Coronavirus : Reims-Prunay, un aérodrome au cœur de la pandémie

La direction générale de l’aviation civile (DGAC) a publié une note, samedi 21 mars, rappelant l’interdiction de réaliser un vol de loisir ou sportif dans le ciel français. Mais sur l'aérodrome de Reims-Prunay, une veille sanitaire est en place pour venir en aide aux patients du covid19.
 

La tour de contrôle de l'aérodrome de Reims-Prunay
La tour de contrôle de l'aérodrome de Reims-Prunay © Paul-Antoine Boudet / France Télévisions

Crise sanitaire oblige, les avions ou autres aéronefs sont au hangar. Plus aucun vol dit de loisir n’est actuellement possible dans les centres de formation ou les clubs. Sur l’aérodrome de Reims-Prunay, seuls les agents AFIS (Aérodrome Flight Information Service) et personnel du site sont en présentiel. Leur mission : venir en soutien logistique pour les autorités sanitaires.
 

Transport et traitement des malades du coronavirus

Depuis le début de la crise, le groupe EDEIS gestionnaire de 19 plateformes sur le territoire national met ainsi à disposition des autorités ses infrastructures pour le transport et le traitement des malades du coronavirus. L’aérodrome de Reims-Prunay est idéalement placé dans le Grand Est, en bordure de la région parisienne et de l’extrême Est de la France. Un axe majeur pour les secours sanitaires pendant cette grave crise que connait notre région.
 

L'hélicoptère du SAMU 68 lors d'une escale sur Reims-Prunay
L'hélicoptère du SAMU 68 lors d'une escale sur Reims-Prunay © EDEIS Aéroport

"Nous avons une mission de service public, nous sommes dans une situation inédite et nous devons assurer ces missions tout en appliquant les mesures de restrictions décidées par le gouvernement. nous avons adapté notre effectif en mettant en place un Plan de Continuité d’Activité (PCA) afin de disposer du personnel requis pour accueillir les vols qui ont besoin de services (avitaillement, navigation aérienne, sécurité, etc.)", explique Cyril Godeaux, directeur communication des aéroports EDEIS France.

Sur l’aérodrome, seuls les vols des hélicoptères du Samu 51 et du Samu 68, fortement sollicités en ce moment, viennent perturber le calme régnant. Jusqu’à 3 ou 4 rotations par semaine, et même de nuit, pour venir se ravitailler en carburant et emmener les patients covid19 dans les hôpitaux du Grand Est. Pompiers et agents AFIS assurent la sécurité de ces escales et veillent au confort des équipages en proposant un café ou un moment de pause.
Un aérodrome sollicité pendant cette crise sanitaire
Un aérodrome sollicité pendant cette crise sanitaire © Paul-Antoine Boudet FranceTV

"Cette situation nous est tombée dessus très vite. Il a fallu s’adapter rapidement et changer nos méthodologies. C’est une fierté et nos agents se mobilisent très rapidement en cas de besoin. Nous sommes un maillon de cette chaine des secours qui est capable de se projeter avec nos capacités aéroportuaires sur l’ensemble du territoire. Même si une grande partie de notre personnel est en chômage partiel, nous savons que nous pouvons compter dessus à tout moment", confie Cyril Godeaux.
 

Un rôle essentiel en cette période

Un œil attentif et une oreille en permanence sur la radio car, à tout moment, un appareil sanitaire peut arriver sur la piste d’une longueur de 1170m. Fabien Labeste est agent AFIS (Aérodrome Flight Information Service) il a en charge la gestion du trafic en approche de l’aérodrome. Les agents AFIS fournissent aux pilotes le service d’information (paramètres météos, information sur l’aérodrome, le trafic en cours...) et assurent l’alerte en cas de risque ou d’accident. 

"Les équipages des secours médicaux sont stressés quand ils arrivent sur le terrain, notre rôle est de tout gérer afin que leurs escales se déroulent sans soucis. Nous sommes un véritable centre d’assistance, nous leur offrons la petite attention qui va faire de cette période difficile un moment plus sympathique. Nous sommes les petites mains techniques, nous proposons des gestes qui font énormément plaisir aux urgentistes et aux pilotes", explique Fabien.
 
Fabien Labeste, agent AFIS aux commandes de la tour de contrôle
Fabien Labeste, agent AFIS aux commandes de la tour de contrôle © Paul-Antoine Boudet FranceTV
 

Journée continue afin de servir les secours

En moyenne, les services AFIS comptent entre 2 et 5 agents, qui peuvent se relayer pour assurer le service sur l’ensemble des plages horaires d’ouverture de l’aéroport. Sur Reims-Prunay il y une présence non-stop toute la journée.

Le travail s’effectue depuis la tour de contrôle de l’aérodrome, mais aussi au sol dès qu’un appareil se pose, il faut assurer sa sécurité et le refueling. 12 avitaillements ont été réalisés depuis le 17 mars sur des hélicoptères transportant des patients covid19 venus du Grand Est mais aussi de plus loin. Des appareils de la Sécurité Civile de Savoie ou du Doubs ont par exemple transité par la plateforme de Reims-Prunay.

"Par la radio, nous avons toujours un petit mot de sympathie au départ des équipages. Cela nous fait plaisir mais nous pensons avant tout à eux qui sont en première ligne", confie Fabien Labeste.
 
La Sécurité Civile de Savoie ou du Doubs ont par exemple transité par la plateforme la nuit
La Sécurité Civile de Savoie ou du Doubs ont par exemple transité par la plateforme la nuit © EDEIS Aéroport
 

Vol de loisir suspendu

De l’autre côté de la tour de contrôle, aucune activité. Les avions sont cloués au sol tout comme les planeurs. Pourtant la météo est exceptionnelle depuis plusieurs jours en Champagne mais les recommandations de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) sont claires, les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie de coronavirus s’appliquent dans le secteur aérien. Tout déplacement en vue de réaliser « un vol de loisir ou d’activité sportive est interdit ». Les vols « d’instruction, d’entraînement, de baptême ou de découverte » sont proscrits jusqu’à nouvel ordre explique la DGAC dans un communiqué.
 
Toutes les machines sont à l'arrêt
Toutes les machines sont à l'arrêt © Paul-Antoine Boudet FranceTV

Seuls certains professionnels de l’aérien peuvent poursuivent une activité comme la maintenance et l’entretien des aéronefs. Dans ce hangar, Thierry Chemin est instructeur et constructeur d’ULM. Pour lui, les formations et cours sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, alors il faut trouver d’autres occupations.
Thierry Chemin en opération de maintenance sur ses machines
Thierry Chemin en opération de maintenance sur ses machines © Paul-Antoine Boudet FranceTV


"C’est une situation que je n’ai jamais vécue, il faut s’adapter, travailler sur l’entretien des machines, effectuer les révisions, car un avion qui ne vole pas est un avion qui vieilli. Nous sommes coincés, nous ne pouvons plus faire de formations, plus de baptêmes de l’air, du coup j’ai une forte baisse du chiffre d’affaire de la société de l’ordre de 90%. La météo est exceptionnelle en ce moment, les machines sont prêtes et dès le confinement levé, nous serons sur le terrain pour redonner du bonheur aux passagers", assure Thierry Chemin, pilote instructeur.
 
© Thierry Chemin, pilote et gestionnaire du centre de formation ULM

Une situation sanitaire et économique inédite qui ne devrait pas évoluer avant plusieurs semaines. Dans l’immédiat, les personnels des aérodromes restent mobilisés 24h/24 pour assurer leur mission de veille sanitaire et d’aide aux services de l’Etat.
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