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Simone Morgenthaler nous donne rendez-vous sous “L'ombre verte” de son noyer

Simone Morgenthaler nous présente son nouveau livre "D'grien Schatt, L'ombre verte" / © Odile Barthélémy
Simone Morgenthaler nous présente son nouveau livre "D'grien Schatt, L'ombre verte" / © Odile Barthélémy

Son dernier livre "D'grien Schatt, L'ombre verte", est paru pendant le confinement. Simone Morgenthaler y évoque une fois de plus sa langue maternelle, l'alsacien, qu'elle défend avec plus de vigueur et plus de liberté que jamais.

Par Régine Willhelm

"Je pleure un arbre", ce sont les premiers mots du livre de Simone Morgenthaler. Elle pleure un arbre, un noyer, qui a, depuis la révolution française, projeté une ombre verte sur la cours de son jardin. Mais cet arbre souffrait de la maladie dite des mouches de la noix, les Rhagoletis completa. Cette maladie venue de l'Ouest des Etats-Unis dans les années 80, a gagné l'Alsace au bénéfice du réchauffement climatique et provoque le pourrissement de la noix. Après des années de réflexion, Simone Morgenthaler et son compagnon décident de couper le houppier de l'arbre. Sur le tronc rescapé, elle accroche des fleurs et des plantes qui prennent, au fil du temps, possession de ce moignon d'arbre. Les racines, elles, restent et sont toujours là.

"D'grien Schatt, L'ombre verte" de Simone Morgenthaler aux éditions I.D. l'Edition
"D'grien Schatt, L'ombre verte" de Simone Morgenthaler aux éditions I.D. l'Edition

L'histoire de cet arbre fait glisser métaphoriquement Simone vers une autre histoire d'arbre décapité, l'histoire de ce qu'elle appelle le "génocide de la langue alsacienne". Après guerre, le gouvernement, en voulant franciser l'Alsace, interdit la pratique de l'alsacien à l'école jusque dans les cours de récréation. Simone Morgenthaler rappelle les punitions infligées aux enfants parce qu'ils parlaient leur langue maternelle, une attitude inhumaine pour elle, surtout dans un environ dédié à l'éducation. "En arrivant à l'école à 6 ans, je ne connaissais pas un mot de français et personne ne m'avais prévenu que je serai amputé de ma langue en arrivant à l'école. Ce fut un choc terrible. Je n'avais pas les mots. Je n'avais pas les mots pour dire "nouer ma chaussure"". Et cette rupture, cette incompréhension de l'enfant qu'elle était, est devenu le fil rouge de sa vie.

44 ans de radio en français et en alsacien, près de 20 ans de télévision en alsacien. Avec ses mots alsaciens magnifiques, sa voix douce, Simone Morgenthaler a porté l'alsacien sur les ondes et à la télévision pour montrer et dire à quel point cette langue est non seulement utile- parce qu'elle nous ouvre sur un espace germanophone immense - mais belle. "Uhne Hemmunge meh", sans plus aucune retenue, dans son nouveau livre, Simone Morgenthaler nous livre sa révolte par rapport à la mort programmée de la langue alsacienne. "Pourquoi n'a-t-on pas dit tout simplement, après guerre, que les Alsaciens étaient des Français de culture germanique. Pourquoi n'a-t-on pas dit une chose aussi simple et juste?", se désole-t-elle.

Dans des chapitres courts et bien ficelés, Simone Morgenthaler nous emmène aussi en voyage, dans le Tyrol du Sud par exemple, région d'Italie dans laquelle on parle l'allemand et l'italien, une région où les panneaux de rue, les journaux, les enseignes des magasins sont bilingues. Et bien, Simone Morgenthaler a rapporté de cette région une expression: " sich verelsässern", s'alsacianiser. Ce terme est utilisé là-bas pour dire que quelqu'un est dans l'erreur, que la situation se détériore fortement. On serait tenté de dire aujourd'hui que les Alsaciens se sont "verelsässert", ils se sont perdus. Un constat qui ne cesse de remuer Simone Morgenthaler. Elle nous promet d'autres récits, d'autres collections de mots alsaciens truculents, des livres peut-être un peu moins tristes.