Haute-Marne : victime d’une arnaque sur l’isolation à 1 euro, un couple lance une cagnotte en ligne

Christine et Denis Bigorgne, habitants de Brottes en Haute-Marne, pensaient faire isoler leur maison pour un euro symbolique. Ils se retrouvent avec une facture de 5.400 euros et des façades en mauvais état. Démunis, ils lancent un appel à l’aide.
Depuis 14 mois, Christine et Denis Bigorgne vivent dans une maison humide aux façades fissurées.
Depuis 14 mois, Christine et Denis Bigorgne vivent dans une maison humide aux façades fissurées. © Charlotte Meunier/France Télévisions

Tout a commencé en juin 2020. Sur les réseaux sociaux, Christine Bigorgne tombe sur une annonce alléchante : faire isoler sa maison pour seulement 1 euro grâce au dispositif mis en place par l’Etat. En quelques clics, Christine et son mari Denis obtiennent un rendez-vous téléphonique. Puis rapidement, des ouvriers frappent à la porte. "Ils sont arrivés un samedi matin, se souvient Denis Bigorgne. Ils étaient deux, dans une camionnette blanche, et ils parlaient difficilement le français. J’ai trouvé ça bizarre, mais je n’ai rien dit."

Christine et Denis Bigorgne ont acheté leur maison à Brottes, près de Chaumont, il y 7 ans.
Christine et Denis Bigorgne ont acheté leur maison à Brottes, près de Chaumont, il y 7 ans. © Charlotte Meunier/France Télévisions

Les deux ouvriers commencent alors les travaux d’isolation. Pendant deux jours, samedi et dimanche, ils s’attèlent à recouvrir la façade de plaques isolantes en polystyrène. Puis ils expliquent au couple qu’ils reviendront dans quelques jours pour placer des grillages et enduire les murs de crépis. 

Seulement, aucun ouvrier n’est jamais revenu. Christine et Denis Bigorgne multiplient les appels, mais l’entreprise repousse constamment l’échéance. Jusqu’au jour où plus personne ne répond à l’autre bout du fil.
 

Arnaqués par une entreprise fantôme

Le couple se rend alors à la gendarmerie, et découvre que l’adresse et le numéro Siret mentionnés par l’entreprise correspondent en fait à une boulangerie dans le Val-d’Oise. Plus de doute, Christine et Denis Bigorgne ont été victimes d’une arnaque. "Je regrette tellement, se lamente Christine Bigorgne. Jamais je n’aurais dû répondre à l’annonce. On aurait dû se méfier quand on a vu les ouvriers débarquer en plein weekend."

Sans crépis et sans gouttières, les façades de la maison se dégradent petit à petit.
Sans crépis et sans gouttières, les façades de la maison se dégradent petit à petit. © Charlotte Meunier/France Télévisions

Depuis plus d’un an, la maison du couple demeure dans le même état. "Les plaques isolantes sont mal posées, constate Denis Bigorgne. Chaque plaque tient avec une seule vis en plein centre, alors qu’il devrait y en avoir dans chaque coin. Il manque des plaques de métal sous certaines fenêtres, et les gouttières, retirées pour les travaux, n’ont jamais été remises. L’eau qui dégouline du toit fait fissurer les plaques. L’humidité risque de s’infiltrer à l’intérieur de la maison."
 

5.400 euros de réparations

Démuni face à la situation, le couple de Brottais se tourne vers l’association Soliha, qui œuvre pour l’accès au logement des plus défavorisés. Ensemble, ils font appel à une entreprise locale, SHMG, pour estimer la valeur des travaux nécessaires. "On a expliqué la situation au gérant de l’entreprise, raconte Christine Bigorgne, émue. Il a fait en sorte que les coûts soient le plus bas possible. Le devis s’élève tout de même à 5.400 euros. Avec la petite retraite de mon mari, c’est une somme qu’on est incapable d’avancer."

« Quand les gens passent devant ma maison, ils rigolent, ça me fend le cœur » confie Denis Bigorgne.
« Quand les gens passent devant ma maison, ils rigolent, ça me fend le cœur » confie Denis Bigorgne. © Charlotte Meunier/France Télévisions

Le couple lance donc une cagnotte en ligne. Ils espèrent pouvoir récolter rapidement le montant nécessaire. "Si les travaux ne sont pas faits avant l’hiver, le mauvais temps risque de dégrader les façades de la maison, explique Christine Bigorgne. L’eau va s’infiltrer dans les murs, et la facture des rénovations va encore s’alourdir. Cette cagnotte, c’est notre dernier espoir."
 

Isolation à 1 euro : gare aux arnaques

Depuis le lancement du dispositif par l’Etat en 2018, de nombreux propriétaires ont subi le même sort que Christine et Denis Bigorgne. "Certaines entreprises frauduleuses réalisent les travaux à la va-vite, touchent les aides de l'Etat, puis disparaissent de la circulation, indique Juliette Jacobs, juriste à la Chambre de Consommation d’Alsace et du Grand Est. D'autres entreprises, souvent factices, demandent aux clients une avance des frais en faisant croire qu'ils seront remboursés ensuite. Dans la plupart des dossiers que nous avons traités, les consommateurs n’ont pas été assez vigilants vis-à-vis de l’entreprise engagée. Alors qu’ils ne pensaient débourser qu’un euro symbolique, ils se retrouvent avec des factures de plusieurs milliers d’euros pour réparer les malfaçons."

En ce qui concerne les annonces sur les réseaux sociaux, il faut se méfier.

Juliette Jacobs


Pour éviter les arnaques, la Chambre de Consommation d’Alsace et du Grand Est a plusieurs conseils : "Tout d’abord, la façon dont vous êtes démarché est très importante, précise Juliette Jacobs. Il faut savoir que le démarchage téléphonique dans le domaine de l’énergie est dorénavant interdit. En ce qui concerne les annonces sur les réseaux sociaux, il faut aussi se méfier. L’important est de vérifier l’existence de l’entreprise grâce aux sites societe.com ou infogreffe.fr, ainsi qu’au numéro SIREN qui immatricule l’entreprise au registre du commerce et des sociétés. Le devis est aussi un élément important lors de la prise de contact avec l’entreprise. Si on vous dit qu’il est inutile de faire un devis pour les futurs travaux, fuyez !"

Enfin, il faut savoir que le dispositif isolation à 1 euro lancé en 2018 n’existe plus depuis le 1er juillet dernier. Face au nombre important de fraudes et d’effets d’aubaine, les pouvoirs publics ont décidé de mettre fin à l’offre. C’est désormais le dispositif MaPrimRenov’ qui prend le relais.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
consommation économie logement société solidarité témoignage