Le défi fou d'une lycéenne amputée d'une jambe qui va gravir le Kilimandjaro

A 16 ans, Lise, une lycéenne rémoise qui marche avec une prothèse à la place de sa jambe gauche, va partir cet été à l'assaut du Kilimandjaro. Un incroyable défi qu'elle prépare avec le soutien de son lycée et de quelques camarades.

Le 10 juillet 2024, Lise Spica Dalia s'envolera pour la Tanzanie, à l'assaut du Kilimandjaro, la plus haute montagne d'Afrique. "Je ne pouvais même pas imaginer que c'était possible, glisse la jeune fille, c'est un énorme défi, on est prêt à le relever." Chaque mercredi dans une salle de sport et chaque week-end à l'extérieur, la lycéenne de 16 ans installée à Reims (Marne) s'entraîne avec d'autres camarades, devenus au fil des mois ses amis.

Le dimanche 14 avril, une centaine de marcheurs ont pris le départ à ses côtés depuis le village champenois de Vrigny, près de Reims, pour lui témoigner son soutien. "Je ne m’attendais pas à autant de monde, confie Lise, ça donne de la force, on est vraiment porté par les gens, on sait qu’on y arrivera peut-être plus." Car le défi pour elle est de taille. À cause d'une méningite foudroyante, Lise a été amputée de la jambe gauche à l'âge de six mois. Elle marche désormais avec l'aide d'une prothèse robotisée. Ce qui ne l'a jamais empêché d'être sportive. "Équitation, natation, ski... J’ai toujours préféré faire du sport pour montrer que même avec mon handicap, ça ne change rien." 

Ce projet un peu fou n'a pas germé dans la tête de Lise, mais dans celle du directeur de son lycée, Saint-Jean XXIII à Reims. "Un jour, je croise Lise dans les couloirs, elle avait les yeux rougis, raconte Marc Besancenez. Je pensais qu'elle avait pleuré, mais pas du tout, elle sortait juste de la piscine. Je discute alors avec ses professeurs d'éducation physique et sportive qui me disent que malgré son handicap, elle participe à tous les sports, sauf la course à pied, qu'elle remplace par de la marche rapide. Je suis admiratif et me dis que cette gamine peut devenir une ambassadrice."

"Une grande détermination"

Après plusieurs échanges avec l'explorateur Arnaud Chassery qu'il connaît bien, l'idée d'aider la jeune fille à gravir le Kilimandjaro s'impose. "Quand j'en parle à Lise, continue le directeur, elle en a les larmes aux yeux et me dit que c'est génial, mais que je n'arriverai pas à convaincre ses parents." Après plusieurs jours de discussions, ils y parviennent tous les deux, en levant une à une les restrictions imposées.

Pour sa famille et ses amis, le projet de Lise ne laisse personne indifférent. "Au début, on avait du mal à y croire, se souvient son amie Barbara. Mais elle a une grande détermination, et même si ce n'est pas facile tous les jours, elle y arrivera." À ses côtés, une douzaine de personnes participeront à cet incroyable voyage dont au moins six lycéens "au comportement exemplaire", souligne le directeur. "Des jeunes aux profils différents qui ont aussi traversé des épreuves." Six adultes les accompagneront : la tante de Lise, le directeur, une professeure, une assistante d'éducation, un médecin-urgentiste du CHU de Reims et l'alpiniste et nageur de l'extrême Arnaud Chassery, qui mènera l'expédition.

On a tous une montagne à gravir. C'est le slogan de notre défi. Et c'est parfois une montagne symbolique.

Marc Besancenez, directeur du lycée privé Saint Jean XXIII

"Le Kilimandjaro, c’est déjà difficile quand on est valide, explique l'explorateur, mais pour Lise ça va être une performance énorme, ce n'est pas tant la technicité du parcours, mais la haute altitude à laquelle il va falloir se préparer ardemment." Les participants ont tous passé un test d'effort en simulation d'altitude, examen obligatoire pour espérer gravir les 5895 mètres du pic Uhuru qui domine l'Afrique. En attendant, la préparation s'intensifie pour Lise et ses amis. Début juin, ils marcheront tout un week-end sur les hauteurs de Monthermé dans les Ardennes. Deux jours ensemble pour souder l'équipe.

Voyage sportif et solidaire

Leur périple en Tanzanie commencera par la distribution de près de 500 kilos de fournitures scolaires aux écoles et dispensaires situés au pied du Kilimandjaro. Après l'ascension qui doit durer cinq jours, le petit groupe en profitera pour visiter le Parc national et rencontrer le peuple Maasaï. Un voyage aussi sportif que culturel et solidaire qu'il a fallu financer en faisant appel au mécénat.

"Le projet coûte 79.000 euros, précise Marc Besancenez. On a reçu des aides d'entreprises, de particuliers et d'institutions comme le département de la Marne, la ville de Reims ou le Grand Reims. Mais il nous manque encore des financements." Une cagnotte en ligne doit être lancée cette semaine pour permettre à Lise et ses amis d'atteindre le sommet.