Le courageux défi de Lise, lycéenne qui va marcher sur le Kilimandjaro, une prothèse à la place de la jambe gauche

Le dimanche 19 novembre, Lise, lycéenne de Reims (Marne) amputée de la jambe gauche et marchant avec une prothèse robotique, va s'entraîner à marcher longtemps (vous pouvez l'accompagner). Elle prépare une ascension du mont Kilimandjaro (Tanzanie), haut de 5 895 mètres, prévue en juillet avec le lycée Jean XXIII, où elle étudie.

Lise, lycéenne d'apparence ordinaire, est vraiment extraordinaire. C'est Marc Besancenez, le directeur de son lycée, Jean XXIII de Reims (Marne), qui le raconte à France 3 Champagne-Ardenne.

Âgée de 16 ans, "Lise Spiga Dalia est porteuse d'un handicap. C'est une jeune fille extraordinaire, qui vit, qui a une réelle positivité." À la fin de son année de première, au mois de juillet 2024, elle va vivre une aventure que peu de personnes ont l'occasion d'expérimenter.

Une aventure à 5 895 mètres. La hauteur où culmine le pic Uhuru, constitutif d'un volcan (pas actif), le Kibo. C'est l'un des trois monts à former la célèbre montagne du Kilimandjaro, née des tressauts de la vallée du Grand Rift. Le toit de l'Afrique.

L'idée est venue du directeur. "Cette jeune fille a toujours le sourire. Elle a subi l'ablation de la jambe gauche suite à une maladie foudroyante à l'âge de 6 mois. Mais elle participe aux cours de [sport], elle est toujours dans la dynamique."

Un exploit déjà vu

Il est en relation avec Arnaud Chassery, un "explorateur de l'extrême" ("il a relié les cinq continents à la nage"). C'est aussi un alpiniste renommé, connu pour avoir déjà fait gravir cette montagne à Yann Jondot, un monsieur paraplégique. "Sa cause, c'est vraiment le handicap. Je l'ai appelé pour savoir si on pouvait la mettre en avant au travers de cette [élève] – là." Il connaît donc son sujet.

Tout comme il connaît le Kilimandjaro. Une montagne pas vraiment choisie au hasard. "C'est une montagne symbolique. Son altitude est extrêmement élevée. Mais pour autant, elle reste une montagne inaccessible. Ce n'est pas de l'alpinisme, elle reste accessible en marche... même s'il faut marcher longtemps, et avec un niveau d'oxygène faible. Il y a un risque d'hypoxie : une carence d'oxygène." (voir la localisation sur la carte ci-dessous)

Un "test à l'effort" est prévu au mois de janvier à Paris, "dans un caisson situé dans un centre de préparation pour les sportifs de haut niveau", pour simuler la baisse du taux d'oxygène. Mais tout le monde devrait s'en sortir.

Et Lise est très débrouillarde. "Elle a une prothèse de dernière génération, robotisée. Elle lui permet d'avoir une démarche assez fluide. D'ailleurs, les constructeurs de cette prothèse sont très intéressés par ce défi." Par contre, il faudra pouvoir recharger ladite prothèse, tous les jours. "On va se charger avec des batteries."

En solitaire ? Pas question

Remarquez l'usage du "on". Car Lise ne va pas partir seule, loin de là. C'est une aventure collective, révélé par nos collègues du Parisien. "Cinq autres jeunes seront avec Lise", précise Marc Besancenez. "Ils la porteront, dans le sens symbolique du terme." Leurs "profils sont très différents". Ces élèves (dont le choix "a été extrêmement compliqué") ont connu des épreuves dans leur vie personnelle ou scolaire et ont du mérite : on n'en apprendra pas plus, c'est privé, et ça se comprend. "On a tous une montagne à gravir", rappelle Monsieur le directeur. C'est le slogan du défi, et parfois, il s'agit d'une montagne symbolique.

On a tous une montagne à gravir.

Marc Besancenez, directeur du lycée Jean XXIII de Reims

"Je serai là, ainsi qu'une professeure et une assistante d'éducation. On aura aussi une médecin urgentiste du CHU de Reims. Arnaud Chassery fera aussi cette ascension avec nous, ainsi que la tante de Lise. En tout, on sera douze personnes." L'équipage embarquera une joëlette (fauteuil sur une roue muni de brancards). "Elle permet de circuler sur un terrain avec quelqu'un en situation de handicap. On va monter avec... dans l'optique de ne pas l'utiliser. Mais si Lise est fatiguée, elle pourra l'utiliser sans que ça bloque l'ascension. Un autre jeune aussi, d'ailleurs." 

Tout ceci n'est pas gratuit : le budget prévisionnel oscille entre 70 000 et 80 000 euros. "On doit encore peaufiner. Évidemment, les élèves n'auront rien à débourser." Des mécénats sont recherchés dans le secteur privé, Localement, Cap Informatique ou Bricorama participent. Il est bon de savoir que les dons sont défiscalisés à hauteur de 75% (il est possible de se faire connaître en écrivant un courriel à directeur@jean23reims.org). 

Un défi qui a du sens

Des fondations liées à l'enseignement catholique ont également été approchées pour des subventions. "Au niveau de la ville de Reims, Arnaud Robinet [le maire; NDLR] a été très sensible à ce projet. On a le soutien complet des services de la ville, et on aura une aide logistique pour aller et revenir de l'aéroport, à Paris." Monsieur le maire a aussi proposé que Reims, "qui sera terre d'accueil des Jeux paralympiques, permette d'associer Lise [et ses camarades] aux rencontres avec des sportifs de haut niveau en situation de handicap. Ça a vraiment du sens."

Autre action qui a du sens : embarquer et remettre sur place des fournitures scolaires. "Quand on arrivera en Tanzanie, le premier jour, on aura forcément une journée d'acclimatation. Plutôt que de faire les touristes, on a voulu amener environ 500 kilos de fournitures scolaires dans des dispensaires et des écoles. Ça permettra aux jeunes d'être confrontés à une autre réalité d'enseignement."

Il est aussi prévu d'inscrire le défi dans l'écologie : lors de la redescente (qui dure deux jours), le groupe ramassera les déchets jonchant le chemin. "Il y en a beaucoup, c'est malheureusement le cas pour toutes les montagnes [notamment l'Himalaya; NDLR]."

Ce dimanche, on fait notre première marche solidaire. L'idée est de nous accompagner, participer à notre entraînement.

Marc Besancenez, directeur du lycée Jean XXIII de Reims

À noter que ce défi d'envergure commence dès le dimanche 19 novembre 2023, à 10h00, et qu'il impliquera bien plus de monde que la douzaine de personnes devant se rendre au Kilimandjaro. Le départ sera donné à Chenay (Marne), à huit kilomètres de Reims "On fait notre première marche solidaire. L'idée est de nous accompagner, participer à notre entraînement. Car chaque jeune du défi s'engage à marcher régulièrement. Ce dimanche, c'est ouvert à tout le monde : ce sera une promenade pas exigeante de deux heures entre forêt et vigne. Pour marcher à nos côtés et partager notre aventure : ce sera le coup d'envoi."

Le lycée Jean XXIII est régulièrement associé à des projets solidaires. Ses élèves ont par exemple récolté des boîtes solidaires destinées à la population étudiante précaire de l'université. L'établissement a aussi soutenu humainement le lancement de L'Extra, un restaurant inclusif fonctionnant avec du personnel handicapé mental.

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