Haut-Rhin : un professeur du lycée de Thann menacé de mort après un cours sur la laïcité, un homme mis en examen

Le mardi 4 octobre 2022, un professeur du lycée Scheurer-Kestner de Thann (Haut-Rhin) a été menacé de mort par l'oncle d'une élève suite à un cours sur la laïcité. L'agresseur, qui a fait référence à Samuel Paty, a été mis en examen.

En fin d'après-midi, le 4 octobre 2022, l'oncle d'une élève de 15 ans s'en est pris à un professeur du lycée Scheurer-Kestner de Thann (Haut-Rhin) après un cours donné à la classe de sa nièce sur la laïcité. L'homme a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, après des menaces de mort pendant lesquelles le nom de Samuel Paty a été prononcé.

L'information a été révélée le dimanche 9 octobre par nos confrères de l'Alsace. Lors d'un cours autour de la laïcité, une élève âgée de 15 ans aurait été choquée par l'interdiction du port du voile en milieu scolaire, d'après la procureure de Mulhouse Edwige Roux-Morizot. Une discussion démarre et se termine après le cours.

Sa mère s'inquiète de ne pas voir sa fille rentrer et se rend donc au lycée, accompagnée de l'oncle de l'élève. Les deux personnes rentrent dans l'établissement. C'est à ce moment que la discussion s'envenime : l'homme menace l'enseignant de mort, évoque les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo, et n'hésite pas à prononcer le nom de Samuel Paty. Une référence à ce professeur assassiné en octobre 2020 non loin de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour avoir montré deux caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo à ses élèves.

La lycéenne et son oncle placés en garde à vue

La mère de l'élève du lycée de Thann n'est pas intervenue. Plusieurs témoins ont assisté à la scène, et auraient également entendu l'oncle prononcer explicitement le nom de l'enseignant assassiné.

Le lendemain, le mercredi 5 octobre, le professeur de Thann porte plainte. La lycéenne et son oncle sont tous les deux interpellés dans la soirée et placés en garde à vue. La jeune fille, alors choquée, est autorisée à rentrer chez elle pendant la nuit. Sa garde à vue reprend le lendemain. Celle de son oncle aura duré 48 heures. Depuis le jeudi 6 octobre, une équipe mobile assure la sécurité et un soutien psychologique aux équipes, fait savoir le rectorat de Strasbourg dans un communiqué ce mercredi 12 octobre.

Pas de radicalisation de la famille

Pendant ces gardes à vue, la lycéenne a contesté l'apologie du terrorisme qu'on lui avait incombé. Son oncle estime qu'on a "mal compris ce qu'il voulait dire". Le parquet de Mulhouse confirme que la famille est connue pour "une pratique très intégriste de la religion, sans qu'on puisse parler de radicalisation". L'enquête confiée à un juge d'instruction doit faire la lumière sur ce qu'il s'est passé ce 4 octobre 2022, mais aussi sur les possibles liens entre la famille et des individus intégristes.

L'oncle de la lycéenne a été placé sous contrôle judiciaire et mis en examen pour menace de mort sur personne chargée d'une mission de service public, mais aussi pour être entré dans le lycée Scheurer-Kestner sans autorisation. Il a interdiction d'entrer en contact avec le professeur et de fréquenter les abords de l'établissement. 

Le rectorat indique que deux membres de l'équipe Valeurs de la République (EAVR) de l'académie de Strasbourg ont été dépêchés "afin d'engager avec les équipes et apporter la réponse éducative adaptée à la situation".

Un courrier lu aux élèves 

Le proviseur du lycée, en concertation avec l'EAVR, les autorités académiques et les personnels, a également rédigé un courrier à destination des élèves et des parents. Il a pour mission de leur expliquer les faits du 4 octobre "dans un souci de transparence". "Il sera lu aux élèves jeudi 13 octobre dans chaque classe simultanément et sera suivi d'un échange avec les lycéens", ajoute le rectorat. 

Communiqué de presse du rectorat de Strasbourg - 12 octobre 2022 by France3 Alsace on Scribd

Ce dernier précise que le lycée Scheurer-Kestner de Thann sera intégré dès cette année dans le plan de formation laïcité, de manière anticipée : "Une formation sur la gestion des questions sensibles et sur la laïcité est à venir également dans l'établissement afin d'accueillir la parole."

Le recteur se dit "pleinement mobilisé pour soutenir l'enseignement et l'ensemble des personnels" face à cette situation qu'il juge "inacceptable". Une cellule d'écoute pour le personnel a été mise en place dans le lycée.