Cancer du sein - "Les Femmes en rose", à Haguenau : un lieu unique où trouver petits conseils et grande écoute

C'est une boutique où les femmes viennent chercher aussi bien une crème pour leur peau abîmée, un beau foulard pour habiller leurs têtes devenues chauves. Et surtout ce qui ne s'achète pas : le partage. Anne Schmitt a ouvert son concept store pour que les malades s'y sentent bien. Et c'est réussi.

Anne Schmitt a plein de produits adaptés à proposer à ses clientes, ses "filles" comme elle dit. Mais elle leur offre surtout son écoute et sa bienveillance.
Anne Schmitt a plein de produits adaptés à proposer à ses clientes, ses "filles" comme elle dit. Mais elle leur offre surtout son écoute et sa bienveillance. © Karine Gélébart/France TV
C'est un peu comme si Anne Schmitt nous accueillait chez elle. Un deux-pièces lumineux, hauts plafonds, parquet au sol, dans un bel immeuble, en plein coeur de Haguenau, mais un peu en retrait de la Grand-rue, au fond d'une cour. Les femmes ne poussent pas la porte des "Femmes en rose" par hasard. La porte d'ailleurs est toujours ouverte et Anne attend "les filles" avec un sourire chaleureux qui se devine sous le masque. "Je ne peux pas les appeler "mes clientes", explique-t-elle. Ce sont "mes filles"! Il y a un lien très fort qui se crée..."
 
Il n'est pas rare qu'un petit passage dans la boutique d'Anne Schmitt se termine autour d'un café, dans le canapé!
Il n'est pas rare qu'un petit passage dans la boutique d'Anne Schmitt se termine autour d'un café, dans le canapé! © Karine Gélébart/France TV

"Un lien de confiance énorme", renchérit Fabienne Michel, l'une des "filles". Cette quinquagénaire est soignée pour une récidive de cancer du sein. "Quatorze ans après le premier, c'est dur..." Quand elle a une baisse de moral, besoin de discuter, de partager, c'est ici qu'elle vient. Car avec Anne Schmitt et toutes les femmes qu'elle croise dans sa boutique, elle sait qu'elle sera écoutée. Et comprise.


Un cancer du sein à 37 ans

La fondatrice de ce lieu unique, qui mêle vente de produits adaptés à la maladie, ateliers de bien-être et lieu de rencontres, a elle-même dû combattre la maladie. "J'avais 37 ans quand on m'a diagnostiqué un cancer du sein. Cétait en 2016." Quatre ans plus tard, après seize séances de chimiothérapie, quatre opérations, de la radiothérapie, une reconstruction mammaire, la jeune femme en est venue à bout. Profondément changée. "On ne voit plus la vie de la même façon, c'est sûr. Moi, j'ai eu envie de me lancer dans le projet des Femmes en rose. Je ne me voyais pas reprendre le travail comme avant, comme vendeuse en bijouterie. J'avais envie de créer mon truc à moi."
 
Anne Schmitt a vaincu un cancer du sein, diagnostiqué à l'âge de 37 ans. Après sa maladie, elle a eu l'idée et l'envie de lancer un concept store dédié aux femmes malades.
Anne Schmitt a vaincu un cancer du sein, diagnostiqué à l'âge de 37 ans. Après sa maladie, elle a eu l'idée et l'envie de lancer un concept store dédié aux femmes malades. © Karine Gélébart/France TV

Et comme pendant sa maladie, elle s'est souvent sentie démunie, pas tant face aux soins que dans sa vie quotidienne, elle a eu envie de créer un lieu où les femmes trouveraient des réponses. "Moi, je participais souvent aux activités et rencontres proposées par l'association Coeur des sables, à Haguenau. Mais elles avaient souvent lieu au sein de l'hôpital, ou en rapport avec le milieu hospitalier. Et j'aurais eu besoin d'en sortir, pour prendre soin de moi autrement, ailleurs."
 

Quand vous tombez malade, vous arrivez dans un monde inconnu. Vous êtes perdues et vous avez besoin d'être conseillées et guidées.

Emmanuelle Colinet, habituée des Femmes en rose


"Quand vous tombez malade, c'est comme quand vous êtes enceinte, explique Emmanuelle Colinet, l'une de ses habituées. Vous arrivez dans un monde inconnu. On sort de l'hôpital avec une tonne de recommandations, de produits à éviter, d'autres à utiliser. Il faut adapter les sous-vêtements, savoir comment gérer la perte des cheveux et tous les effets secondaires... On est perdu!"


Partage d'expérience

Elle, par exemple, une infirmière lui a conseillé du vernis, pour renforcer ses ongles fragilisés par le traitement. Mais que choisir? Où trouver le plus adapté? Fabienne, ce sont ses cheveux et ses sourcils qui lui posaient grand tracas. "Je n'arrive pas à affronter le regard des gens, donc je ne sors pas crâne nu. Mais les perruques, ça gratte, ça tient chaud..." La solution, elle l'a trouvée aux "Femmes en rose" : un foulard assorti d'une frange, création des Frangynes, une marque niçoise, imaginée par... une ancienne cancéreuse.

"On se comprend bien, quand on a partagé les mêmes expériences, affirme Anne Schmitt. Et puis je privilégie au maximum les marques françaises, et même locales quand c'est possible. Des produits naturels aussi."

Je privilégie les marques françaises, locales, et naturelles.

Anne Schmitt, fondatrice des Femmes en rose


Dans sa boutique, elle propose produits cosmétiques, maquillage, sous-vêtements, bijoux... Elle s'est formée pour maîtriser ces marques particulièrement adaptées aux malades. Le grand public ne les connaît pas forcément et elles sont pourtant nécessaires pour prendre soin d'elles et de leur image. "C'est très important de pouvoir garder sa féminité..."
 
Produits cosmétiques, maquillage, sous-vêtements, foulards... Anne Schmitt privilégie des marques françaises et compositions naturelles.
Produits cosmétiques, maquillage, sous-vêtements, foulards... Anne Schmitt privilégie des marques françaises et compositions naturelles. © Karine Gélébart/France TV


Des ateliers chaque semaine

Et de se faire du bien aussi. Anne Schmitt travaille avec des sophrologues, des esthéticiennes, organisent des ateliers de bricolage... Elle propose ainsi un ou deux rendez-vous chaque semaine. Par exemple avec Jordane Kehlhoffner : cette jeune femme de Schleithal s'est spécialisée dans la micro-pigmentation des sourcils. En clair, elle redessine les sourcils des femmes qui n'en ont plus. "Les techniques ont beaucoup évolué, explique-t-elle. Avant, on tatouait un trait et voilà. Aujourd'hui, c'est un travail très fin, très réaliste et qui n'est pas définitif : le jour où les femmes n'en veulent plus, elles peuvent s'en passer, la pigmentation s'efface peu à peu..."
 
Aux Femmes en rose, interventions de spécialistes et ateliers sont régulièrement proposés pour le bien-être et l'accompagnement des malades : sophrologue, esthéticienne, masseuse... Ici, Jordane Kehlhoffner, qui pratique la micro-pigmentation des sourcils.
Aux Femmes en rose, interventions de spécialistes et ateliers sont régulièrement proposés pour le bien-être et l'accompagnement des malades : sophrologue, esthéticienne, masseuse... Ici, Jordane Kehlhoffner, qui pratique la micro-pigmentation des sourcils. © Karine Gélébart/France TV

Une rencontre qui a fait tellement de bien à Fabienne Michel. Grâce au travail de Jordane, elle a l'impression d'avoir à nouveau un regard qu'elle peut affronter dans le miroir. Avec le foulard, elle se sent mieux aussi. Et sur le canapé rose pâle où elle a pris place, dans l'espace doux et cosy des "Femmes en rose", encore mieux.
 
La porte des Femmes en rose est toujours ouverte. Et il y a du passage toute la journée!
La porte des Femmes en rose est toujours ouverte. Et il y a du passage toute la journée! © Karine Gélébart/France TV

Un espace qui bientôt s'étendra au petit jardin, à l'arrière de l'immeuble. Anne Schmitt compte y proposer aux beaux jours de nouvelles activités, du yoga par exemple. La quadragénaire ne manque pas d'idées pour continuer à développer sa boutique. Et à avancer, laissant toujours plus loin derrière elle son cancer, en accompagnant au mieux celles qui doivent affronter le leur.
 

S'y rendre

Les Femmes en rose
57 Grand'rue
67500 Haguenau
03 90 59 48 79
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