A Epernay, entre incompréhension et résignation des restaurateurs après l'annonce du couvre-feu

Malgré des taux d’incidence plus bas que dans les grandes agglomérations, les villes moyennes ne sont pas épargnées par les mesures de couvre-feu annoncées ce jeudi 22 octobre par le Premier ministre. Dépit, résignation, colère… à Epernay, les restaurateurs acceptent leur sort.

A Epernay, le maire (divers droite) demande à ce que les préfets puissent gérer la crise sanitaire localement
A Epernay, le maire (divers droite) demande à ce que les préfets puissent gérer la crise sanitaire localement © Frederic Gramond / FTV
"Si cela aide les services de santé, c’est la bonne solution." Serge Herscher, le gérant de la Table Kobus à Epernay est d’humeur philosophe ce vendredi 23 octobre. Après l’annonce de la mise en place du couvre-feu la veille, le restaurateur préfère la lucidité à la colère : "Il faut savoir prendre du recul. Nous faisons face à un virus totalement inconnu, on ne sait rien. Si le couvre-feu permet de ralentir le virus, alors, c’est la bonne décision."
 

Il y a trop de gens qui y passent. Les soignants en ont bavé. A leur place, je me demanderais ce que les gens font dehors, à prendre des risques inutiles. Ce qu’on vit n’est pas joyeux, mais il y a bien pire.

Serge Herscher, gérant de la table Kobus.

Plus de marge de manoeuvre aux préfets

Il faut dire qu’à Epernay, le taux d’incidence est de 133 personnes affectées pour 100.000 habitants, contrairement à Reims, qui enregistre un taux à 263 pour 100.000 habitants. Pourtant, les deux villes sont logées à la même enseigne : fermeture des bars et salles de sport, baissé de rideau à 21h pour les restaurants, interdiction de sortie entre 21h et 6h (sauf dérogation) sous peine d’une amende de 135 euros. Franck Leroy, le maire divers droite de la ville, a écrit à ce propos au Premier ministre, réclamant que "chaque Préfet ait la possibilité  d’adapter les directives nationales au plus près de la réalité de la circulation du virus".

Interrogé à l’issue des annonces de Jean Castex, l’édile déclarait à notre micro : "On sait que la circulation du virus est très importante dans l’agglomération rémoise, la plus touchée du Grand Est, mais on sait aussi que nous avons, dans notre département, notamment dans l’Argonne, des secteurs où le virus circule très faiblement." Et de questionner : "Pourquoi loger tout le monde à la même enseigne alors que l’on pourrait appliquer des mesures différenciées ?"

"On courbe le dos"

Un sentiment partagé par les gérants du restaurant le Bois Joli, à Saint-Imoges dans la Montagne de Reims. "On a l’impression d’être traité comme des bêtes noires, grince Marie Muller. On applique tous les protocoles depuis le début… on a l’impression de payer pour tous ceux qui ne font pas attention." Comme elle, le gérant du Central à Epernay "courbe le dos". "C'est plus imposé qu'autre chose, dit-il, résigné. Tous les professionnels ont joué le jeu, mais apparemment, ce n'est pas suffisant." Stéphane Gateaud espère que ses clients changeront leurs habitudes. "Notre chiffre d'affaires, on le fait plutôt les soirs d'été, heureusement que les touristes étaient là !, relativise le gérant. Dans les villes de la taille d'Epernay, en hiver, on fonctionne moins bien les soirs de semaine." 

Au restaurant le Théâtre, Lieven Vercoutren doute des changements d'habitudes des Français. "Le problème, c'est qu'on n'a plus les touristes, regrette-t-il. 21h, c'est très tôt. Cela nous oblige à démarrer plus tôt, à 18h30." Il estime que depuis le 15 septembre, il tourne à 30% de son activité normale. Comme le gérant de la Table Kobus, il préfère ne faire courir aucun risque à ses clients, ni à son personnel. "Cela ne sert à rien de faire du chiffre si c'est pour finir entre quatre planches", tranche son confrère Serge Herscher. Une lucidité teintée d'optimisme. Après les annonces de jeudi soir, le restaurateur a reçu une multitude de messages de ses habitués, tous prêts à avancer l'heure du dîner. La Table Kobus affiche complet pour samedi soir, entre 18h30 et 20h30.
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