Guerre en Ukraine : quelles conditions d’accueil pour les réfugiés en Lorraine ? On vous explique

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Écrit par Emmanuel Bouard .

Les conditions d’accueil des réfugiés ukrainiens dans l’Union Européenne se précisent. Ils devraient recevoir un titre de séjour d’un an, renouvelable deux fois. Igor Stepanenko, étudiant Erasmus à l’Ecole de Géologie de Nancy, a pris la route mercredi 2 février 2022 pour aller chercher sa mère à la frontière polonaise.

A deux pas de la flamboyante place Stanislas, Igor entasse des paquets de couches pour bébé et des cartons de conserves à l’arrière d’une voiture. Sur le tableau de bord, une écharpe aux couleurs et à la gloire de l’Ukraine, son pays. L’étudiant est arrivé à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en septembre 2021, pour une année d’Erasmus à l’Ecole de Géologie. La guerre bouleverse tout. Sa famille est restée à Kiev : "mon père et le reste de ma famille sont sous les bombes, ils sont dans un abri, j’essaye de les contacter tous les jours".

Quelques jours après le début de l’offensive russe, il a pris la décision d’aller chercher sa mère à la frontière ukraino-polonaise. Son père ne peut pas quitter le pays. Comme tous les hommes de 18 à 60 ans, il est mobilisable dans les forces armées régulières. Vingt heures de route au moins seront nécessaires pour rejoindre la frontière. Puisqu’il n’a ni permis ni voiture, c’est Evan, un étudiant français de vingt ans, qui l’accompagne : "j’ai des amis ukrainiens, je ne pouvais pas rester à rien faire, je fais de mon mieux pour les aider". Tous les deux amèneront des produits de première nécessité et de la nourriture : "pour aider l’armée, et aussi les réfugiés sur place" explique Igor.

Une communauté soudée

D’autres étudiants ukrainiens aident à remplir le coffre. Artem est lui aussi étudiant Erasmus, dans la même école : "le plus important pour nous, c’est d’être en sécurité, et en ce moment c’est en France que c’est le plus sûr". Interrogés sur la possibilité d’être rejoints par leurs familles, les étudiants sont réservés.

On espère que la guerre ne va pas durer et qu’on pourra rentrer en Ukraine

Veronika, doctorante en architecture à Nancy

Veronika, doctorante en architecture à Nancy, explique que "la destination première c’est la Pologne, parce que c’est le plus près, que beaucoup de nos compatriotes y vivent déjà, y travaillent également… et puis aussi, on espère que la guerre ne va pas durer et qu’on pourra rentrer en Ukraine". La communauté étudiante ukrainienne à l’Université de Lorraine compte une cinquantaine de membres.

Réfugiés à venir

Sur le trottoir en face, on refuse les vêtements. L’accueil ouvert en urgence pour recueillir les dons des Nancéiens est submergé. Les bénévoles annoncent comme un crève-cœur qu’ils ont fait le plein, mais qu’ils acceptent les sacs de couchage, ainsi que les denrées non périssables, les produits de première nécessité, d’hygiène et les médicaments de base.

La municipalité de Nancy, comme beaucoup d’autres en Lorraine, a annoncé qu’elle mettrait à disposition des logements pour les réfugiés. Mais combien de personnes vont arriver ? "Impossible à dire aujourd’hui" résume un professeur d’université qui suit de près la situation de ses étudiants ukrainiens.

L’Ecole de Géologie a annoncé qu’elle accueillerait une enseignante de l’université Taras Shevchenko National University Kyiv (TSNUK) ainsi que sa fille qui doivent arriver en train jeudi 3 mars au soir à Nancy. "On cherche une solution également pour une autre enseignante ukrainienne, bloquée en Egypte" précise Antoine Le Solleuz, adjoint au maire de Nancy chargé des partenariats européens et internationaux.

Quel statut pour les futurs réfugiés ?

Si les conditions matérielles de l’accueil des réfugiés semble assurées, portées par une forte solidarité des municipalités et des associations d’entraide, leur statut en France s’éclaircit également. Une protection temporaire devrait leur être accordée : les Etats membres de l’Union Européenne doivent entériner aujourd’hui jeudi 3 mars 2022 un dispositif d’accueil inédit, élaboré en 2001 à la fin des guerres dans l’ex-Yougoslavie, mais encore jamais mis en œuvre.

S’il est adopté, il permettra d’accorder un titre de séjour d’un an, renouvelable deux fois, à la condition, selon nos confrères du journal le Monde en date du 1er mars, "que les personnes veulent retourner dans leur pays avant de leur octroyer un titre de séjour". Les réfugiés auraient le droit de travailler.

Toujours selon Le Monde, la communauté ukrainienne compterait 100 000 personnes en France, "dont la moitié sans titres de séjour". Parmi ces derniers, des réfugiés qui ont fui la guerre dans l’est du pays depuis 2014. Nous en avions rencontré deux à Nancy pendant le premier confinement. Le statut de réfugié leur a été refusé.

L’un deux est même sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), rendue désormais inapplicable : on ne peut pas expulser vers un pays en guerre. Alors qu’il cherche à faire venir ses parents âgés et sa sœur enceinte, tous actuellement cernés par les combats dans le sud-est de l’Ukraine, il pourrait se trouver dans une situation ubuesque, sans papiers pour lui, mais avec des titres de séjour pour sa famille réfugiée en France : "votre pays a découvert qu’il y avait la guerre en Ukraine la semaine dernière, alors qu’elle a commencé en 2014 pour beaucoup d’entre nous".

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