Ma thèse en 180 secondes : à Reims, un étudiant vietnamien veut "sauver la vigne et le champagne" en finale du concours

Huu Trong Nguyen participera le 10 juin prochain à la finale nationale 2021 du concours « Ma thèse en 180 secondes » à Paris. L'étudiant rémois, originaire du Vietnam, devra faire, en trois minutes, un exposé sur son projet de recherche. Le tout avec l’appui d’une seule diapositive !


 

 Huu Trong Nguyen, chercheur au sein du laboratoire Résistance induite et protection des plantes à Reims
Huu Trong Nguyen, chercheur au sein du laboratoire Résistance induite et protection des plantes à Reims © Huu Trong Nguyen - France TV

Vous ne comprenez rien en chimie et en physique, plus largement les sciences vous font mal à la tête, "ma thèse en 180 secondes" est là pour vous ... Tout va devenir limpide. Ce concours international de vulgarisation scientifique est ouvert aux doctorants francophones venus du monde entier. Les participants doivent présenter leur sujet de recherche, en français et de la manière la plus simple possible devant un public qui n'a pas la bosse des sciences physiques. En 180 secondes, c'est à dire 3 minutes ... 180 secondes, pas une de plus ! Le tout avec l’appui d’une seule diapositive !  

Deux finalistes du concours défendront les couleurs de la Champagne-Ardenne parmi les 16 finalistes : Gaël Mahfoudi, chercheur à l’Université de technologie de Troyes (UTT) et Huu Trong Nguyen, chercheur au sein du laboratoire Résistance induite et protection des plantes (RIBP) de l’université de Reims Champagne-Ardenne (Urca). Ils participeront le 10 juin prochain à la finale nationale. 

A 29 ans, Huu Trong Nguyen est désormais bien installé à Reims. Depuis 2018, il étudie "la protection des plantes dans l'environnement" à l'Université de Reims Champagne-Ardenne. Mais l'année précédente, ses études l'avaient déjà fait voyager à Montpellier, Rennes, Paris et Avignon. Un véritable tour de France qui lui "ont fait découvrir un très beau pays, j'aime vos paysages", dit-il dans un large éclat de rire. 

 

Vive la France !

C'est au Vietnam qu'il a appris le français, "et je voulais le pratiquer sur le terrain parce que ce n'est pas pareil ..." La preuve. Il s'est retrouvé il y a quelques semaines dans une situation inconfortable : "juste avant la demi-finale, tout le monde me disait 'merde', et je ne comprenais pas. Pour moi, c'est un gros mot. Je ne savais pas que cela peut vouloir dire 'bonne chance'. C'est embarrassant." 

Ce n'est pas seulement pour ses paysages que Huu aime la France. "C'est une jolie langue, elle sonne bien à mes oreilles de vietnamien. Je trouve également que les français sont beaux et que les françaises sont belles ! Et puis, il y a votre gastronomie, les plats français sont équilibrés avec des légumes et de la viande", ajoute-t-il. 

Mais il y a un pan de notre gastronomie que l'étudiant a du mal à apprécier. C'est le vin ! Allez comprendre, il est en France pour sauver nos vignes et "peut-être votre champagne". Nous y reviendrons plus tard ... "Oui, je sais le vin fait partie de vos traditions. Je ne bois pas, ce n'est pas que je n'aime pas, mais cela ne me fait rien ! Pour moi, tout a le même goût. Que ce soit le vin, la bière, l'alcool, le champagne, tout me semble amer ..." 

Un paradoxe. Lors de cette finale nationale, Huu Trong présentera en seulement 180 secondes son sujet de recherche "Lutte biologique contre la galle du collet chez la vigne". Une maladie qui ravage les vignes. C'est un travail complexe s'il en est, sur lequel il passe des heures et des heures chaque jour. Et son sujet n'est pas simple à expliquer de manière concise et ludique. Retrouvez sa prestation lors de la finale territoriale.

MT180


Se mobiliser pour le prix du public

En raison du contexte sanitaire, exceptionnellement, la finale nationale se tiendra à distance et n'accueillera pas de public dans la salle de Boulogne-Billancourt, en région parisienne. Elle sera diffusée en direct sur les pages Facebook, Youtube et sur le site internet du concours. Néanmoins, un prix des internautes récompensera le candidat favori du public. Alors l'URCA se mobilise sur les réseaux sociaux : "Soyons nombreux pour encourager Huu Trong !" Le vote aura lieu pendant le direct. Il sera ouvert après la présentation du dernier finaliste et sera clôturé 25 min après. Pour pouvoir participer au prix des internautes, vous devez vous inscrire ici avant le 7 juin 2021.

 


Une prestation de 3 minutes

Le compte à rebours défile. 180 secondes, c'est beaucoup et peu à la fois. Huu s'est préparé comme jamais, il a répété, "le texte, la mise en scène, comment bouger, le rythme". Visiblement, il prend du plaisir. "J'ai voulu m'inscrire pour valoriser mon travail, faire partager ce que j'aime, mais aussi pour retrouver de la confiance en moi". Huu a connu quelques problèmes de santé, c'est aussi pour cela qu'il s'est lancé dans l'aventure. "J'ai eu une période de stress, j'étais mal, j'ai même été opéré et cela a retardé mes recherches, c'est pourquoi je me suis senti angoissé." Heureusement, tout va mieux. "Je profite, je suis excité car je vis cette finale comme un amusement, je prends ce moment sur scène sans stress et avec plaisir. Je vais donner le meilleur de moi-même".

La joie retrouvée se devine dans les propos du jeune homme. "Oui, ça va mieux, non seulement j'ai connu ces problèmes de santé mais en plus, il y a la pandémie." Huu Trong Nguyen n'est pas rentré chez lui au Vietnam depuis que l'on parle du coronavirus en France. "Avant, j'y retournais une fois par an pour voir mes parents. Par moments, j'étais bien seul. Mais je n'ai pas voulu céder à la déprime, ni à la nostalgie". 

Huu Trong Nguyen dans son laboratoire
Huu Trong Nguyen dans son laboratoire © Huu Trong Nguyen - France TV

D'ailleurs, c'est bien son état d'esprit. Ne jamais se plaindre. Car il trouve les Français râleurs. "C'est une différence de culture. Cela me fait trop bizarre. Tous ces français qui se plaignent et qui demandent toujours plus. Sans doute est-ce parce que je viens d'un pays beaucoup moins développé ... Le niveau de vie est plus bas au Vietnam. Alors tout me convient en France : mes études, le laboratoire, mes conditions d'étude et mes amis. Même si parfois, l'éloignement est difficile !" 

Un peu de nostalgie malgré tout lorsqu'il évoque son pays et ses parents. Mais pas longtemps, l'entrain et le sourire dans la voix reviennent très vite dès qu'il pense à ses recherches et qu'il se projette vers la finale du 10 juin.  

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
sciences culture université éducation société