VIDÉO - Dans la vallée de Munster en Alsace, la scierie Grauer travaille en circuit court

La scierie Grauer est l'une des dernières en activité dans la vallée de Munster. Pour résister à l'impitoyable loi du marché mondial, l'entreprise familiale a choisi de travailler exclusivement du bois de la région pour une clientèle locale. 

Michel et Christian Grauer, les derniers scieurs de la vallée de Munster.
Michel et Christian Grauer, les derniers scieurs de la vallée de Munster. © Nicolas Meyer, France Télévisions

Lorsqu’on prend la route en direction de Munster (Haut-Rhin), on passe forcément à coté de la scierie Grauer à Wihr-au-Val (Haut-Rhin). Les habitants connaissent bien l’entreprise, ils peuvent y trouver toute la matière première nécessaire à la construction d’une terrasse, d’une cabane ou de n’importe quelle structure en bois.

Les deux frères, Christian et Michel, gèrent l’entreprise familiale depuis plus de 40 ans. Elle figure parmi les dernières petites scieries encore en activité. Dans les années 60, il y en avait une dans chaque village; aujourd’hui dans la vallée, il n’en reste plus que deux. Christian Grauer se plaît à dire : "Nous sommes des dinosaures." (à voir dans la vidéo ci-dessous)
 

La scierie Grauer est l'une des dernière en activité dans la vallée de Munster. ©Nicolas Meyer


La scierie existe depuis le 18e siècle. Autrefois elle tournait grâce à la force motrice de l’eau. Un canal de dérivation de la Fecht passe sous le bâtiment principal. La structure n’a pas beaucoup changé : un gros moteur électrique a remplacé la roue à aube. Le coeur de la structure, c'est la scie : elle bat la mesure des coupes qui s’enchaînent.

Le bruit ressemble à celui d'une locomotive et chaque bois a son odeur. Cela permet de guider les deux frères. "On est très attentifs à l’odeur et au bruit, on remarque immédiatement si quelque chose ne va pas." Observer leur travail est impressionnant. Pas un mot, il leur suffit de quelques gestes pour se comprendre. Avec 40 années de travail côte à côte, ils savent parfaitement ce qu’il faut faire.
 

Diversifier pour durer

L’économie du bois en France a privilégié la spécialisation dans un type de bois, pour produire de plus gros volumes. "Toutes les petites structures qui ont essayé de suivre cette logique ont disparu", constate Christian. Les frères Grauer ont eu du flair. Dès les années 80, ils ont préféré garder leur petite taille et se tourner vers une clientèle de particuliers. La matière première provient des forêts avoisinantes. Une diversité d'essences est proposée à la vente : mélèze, douglas mais aussi chêne, châtaignier et d’autres bois plus difficiles à trouver, comme le robinier. 

Objectif : ne pas être à la merci d'une fluctuation du prix d'une essence. Ces dernières semaines, le prix du douglas, une variété de conifère bien présente dans le massif vosgien, a augmenté de 30%. Ce bois est à la mode, il supporte les intempéries sans avoir besoin d’être traité : les États-Unis achètent la majorité des stocks européens, les prix s’envolent. La petite scierie Grauer n’a plus la possibilité d’en acheter mais elle a toujours autre chose à proposer. La pérennité de l’entreprise repose sur sa capacité à s’adapter.
 

Un avenir pour le circuit court

Pour Christian et Michel, il faudrait relocaliser la transformation du bois de nos forêts. Il y a une forte demande des particuliers pour acheter du bois local mais le modèle économique insite à exporter la matière première. Christan explique : "Exporter les grumes en Chine pour les transformer là-bas et les acheminer en France pour les vendre dans les grandes surfaces de bricolage est une folie." Pas sûr que cette "folie" passe avant leur retraite. Car elle est proche et il n'y a pour l'instant personne pour prendre leur relève.
 

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