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Les nouvelles idées de l'association Vallée de Munster en transition pour vivre mieux avec moins d'énergie et plus d'éthique

Le jardin à visiter de Michel Hutt / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Le jardin à visiter de Michel Hutt / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Oui, vivre mieux avec moins d’énergie nucléaire ou fossile, c’est possible, en favorisant de vrais échanges humains. Les nouvelles initiatives de l’association Vallée de Munster en transition le prouvent : jardin dédié à la biodiversité, épicerie participative, et même un polar.

Par Sabine Pfeiffer

Depuis des années,  l'association Vallée de Munster en transition  veut démontrer qu'on peut mieux vivre ensemble, tout en consommant moins d'énergies fossiles et sans dépendre du nucléaire. Bref, que la décroissance n'est pas triste, bien au contraire. Ses divers groupes de réflexion ont fait naître des tonnes d'initiatives.

En vrac et dans le désordre : le stop organisé à l'échelle de toute la vallée, des cafés pour réparer ses objets défectueux, un poulailler participatif, un groupe de santé locale, un sentier de fleurs sauvages, et bien d'autres choses. Parmi les dernières nouveautés, qui ont émergé malgré la crise sanitaire, nous vous en présentons trois.

Un jardin à visiter

L'un des membres fondateurs de l'association, Michel Hutt, a construit avec son épouse une maison en paille, très bien isolée et économe en énergie. Ces dernières années, ils l'ont agrémentée d'un jardin paradisiaque, selon les principes de la permaculture. Un lieu de bien-être pour l'humain et de respect pour la biodiversité, qu'ils ouvrent désormais au public un soir par semaine.

La mare, paradis de la biodiversité / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
La mare, paradis de la biodiversité / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

"L'eau de la mare vient du toit, c'est de l'eau de pluie, qui s'écoule de la gouttière" explique Michel Hutt en faisant le tour du propriétaire. "Nous avons créé cette mare il y a quatre ans." Un délai presque inconcevable, tant la faune qui peuple le plan d'eau et la végétation alentour semblent avoir été là depuis toujours. Des poissons rouges et de belles carpes koï dérangent à plaisir des bandes de mini têtards. Des nénuphars et des iris d'eau sont prêts à s'épanouir. "Parfois, un écureuil vient y boire" confie Michel Hutt, "de même que le chat du voisin."

Ce lieu semble être une oasis de bien-être partagée par tous. "La mare favorise la biodiversité" confirme son concepteur. "Crapauds, grenouilles, salamandres, libellules, toutes sortes d'insectes" s'y côtoient. Et les poissons évitent la prolifération des moustiques, car ils sont friands de leurs oeufs.

La partie haute du jardin avec la serre / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
La partie haute du jardin avec la serre / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Dans la partie haute du jardin, encore une prairie d'orties et de ronces il y a deux ans à peine, croît un mélange de fleurs et de comestibles. Les plates-bandes aux formes variées sont joliment bordées de briques rouges. Les fraisiers terminent leur floraison et les tuteurs attendent la montée des haricots. Les potirons et autres courges ont déjà pris racine parmi les fleurs mellifères, et l'espace bourdonne et bruisse.

"Ce jardin nous ressemble" sourit Michel Hutt. "Un peu fou, pas trop rigide (…) Il procure de la joie par ses sons, ses couleurs et ses formes. C'est un lieu où on se sent bien. On a tout mélangé, car la nature mélange tout. Moi j'aime manger, je veux mettre des légumes partout. Et ma femme adore les fleurs."

A l'extrémité, une serre, bâtiment de vitres et de tuiles. Grande de l'extérieur, elle s'avère en réalité longue et très étroite. La paroi arrière est constituée d'un vieux mur de pierre, adossé à une pente. "Ce mur emmagasine la chaleur dès le printemps, et permet ainsi de compenser le froid nocturne" explique Michel Hutt. "Et nous avons couvert le toit de tuiles, pour éviter la surchauffe en été."

Dans la serre, un mur de pierre emmagasine la chaleur / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Dans la serre, un mur de pierre emmagasine la chaleur / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Pour leurs besoins énergétiques, les propriétaires ne veulent pas dépendre du nucléaire. Ils produisent leur propre électricité via une demi-douzaine de panneaux solaires. "Bien entendu, ça influence notre consommation" précise Michel Hutt. "Car notre production est limitée, et irrégulière. Par exemple, en hiver, nous ne pouvons pas utiliser de frigo. S'il fait froid, nous mettons nos produits dans la dépendance."

Pour eux, l'essentiel est d'avoir de l'éclairage et d'alimenter leur petit ordinateur. Mais "le lave-linge, et parfois le lave-vaisselle, tournent seulement quand le soleil brille, jamais quand il pleut. Ça fonctionne bien, si on accepte le fait que le soleil est absent la nuit, et plus discret en février-mars qu'en juin. Mais nous nous adaptons à la nature."

Michel Hutt devant ses panneaux photovoltaïques / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Michel Hutt devant ses panneaux photovoltaïques / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Le couple a eu envie de faire découvrir les beautés et les secrets de son jardin à toute personne intéressée. "Quand nous voyageons, nous aimons rencontrer des gens et visiter des jardins. Donc nous nous sommes dit : pourquoi pas proposer la même chose à ceux qui viennent dans la vallée ?" Les visites, gratuites, sont possibles chaque jeudi soir, en s'inscrivant sur le site de l'office de tourisme de la vallée de Munster

Partager les sons, les couleurs, les sensations, une invitation à découvrir ce jardin / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Partager les sons, les couleurs, les sensations, une invitation à découvrir ce jardin / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Outre le plaisir de l'échange informel, il y a aussi le désir de transmettre "un message sur la biodiversité et le respect de la nature", car les concepteurs du jardin font tout l'entretien "à la main, sans engrais ni produits chimiques." Et si les visiteurs "ont des questions sur l'énergie", ils sont prêts "à leur répondre".

Un polar pour transmettre un message

Dans la petite dépendance, Michel Hutt a installé son bureau d'écrivain. Cet ex-enseignant de l'Education nationale a déjà publié une dizaine de livres : histoires pour enfants, romans et, tout récemment, un polar, "Atomic Bretzel". "C'est un autre genre littéraire, mais les idées sous-jacentes sont toujours les mêmes" reconnaît-il : "l'économie d'énergie, notre façon de vivre et ce qu'on pourrait améliorer."

Un polar pour transmettre un message / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Un polar pour transmettre un message / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

Pourtant, loin de lui l'idée de faire de la morale. Il sait que ce genre de message passe bien mieux par l'humour. Dialectophone de cœur, il n'a donc pas hésité à affubler ses  personnages de patronymes évocateurs : son policier un peu lent s'appelle Schneckenbein ("jambe d'escargot"), sa jeune collègue inexpérimentée Glickel ("poussin"). L'homme qu'ils doivent retrouver répond au nom de Verscholle ("disparu"). Et il s'agit en fait du directeur de la sécurité de la centrale d'Arschenheim (traduction non fournie).

"Je ne peux pas dicter aux gens ce qu'ils doivent faire, ce ne serait ni sain, ni correct" estime l'auteur. "Mais j'essaie de m'adresser à tous de manière très large, pour permettre à chacun d'en tirer ses propres idées et conclusions."  

La Goutte d'eau, une épicerie participative

A l'autre bout de Munster, d'autres membres de l'association Vallée de Munster en transition s'affairent. C'est le petit groupe de pilotage de la nouvelle épicerie participative La Goutte d'eau, qui a ouvert en janvier dernier. "Ce n'est pas un commerce, mais un groupement d'achats associatif" précise Yvette Thomas, l'une des chevilles ouvrières.

Chaque client est également bénévole / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions
Chaque client est également bénévole / © Valérie Ruiz Suri / France télévisions

La Goutte d'eau a deux objectifs : le bio et la solidarité. "Proposer des produits bio moins chers qu'en grande surface." Mais aussi tenter d'y intéresser des personnes à petit budget, qui ont droit à un tarif préférentiel, sur présentation d'un justificatif (fiche de non-imposition, par exemple). D'où l'étiquetage des produits avec un double prix.

L'épicerie travaille en direct avec vingt-cinq producteurs bio de la proche région, ainsi qu'avec un grossiste bio allemand. Toujours dans l'idée d'acheter "le moins loin possible" pour limiter l'empreinte carbone. Laitages et viande sont proposés sur commande. Mais pour l'instant, il n'y a pas de légumes frais, "pour ne pas faire concurrence au marché de Munster, où il y a plusieurs stands de maraîchers bios" explique Yvette Thomas.

Pour permettre à la Goutte d'eau de tourner, chaque adhérent-client – une soixantaine pour l'instant - doit mettre la main à la pâte. "Nous n'avons pas les moyens de payer un salarié. Chacun client s'inscrit pour trois heures de bénévolat par mois" ajoute Yvette Thomas. Et chacun apprend à gérer les stocks, passer les commandes, regarnir les rayons ou tenir la caisse.

"Encore en phase de démarrage", la Goutte d'eau est ouverte pour l'instant le jeudi soir de 17h30 à 19h30 et le samedi de 9h à 13h. L'association espère pouvoir proposer bientôt des créneaux supplémentaires, mais aussi des moments conviviaux, ateliers et partages de recettes. Et tous les bénéfices sont destinés à des animations à visée sociale, ainsi qu'au soutien de familles de réfugiés.