Haute-Marne : à Saint-Dizier, un collectif se mobilise pour sauver les arbres de l'avenue Louis Ortiz

A Saint-Dizier, un collectif lance une pétition en ligne, pour sauver la vingtaine de tilleuls qui doivent être abattus, dans le cadre de l'aménagement de la rue Louis Ortiz.

Sandra Collin rassemble des riverains sous les arbres menacés
Sandra Collin rassemble des riverains sous les arbres menacés © @ Collectif Sandra Collin et Christophe Lesuisse
A Saint-Dizier, en Haute-Marne, un collectif lance une pétition pour sauver la vingtaine de tilleuls qui se situent au centre d'un projet de rénovation urbaine desservant l'hypercentre de la ville. Ce projet s'inscrit dans le cadre de l'aménagement de le rue Louis Ortiz. Christophe Lesuisse, un habitant, a lancé un appel sur Facebook pour sauver ces arbres. Une avenue dédiée au fondateur des glaces Miko qui a créé en 1951 à Saint-Dizier les crèmes glacées que tout le monde déguste toute l'année, et surtout l'été.

Et cet été, est un été de mobilisation sur cette avenue, car pour Christophe Lesuisse il n'est pas question qu'on touche à ces tilleuls qui sont presque centenaires. Le  collectif  mené par Sandra Collin et Christophe Lesuisse s'est créé rapidement et cherche encore un nom pour se représenter, mais cela n'empêche pas Christophe de mobiliser les habitants. Sandra, commerçante, explique que les deux rangées d'arbres, une vingtaine au total, sont menacées d'abattage. L'avenue Louis Ortiz fait le lien entre le Quai Lamartine ( en face du centre nautique ) et l'hypercentre de Saint-Dizier.

L'artère de ce quartier s'inscrit dans un projet de rénovation urbain, mais cela ne justifie pas qu'on coupe "nos arbres" explique Christophe. La nature a des droits prévient le collectif et précise que les arbres appartiennent aux biens communs. " Ces arbres sont magnifiques, et leurs troncs n'ont pas l'air de souffrir, les oiseaux ont l'air heureux d'y vivre et nous devons les protéger aussi" précise le collectif.
 
Les tilleuls de l'avenue Louis Ortiz à Saint-Dizier
Les tilleuls de l'avenue Louis Ortiz à Saint-Dizier © @ Collectif Sandra Collin et Christophe Lesuisse
 

Des espèces menacées

Christophe a aussi contacté  la ligue pour la protection des oiseaux, car des nids sont installés dans ces arbres. Julia d'Orchymont, médiatrice nature pour LPO Champagne-Ardennes alerte sur les risques d'une destruction d'une espèce. " Nous ne pouvons pas empêcher l'abattage de ses arbres, reconnait-elle, mais nous devons prévenir qu'une telle opération doit prendre en compte la vie qui existe dans ses arbres".

La période de reproduction des espèces débute la mi-mars pour terminer vers la mi-septembre, durant cette période il faut absolument protéger des espèces qui sont en voie de disparition. " Dans ces arbres, on découvre des mésanges charbonnières qui se nichent dans les cavités naturelles des arbres, mais également des chauves-souris qui sont aussi une espèce protégée " rappelle la médiatrice. Dans les feuillages de ces arbres, on peut également retrouver le verdier d'Europe et le Chardonneret élégant qui font, eux, leurs nids en bout de branches.
 
La mésange charbonnière, le chardonneret élégant, le verdier d'Europe.
La mésange charbonnière, le chardonneret élégant, le verdier d'Europe. © LPO Champagne-Ardenne - Croset

 

Une expertise contestée

D'après Christophe Lesuisse, les raisons évoquées par la municipalité ne sont pas justifiées. " Ils avancent que les arbres sont atteints d'une maladie"" Nous avons demandé le rapport d'expertise, soit disant réalisé par la Mairie, mais nous ne sommes pas autorisé à le lire" regrette Christophe. Pour lui comme ses soutiens, le but de la manoeuvre est politique et s'inscrit uniquement dans une cohérence paysagère. " On veut tout détruire, tous les arbres sont coupés à Saint-Dizier"  déplore Christophe.
 

Le seul truc qui nous reste à Saint-Dizier se sont ces arbres, et on veut nous les enlever. Je suis prêt à m'enchaîner à ces arbres s'il le faut, mais nous devons les sauver, j'ai grandi avec ces arbres.

Un habitant âgé de 60 ans qui a rejoint le collectif



Le dialogue semble difficile entre le collectif et la municipalité et l'affaire s'annonce ombrageuse pour le nouveau maire. " Le jeu de mots sur nos pancartes accrochés aux arbres n'a pas plu au maire fraîchement élu, Quentin Brière, toutes nos affiches ont été enlevés" se désole Christophe Lesuisse, déterminé à en remettre d'autres avec un message différent.
Les affiches du collectif retirées des arbres
Les affiches du collectif retirées des arbres © @ Collectif Christophe Lesuisse et Sandra Collin


Pour la mairie, ces arbres sont malades. Il n'est pas question de détruire la nature, un projet de replantage des arbres est prévu. "186 arbres seront replantés à la place "  répond la municipalité, " c'est un projet de grand ampleur qui fera de Saint-Dizier, une ville verte. Ces arbres seront plantés de l'avenue Ortiz au Quai Lamartine".

Mais pour Christophe et son collectif, replanter des arbres c'est une arnaque et met en avant les propos d'une sommité dans le monde des botanistes, Francis Hallé, l'homme qui chuchote aux oreilles des arbres. Pour ce spécialiste reconnu dans le monde entier, "replanter dix arbres jeunes, au lieu d’un vieux, est une triple arnaque". 
 

186 arbres seront replantés

Les arbres sont menacés par un champignon précise la municipalité. Rachel Bedet, responsable du suivi des végétaux au centre technique municipal, assure que ces tilleuls sont dans un mauvais état sanitaire. Ils sont rongés par un champignon lignivore, qui se nourrit de bois humide, causant sa décomposition. " Les arbres ont l'air beaux de l'extérieur mais leur tronc est mou à l'intérieur. On ne peut plus les sauver" selon cette experte.

La municipalité rajoute que le chantier de rénovation dans ce quartier n'a rien à voir avec la décision d'abattre ces arbres. " Ils sont devenus vulnérables et donc dangereux pour les habitants en cas de chutes de ces arbres". Les arbres doivent être abattus à la fin du mois pour être remplacés par des pruniers et des poiriers d'ornement. La ville possède un patrimoine arboré de plus de 8.000 arbres faisant l'objet d'un recensement précis et d'un suivi sanitaire rappelle la municipalité. Elle précise aussi que " chaque projet est pensé en conformité avec la charte de l'arbre adoptée en 2018 par le conseil municipal ".

Dans le communiqué de la ville, le projet d'aménagement du secteur Lamartine / Louis Ortiz prévoit la plantation des 185 repartis ainsi : 
Ce projet sera complété par le développement des espaces verts le long du canal avec la plantation de plantes vivaces et couvrantes. Cette annonce ne convainc pas le collectif déterminé à poursuivre la mobilisation. Il rappelle qu'abattre les arbres alors que des espèces protégées ont fait leur nid est passible d'une amende de 150 000 € et jusqu'à 3 ans d'emprisonnement. Christophe , qui est musicien, envisage de faire un concert sous les arbres pour collecter des fonds et pouvoir payer une contre-expertise du rapport de la municipalité concernant l'état de santé de ces arbres.

Plus de 205 personnes ont signé la pétition en ligne en moins d'une semaine, ce 10 juillet. Le collectif espère faire changer d'avis la municipalité avant la fin du mois d'août. L'été s'annonce chaud sous les arbres à Saint-Dizier.
 
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