Haut-Rhin : les dépôts sauvages de pneus se multiplient, un appel à témoins est lancé

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Écrit par Sylvie Malal

Près de 400 pneus usagers ont été jetés dans la nature du côté de Ferrette en quelques semaines. Le phénomène n’est pas nouveau, mais les équipes d’entretien de la Collectivité Européenne d’Alsace estiment qu’il tend à s’amplifier.

Dans le Haut-Rhin, autour de Ferrette, le constat des agents du Centre d’entretien et d’intervention (CEI) est sans appel. Entre Noël et Nouvel an, ils ont assisté à une hausse exponentielle des dépôts sauvages de pneus usagers : 384 très exactement, en l’espace de quinze jours. Des pneus de voitures, motos, tracteurs, et même de véhicules de course. "Je ne pense pas que ce sont des particuliers. C’est un largage organisé" , tonne Thomas Zeller, conseiller d’Alsace en charge des routes. "Maintenant, je ne sais pas si ça vient de l’autre côté de la frontière, c’est-à-dire de Suisse, ou si c’est un phénomène local" ajoute-t-il.

C’est en effet la difficulté majeure : comment identifier les auteurs ? Pour les sept agents de la Brigade Verte en charge de la surveillance de ce secteur, impossible de saisir les coupables en flagrant délit. Quant aux indices "nous n’avons jamais pu en constater"  reconnait Patrick Simon, chef de poste des Brigades Vertes à Hagenthal-le-Bas. Autant, lorsqu’il s’agit d’autres déchets, les enquêtes aboutissent parfois en retrouvant des documents comme des factures nominatives. Mais pour les pneus, rien.

Pour le responsable du CEI du secteur de Vieux Ferrette, Daniel Peter, la piste des professionnels est la plus crédible, "ou plutôt, des semi-professionnels, précise-t-il. Des auto-entrepreneurs, des petites entreprises de montage de pneus à domicile, qui travaillent parfois au noir, et qui ne respectent pas les procédures de collecte et de recyclage, notamment parce qu’elles sont payantes."

93% des pneus usagers sont collectés, mais le service est payant

En effet, la prise en charge d’un pneu usagé de véhicule léger par un organisme homologué est facturé 1,79 euros HT. Ils doivent être repris par les garagistes qui les remettent ensuite à des collecteurs agréés, car ils ne sont pas acceptés en décharge. Mais certains professionnels indélicats s’en débarrassent en dehors de tout circuit.

Pour le secteur de Ferrette, situé dans le « Jura alsacien », cette recrudescence des dépôts sauvages semble correspondre au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle règlementation sur les pneus hiver. "Ils sont devenus obligatoires, du coup, beaucoup d'usagers ont dû changer leur équipement. C’est peut-être une explication à ce phénomène soudain", tente Daniel Peter. Il ajoute qu'il "faudra qu’on soit vigilant lorsqu’on repassera en pneus été."

Faute de pouvoir installer des caméras de vidéosurveillance sur ces sites très excentrés, la commune de Burnhaupt-le-Haut, qui a subi à deux reprises des dépôts sauvages de grande ampleur (140 pneus en forêt durant l’été 2019, puis une centaine en janvier 2020), s’est résolue à installer une barrière sur un chemin forestier. Depuis, les choses se sont un peu calmées, mais le problème n’a pas complètement disparu. "Nous ne sommes pas loin des grands axes routiers, donc facilement accessibles" explique le chef de cabinet du maire Nicolas Tresch.

En France, on estime que 577.000 tonnes de pneumatiques sont mises sur le marché chaque année. Le taux de collecte avoisine les 93%. Reste 7% qui polluent l’espace public.

Appel à témoins

Faute de pouvoir identifier les auteurs, à Ferrette, le CEI a déposé une plainte, au nom de la Collectivité Européenne d’Alsace, et lance un appel à témoins, pour que tous ceux qui observent des activités suspectes prennent contact avec la Brigade Verte ou avec la gendarmerie. "C’est la meilleure réponse, martèle Thomas Zeller. Plutôt que de dénoncer des faits sur les réseaux sociaux, l’acte citoyen consiste d’abord à informer les services d’enquête."

Selon un texte de février 2020, toute personne ayant abandonné des déchets illégalement est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 15.000 euros. Encore faut-il l’interpeller.