ne tenais plus sur mes jambes"

Le 14 octobre, elle fête l'anniversaire d'un ami à la Salamandre. Après 23h45, elle n'a plus aucun souvenir de sa soirée. "Je ne me souviens même pas d'avoir souhaité l'anniversaire de mon ami. J'ai juste des mini flashs. On est resté deux heures sur un trottoir à attendre que ça passe. Je ne tenais plus debout, je n'avais plus le contrôle de mon corps, on a dû me porter. Je n'ai même pas bu deux verres d'alcool", souligne l'étudiante de 21 ans. Elle comprend rapidement que quelque chose d'anormal s'est passé et se rend à un laboratoire d'analyse pour faire une prise de sang. Mais sans ordonnance médicale, impossible pour elle d'aller plus loin. Le 16 octobre, elle décide d'aller porter plainte à l'Hôtel de police de Strasbourg. "J'ai pu raconter toute l'histoire mais les policiers m'ont dit que sans preuve, je ne pouvais pas porter plainte. Je n'ai pas eu la force d'insister.

Face à un afflux de témoignages similaires au sien, elle fait appel au collectif Ru'elles, né à Strasbourg à l'été 2020 pour dénoncer le harcèlement de rue et accompagner les victimes. Le collectif constitue un dossier pour signaler les cas au procureur et demander l'ouverture d'une enquête. Il encourage les victimes à se signaler, auprès de lui, ou directement auprès du procureur.

Trou noir, paralysie, malaise... au fil des témoignages, les symptômes sont toujours les mêmes. "J'étais dans un état de demi-conscience. En rentrant, je suis tombée sur mon lit avec la lumière encore allumée et mon sac en bandoulière. Le matin, j'avais les cheveux mouillés alors j'en ai déduit que j'avais pris une douche. Je ne me souviens de rien, je n'étais pas moi. Heureusement, j'habitais à deux rues du bar", raconte une anonyme qui pense avoir été droguée en août 2019. 

A 27 ans, Camille pense être victime de GHB pour seconde fois. "Le 18 septembre, j'ai bu deux bières dans un bar et on est parti danser au FAT avec un groupe d'amis. J'y ai pris un gin tonic et 40 minutes plus tard, je commençais à tanguer. Je ne tenais plus sur mes jambes. Je ne me souviens pas du tout de ce moment, mes amis me l'ont raconté. Ils m'ont pris un Uber pour que je rentre. Le seul souvenir qu'il me reste, c'est quand j'ai voulu me faire à manger. Je suis tombée, je commençais à être paralysée. J'ai tout de suite pris une douche froide."

Quelques années en arrière, elle avait été jusqu'aux analyses pour confirmer ses doutes. Face à un résultat positif à la drogue, elle a voulu porter plainte. "C'était lors d'une fête votive, alors les policiers m'ont dit que ça ne servait à rien, qu'il n'y avait aucune preuve. Comme j'avais déjà été dans cet état, j'ai eu les bons réflexes." Cette fois encore, elle compte de nouveau se rendre au commissariat. 

Peu de plaintes déposées dans le Bas-Rhin

Pour l'instant, le nombre de plaintes déposées est minime. Dans un communiqué reçu le 20 octobre, la Police nationale du Bas-Rhin signale que seulement quatre plaintes "pour suspicion d'administration de substances nuisibles" ont été déposées entre 2017 et 2021. Elle recommande par ailleurs de toujours prêter attention à son verre, de ne pas en accepter un tendu par un inconnu et de s'assurer de ce qui est servi dedans, notamment dans les boîtes de nuit, lorsque le consommateur est invité à une table sur laquelle des bouteilles sont déjà présentes.

De son côté, le collectif Ru'elles attend de collecter le plus de témoignages possibles avant de déposer son dossier au procureur. "Une plainte peut être directement déposée, en ligne, sans même passer par le commissariat, explique Tiphany Hue, présidente de Ru'elles. Et nous sommes là en soutien si besoin, pour expliquer les procédures, accompagner... Et plus il y aura de cas signalés, plus la nécessité d'ouvrir une enquête deviendra évidente." Le code pénal prévoit cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende pour l'administration de substances nuisibles.

Pour porter plainte, vous trouverez un modèle de document en cliquant sur ce lien.

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