INSOLITE : un avion se pose à Reims en utilisant un carburant renouvelable à plus de 97% fabriqué à base de betterave

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Écrit par Paul-Antoine Boudet et Marc Schmitt avec Sophie Dumay
Parti de Sarrebruck, en Allemagne, l'avion a rallié sans encombre l'aéroport de Reims-Prunay, piloté par Bastien le Roux.
Parti de Sarrebruck, en Allemagne, l'avion a rallié sans encombre l'aéroport de Reims-Prunay, piloté par Bastien le Roux. © Sophie Dumay/France Télévisions

C'est une première mondiale ! Un avion vient d’effectuer un vol inaugural entre l’Allemagne et Reims en utilisant une essence à 97% d’origine végétale. C’est une société française qui a conçu ce tout nouveau carburant issu de la betterave, un carburant qui pourrait révolutionner l’aviation.

Un peu plus d'un siècle après le premier vol de ville à ville par le pionnier Henri Farman, qui atterrissait déjà à Reims, la Cité des Sacres va peut-être à nouveau être le point de départ d'une nouvelle ère dans l'aéronautique. C'est en effet un grand coup qui a été réalisé ce mardi 15 juin 2021 avec l'atterrissage tout en douceur d'un DR107 sur l’aérodrome de Reims-Prunay. Un avion de voltige de conception américaine, parti de Sarrebruck (Allemagne) et piloté par Bastien Le Roux. Vu de l’extérieur, il paraît tout à fait normal mais ici l’essence aviation est remplacée par un tout nouveau composé naturel, un biocarburant aéronautique.
 

"Aucune différence notable"

"A première vue, l'analyse du vol est plutôt bonne, confie Bastien Le Roux, pilote professionnel et ingénieur aéronautique, à sa descente de l'engin. D'un point de vue technique, l'avion est muni de sonde qui permettent de mesurer les températures, les pressions etc et il n'y a aucune différence notable avec le carburant que l'on utilisait entre guillemets hier. Donc ce carburant me semble être une très bonne alternative même si, bien sûr, il va falloir avoir plus de recul pour déterminer si la longévité du moteur peut être impacté par ce carburant. Au niveau des performances en tout cas, sur cet avion que je connais très bien, je n'ai noté aucune différence."

Entre Sarrebruck et Reims, ce 15 juin, l'avion a mis un peu plus d'une heure, à une vitesse moyenne de 260km/h pour une consommation de huit litres pour cent kilomètres mais il peut augmenter sa vitesse de croisière à 340 km/h.

Une véritable révolution et une solution regardée avec attention par les professionnels du secteur. L’essence pour avion est en effet le segment du marché́ des produits pétroliers dont la croissance est la plus rapide, avec une hausse de 4-5 % par an. Le secteur aéronautique compte donc sur les biocarburants pour apporter une contribution déterminante à la réduction de son empreinte carbone
 

Pour l'aviation de loisir

Après ses essais dans l’automobile, la start-up française Global Bioenergies installée à Evry collabore depuis plusieurs années avec la société ARD située à Pomacle dans la Marne. Objectif : transformer et industrialiser son procédé innovant d’isobutène d’origine végétale avec la volonté de remplacer les carburants actuels par cette essence verte pour l’aéronautique.

Globale Bioenergies utilise le sucre issu de la betterave qui dans son procédé est transformé par des bactéries. Une technologie de pointe, conçue et développée dans les laboratoires d’ARD.

Ce carburant vert pour avion doit à terme remplacer l’Avgas100LL, une essence très répandue dans le monde qui permet de faire fonctionner les appareils à moteurs pistons, mais pas les appareils types Airbus ou Boeing qui eux utilisent du kérosène dans leurs réacteurs. Le marché de l’essence en Europe, pour l’aviation de loisir, est de l’ordre de 100 millions de litres par an, il est de 900 millions de litres aux Etats-Unis.

 

Le carburant du futur ?

Le secteur aéronautique compte sur les biocarburants durables pour apporter une contribution déterminante à la réduction de son empreinte carbone. La start-up française Global Bioenergies et ses entreprises partenaires souhaitent ainsi démontrer que ce biocarburant aéronautique présente un potentiel unique pour la dé-carbonisation des airs dans les futures années. Un recentrage alors qu'il y a six ans, la société avait fait des essais avec le constructeur Audi pour du carburant routier.

"Le domaine des carburants routiers a beaucoup évolué, on a vu l'émergence de la voiture électrique, les temps ont été difficiles pour les sociétés de biocarburants comme nous sur ce marché, explique Marc Delcourt, co-fondateur et président directeur général de Global Bioénergies. Pour autant, nous n'avons pas du tout abandonné nos ambitions sur ce domaine-là, c'est juste que l'équation économique aujourd'hui ne fonctionne pas et d'autres domaines sont plus attractifs. Sur les carburants d'aviation, on sent une très forte demande. En 2021, c'est particulièrement spectaculaire puisqu'il y a des premières d'Air France avec du biocarburant et on sent que cette filière émerge et est indispensable car les gens ne veulent plus polluer en prenant l'avion. Donc ou on arrête de voyager ou on développe des technologies qui permettent de moins polluer."

Global Bioénergies qui a annoncé en mai 2021 la construction prochaine d'une unité à Pomacle pour exploiter son procédé à plus grande échelle. C'est donc bel et bien toute une filière qui pourrait être en train de se construire.

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