Alsace : les démineurs sur le front pour neutraliser les munitions de guerre trouvées par les promeneurs

A la belle saison, les démineurs alsaciens sont à l'oeuvre pour déminer les sols des forêts. Sur les anciens lieux de combat, du Hartmannswillerkopf à la poche de Colmar, grenades et obus peuvent encore menacer la sécurité des promeneurs.

Il reste d'innombrables munitions dans les sols Alsaciens, comme cette grenade française datée de 1915 découverte au Hartmannswillerkopf
Il reste d'innombrables munitions dans les sols Alsaciens, comme cette grenade française datée de 1915 découverte au Hartmannswillerkopf © Vincent Roy/France Télévisions

Lorsque l’on se promène en forêt, on ne s’attend pas forcément à tomber dessus et pourtant. Les munitions de guerre sont encore très présentes dans le sol des anciens sites de combat. Des vestiges des conflits de 14-18 et de 39-45 essentiellement découverts par les promeneurs dès la belle saison revenue. Les démineurs multiplient les interventions.

"C’est un modèle français de 1915,  juste au bord du sentier. Avec les promeneurs, ça pourrait être dramatique", confie Dominique Berlet, chef démineur, lorsqu’il découvre, après un appel, une grenade posée au pied d’un arbre au Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin). L’endroit, haut lieu des affrontements de la Première guerre mondiale, regorge de trouvailles. A l’époque, Français et Allemands ont passé quatorze mois sur la crête en s'envoyant jusqu'à 30.000 obus chaque jour.

"On trouve beaucoup de projectiles qui ont été tirés, qui n’ont pas explosé et qui se sont enfoncés. Et avec la rotation de la terre, l’érosion, le ravinement, les pluies, ça revient systématiquement en surface. Là, on récupère des choses qui étaient encore invisibles il y a 50 ans", précise de son côté Pierre H, démineur.

La Seconde guerre mondiale, guerre de mouvement, a elle aussi laissé des traces. A part dans la poche de Colmar où les combats se sont figés début 1945, ses munitions sont davantage disséminées le long de la bande rhénane et au nord de Haguenau (Bas-Rhin), notamment.

Les démineurs retrouvent des munitions même à Strasbourg. Dans leur collection, des projectiles peuvent dater de l'époque napoléonienne.
Les démineurs retrouvent des munitions même à Strasbourg. Dans leur collection, des projectiles peuvent dater de l'époque napoléonienne. © Vincent Roy/France Télévisions

Une vingtaine d'appels par jour 

Certains jours, les démineurs reçoivent jusqu’à une vingtaine d’appels, nécessitant vérification et intervention. Si certains obus, ne représentant plus de dangers, peuvent être transportés, 10% des munitions découvertes sont neutralisées sur place. Le risque est parfois important, surtout lorsqu’elles sont localisées dans des zones peuplées.

"C’est une grosse partie de nos interventions dans le Bas-Rhin. A l’occasion de travaux de bâtiments, de création de lotissements, de gens qui font des piscines, on a déjà eu des munitions très proches d’habitations", indique Nicolas Dominiak, chef démineur.

Les professionnels retrouvent même des munitions à Strasbourg. Dans leur collection, ils comptent par exemple des projectiles qui peuvent dater de l'époque napoléonienne. "Ce sont des boulet qu’on retrouve notamment sur le terrain du Polygone. Ils gardent leur dangerosité car ils sont chargés en poudre noire", avance encore ce dernier.

Nettoyer l'Alsace de ses munitions prendra encore au moins 400 ans. Si vous en trouvez, surtout n'y touchez pas et appelez tout de suite une mairie, la police ou les gendarmes.

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