EN IMAGES. Il a transformé une chapelle désacralisée en un gîte de luxe

Et si vous dormiez dans une ancienne chapelle ? A Reims, c'est possible grâce au travail acharné de Benjamin Benoît. Cet autodidacte a rénové de ses mains cet ancien édifice religieux pour en faire une luxueuse maison d'hôte.

Proche du centre-ville, mais loin de son tumulte, la chapelle du Carmel semble hors du temps. Située en retrait du 92 de la rue du Barbâtre, à Reims, elle trône au milieu d'une cour, entourée de logements. Derrière la lourde porte en bois, une lumière bleue et jaune inonde le lieu, grâce aux vitraux art déco, réalisés il y a cent ans par le maître verrier Jacques Simon.

"C'est un écrin au cœur de la ville", commente Benjamin Benoît, l'actuel maître des lieux. "Dès que je suis rentré ici, j'ai eu un coup de cœur, j'ai tout fait pour l'avoir." En pleine reconversion professionnelle, ce Rémois, ancien responsable du bar de la Comédie, cherche un lieu pour son projet hôtelier. Le déclic est immédiat. Il imagine une maison d'hôte haut de gamme et finit par convaincre le propriétaire des lieux, le bailleur social Plurial Novilia, du bien-fondé de son idée. "Ils cherchaient un projet qui ne causerait pas de nuisances au voisinage, c'est-à-dire pas de bar, de restaurant ou d'hôtel, explique-t-il. Là je ne proposais qu'un seul logement, plutôt intimiste qui ne dénature pas le lieu, mais qui réunit ce que peut chercher un touriste à Reims. Dormir dans une église dans la ville des Sacres, pour moi, ça a du sens."

Une chapelle aux multiples vies

La chapelle, construite au XIXe siècle, appartenait aux sœurs carmélites, qui y passaient plusieurs heures par jour à prier. En 1986, le couvent du Carmel est revendu au bailleur social l'Effort Rémois (ex-Plurial Novilia) qui transforme les lieux en logements individuels et collectifs. Dans les années 2000, la chapelle devient une agence de communication, puis sert de lieu pour des expositions temporaires. A l'automne 2022, Plurial Novilia confie les clefs à Benjamin Benoît.

Le nouveau "chapelain", également scénographe, investit de l'argent et beaucoup de temps dans la rénovation de l'édifice. "Le chantier de ma vie." Menuiserie, électricité, plomberie, pose des tomettes... celui qui se définit comme un "artisan de l'hôtellerie" a tout fait de ses mains. "J'ai travaillé sept jours sur sept pendant neuf mois, précise-t-il. Je dormais sur place, j'ai même vécu ici avant de commencer les travaux car j'avais besoin de sentir le lieu, l'atmosphère. J'ai passé plein de moments ici pour voir comment le soleil tournait au fur et à mesure de la journée. C'est un endroit où il ne fallait pas que je me plante au niveau scénologie. Il fallait qu'on puisse profiter des vitraux, de l'autel."

Meubles et objets chinés avec soin

La décoration est pensée jusque dans les moindres détails, comme ces assiettes en céramique avec des illustrations de l'Ancien Testament. Ou cette grande table de granit, au premier étage, entourée de douze chaises. "Une référence aux douze apôtres", glisse Benjamin Benoît. Je l'ai fabriquée en récupérant le bois d'une charpente d'église que j'ai transformé en pieds de table. 99% des objets ici sont de seconde main."  Il a fallu dénicher chaque élément de décoration, chaque meuble chez des antiquaires, des vide-greniers ou sur des sites spécialisés. Plusieurs pièces datent du XIXe siècle, comme ce vestiaire qui provient de la Banque de France, ou cette cheminée en bois à l'intérieur de laquelle se cache la hotte de la cuisine.

"Toutes les chaînes d'hôtel changent leur déco tous les sept ans, remarque Benjamin Benoît. Moi je voulais une déco qui puisse passer les années pour donner cette idée du temps qui s'est arrêté. J'avais envie de casser les codes du luxe et de limiter l'impact environnemental." Sur trois niveaux, le logement propose jusqu'à six couchages, ainsi qu'un espace détente avec sauna et bain japonais à la place de l'ancien autel. Dans les chambres, il n'y a pas de téléviseur, mais un home cinéma et des enceintes en plâtre dans le salon. Le gardien des lieux a conçu cet endroit pour qu'il puisse recevoir des artistes en résidence ou des groupes à l'occasion d'une dégustation de champagne ou d'un cours de cuisine.

Depuis septembre, le logement est proposé aux touristes sur les principaux sites internet hôteliers à partir de 800 euros la nuit, "avec au minimum deux nuits". La majorité des clients sont étrangers. "Pour l'instant on a reçu beaucoup d'Américains, précise le chapelain, mais également des Suisses, des Allemands, des Belges ou des Hollandais qui viennent passer un moment en couple, entre amis ou en famille. Ici, vous êtes seuls, il n'y a pas d'autres voyageurs. Les gens qui sortent d'ici me parlent d'expérience unique. Certains m'ont même fait un câlin ou acheté un cadeau après leur séjour."