Epernay : Légion d'honneur pour Delphine Chapelot qui a fourni 24000 surblouses aux soignants grâce aux "Blues du coeur"

En pleine crise sanitaire, Delphine Chapelot, cadre du groupe Chantelle, fonde l'association "Les Blues du Coeur". Aidée de 250 couturières bénévoles, elle va produire 24.000 surblouses pour les hôpitaux de la Marne. Le préfet de la Marne lui a remis la Légion d'honneur.

Ce samedi 9 octobre 2021, à Epernay, Delphine Chapelot a reçu des mains du préfet de la Marne, Pierre N’Gahane, les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Au plus fort de la crise sanitaire, alors que les soignants n’avaient rien pour se protéger, elle a créé l’association "Les Blues du Coeur" pour leur fournir 24.000 surblouses. Le préfet a salué l’incroyable courage de cette salariée de chez Chantelle, particulièrement émue lors de la cérémonie.
 

Une Légion d’honneur pour une battante

Le représentant de l'Etat a salué la femme d’exception, qui a su prendre des initiatives et des risques pour aider les autres. "A ce moment-là, rappelle-t-il, les personnels soignants étaient complètement démunis. Nous étions en situation de crise sanitaire. J’avais réduit mon entourage à dix personnes, les autres étaient rentrées chez elles. Pour contrôler la situation, je me suis appuyé sur les élus locaux, et sur des maillons de la société civile qui se sont révélés essentiels comme votre association. Heureusement que vous étiez là au moment opportun", souligne-t-il.

Delphine a l’habitude de mener des combats. Ce n’est pas la première association qu’elle crée. La précédente, "Les Vaillantes", aidait les femmes malades du cancer. Cette fois, elle s’est engagée pour aider les soignants.

 

"Sans l’association, il n’y aurait pas eu de surblouses"

Delphine Chapelot se rappelle du moment où elle a décidé d'agir, de se rendre utile. "J’ai entendu l’appel à l’aide  du préfet de la Marne et j’ai aussitôt réagi. Les soignants se protégeaient avec des sacs poubelle. A l’usine, nous étions en chômage partiel, indemnisés mais avec peu de travail. J’ai alors eu l’idée de fabriquer des surblouses pour le personnel soignant."

Pour ne pas qu'il y ait de problème entre son travail salarié à Chantelle Lingerie et un travail bénévole, Delphine crée une association, "Les Blues du Coeur". "J’ai contacté ma direction et je lui ai dit qu’il fallait y aller. 35 collègues m’ont immédiatement suivie, sans même penser au risque sanitaire."

Ses collègues sont venues à l'usine pour assister à la cérémonie, fières elles aussi. Elles témoignent. Laurence, dite La Puce, travaille chez Chantelle depuis 27 ans. Pendant 7 semaines, elle est venue à l’usine pour préparer des kits à partir de patrons de surblouses. "J’ai dit oui à Delphine immédiatement. C’est normal, j’aide mon pays. En plus, c’était une des rares fois où le métier de couturière pouvait être valorisé et je me suis dit qu’on allait pouvoir montrer notre savoir-faire à la France, tout en servant la nation." Autour d’elles, ses collègues applaudissent. Elles n’auraient pu mieux dire.

C’est au tour de Laurence, dite Lolo, de prendre la parole. "Moi aussi j’ai dit oui tout de suite, mais je travaillais chez moi car je suis personne à risque. Cela dit, j’ai tout de suite dit oui et j’ai cousu plus de 80 surblouses en 7 semaines. J’ai travaillé du début à la fin. Bénévolement. Sans Delphine, il n’y aurait pas eu d’association et on n’aurait rien fait" ajoute-t-elle.
 


En deux jours, l’association est sur pied et la production s’organise. La direction de Chantelle est d’accord. L’usine est fermée. Le directeur autorise l’utilisation des ateliers par l’association. "C’était une belle initiative, portée par des salariés. Nous avons mis à disposition nos locaux et nos machines. Mais le mérite revient vraiment aux salariées", martèle le PDG du groupe Chantelle Patrice Kretz.

Les couturières disposent des locaux, il faut maintenant du tissu pour fabriquer les surblouses. C’est le Lion's Club d’Epernay qui va s’en charger. Le président Eric Cossiez raconte: "Nous avons acheté du voile d’hivernage dans des jardineries, des rouleaux de 2,5 mètres de large sur 250 mètres de long."

Les ouvrières peuvent commencer à travailler. Grâce aux patrons de couture, elles peuvent faire la découpe et préparer des kits. Puis, sur place ou chez elles, 250 couturières bénévoles, de Chantelle ou extérieures à l’entreprise, vont coudre sans relâche.

Pendant sept semaines, la chaîne ne rompt pas. "On passait tous les jours récupérer les kits que l’on distribuait ensuite aux couturières, se souvient Eric Cossiez. Elles travaillaient vite. On a dû racheter des rouleaux de voile d’hivernage car une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, on ne pouvait pas s’arrêter. Trop de personnes comptaient sur nous ».

Le Lion's Club fait appel à Smurfit Kappa qui fournit les cartons d’emballages où ranger les blouses. Elles seront ensuite livrées dans les hôpitaux de la Marne et dans les EHPAD, où les besoins sont immenses.


Un service rendu à la France

En remettant les insignes de Chevalier de la légion d’Honneur, le préfet rend hommage à Delphine Chapelot au nom de la France. Il rend hommage aux vertus citoyennes dont elle a fait preuve, à son sens du devoir et son dévouement à autrui.

La Légion d’honneur est la plus haute décoration honorifique française. C’est Delphine Chapelot qui portera la médaille. Mais elle veut la partager en premier lieu avec ses collègues : "Elles ont dit oui tout de suite. Je suis cadre chez Chantelle, mais, à ce moment-là, il n’y avait plus de différence.  Nous avons travaillé bénévolement pendant 7 semaines, pour aider les soignants, et nous sommes fières de cette reconnaissance de l'Etat."

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
vie associative société santé covid-19