Reconfinement : le curé de Reims Saint-André en appelle à plus de fraternité, après cinq suicides dans sa paroisse

Le Père Stephan Lange est Belge. Installé en France depuis vingt-six ans, il est devenu le curé de Saint-André, à Reims. Il appartient à la communauté du Chemin Neuf. Ainsi, il n’est pas seul, car en ces temps difficiles, comme beaucoup de Français, il doit affronter la détresse.
 La période est compliquée à vivre pour de nombreux français. La communauté catholique du Père Lange doit affronter des situations qu'elle n'avait pas encore connues.
La période est compliquée à vivre pour de nombreux français. La communauté catholique du Père Lange doit affronter des situations qu'elle n'avait pas encore connues. © Stephan Lange - photo remise à FTV
Le père Stéphan vit des moments difficiles en ce début novembre 2020. Sa paroisse a beau être l'une des plus belles et des plus actives de Reims, la période du confinement, acte deux, est propice au mal-être et aux idées noires chez ses paroissiens et au-delà. Alors que les messes ne pourront plus être célébrées dans son église, comme l'a demandé le Gouvernement aux différents cultes depuis le 3 novembre. 

« Cela ne m’était jamais arrivé », raconte ce curé dynamique. « Je n’avais jamais vécu ça. En deux semaines, j’ai célébré cinq messes de funérailles à la suite de suicides : une maman de trois enfants, une jeune-fille de vingt-cinq ans, une maman de quarante ans, mère de six enfants, un papa de cinquante-deux ans et une personne âgée. Je suis curé de la paroisse de Saint-André, mais aussi modérateur d’un espace missionnaire de Reims-Est, un secteur qui regroupe huit clochers et trois paroisses. Certains y souffrent beaucoup : perte de son travail, de sa maison… Il y a des choses terribles qui peuvent amener à un retour vers la foi. Il faut pouvoir prendre soin de ces souffrances. L’Eglise doit être présente. Tout cela m’a beaucoup marqué.»
 

C’était dur. Pendant les célébrations, j’étais seul face à une assemblée tellement touchée. J’ai tout donné pour aider, pour compatir et amener à l’espérance. Depuis, quand je confesse, je liste les gens à aller voir… C’est nouveau. Je vis en communauté, et c’est heureux. Ce serait très dur de vivre seul.

Le Père Stéphan Lange

Internet a changé l’Eglise

Lors de la messe de la Toussaint, devant 2.000 fidèles, le père Lange a proposé un « drive » pour qu’avec le confinement, les paroissiens puissent suivre la messe, en direct, sur le site internet de la paroisse, via YouTube. Il a été applaudi. « L’Eglise a fait un pas en avant », reconnaît-il. « Avec internet, nous avons mis en place des zooms, des formations en ligne aussi pour les mariages ou l’école des parents, par exemple ».
 

Pour autant, le Père Lange est tout à fait en phase avec l’Eglise catholique qui demande au Conseil d’Etat d’autoriser les messes malgré le confinement. « Il est important de sauver des vies, mais aujourd’hui, on gère mieux la situation sanitaire. Ce n’est pas à l’Etat d’édicter l’interdiction des messes. Nous respectons les gestes barrières. Les personnes âgées sont contentes de voir qu’on a mis en place la distanciation, même si certains ont vraiment peur. Le maire prend soin des célébrations. La présence de la police lors des offices rassure. On essaie de faire attention, mais je ne veux pas céder à la peur, qu’elle soit sanitaire ou sécuritaire. »
 

Ne pas toucher à la croyance de l’autre

Autre sujet qui fait réagir le père Lange : les attentats qui ont une incidence sur le moral des gens. « Ce qu’on vit depuis quelques mois est catastrophique et innommable. On ne peut pas aller trop loin dans la liberté de dessiner, de dire, d’écrire. »
 
L'église Saint-André à Reims
L'église Saint-André à Reims © FTV


 

Le droit à la caricature est un art, une forme de rire, de distance… C’est bien, mais attention à ne pas blesser l’autre. Il faut se respecter mutuellement.

Le père Stephan Lange

"Oui au droit à la caricature, ajoute-t-il. Mais il y a des limites à ne pas atteindre. On ne doit pas toucher à la croyance de l’autre. Certaines caricatures du Christ m’ont choqué, blessé… mais ça ne justifie pas qu’on tue quelqu’un. L’assassinat du professeur est un acte abjecte, inhumain. Je viens d’un pays plus libéral, plus permissif. Ici, la laïcité est plus prégnante, mais attention à ne pas aller vers le laïcisme, une volonté d’éradiquer le fait religieux, loin de la loi de1905. Il faut respecter les convictions de chacun, même si elles sont différentes des nôtres. Chacun a une part de vérité, même si on n’est pas d’accord. C’est le consensus différencié".

Le curé de Saint-André invite ses paroissiens à la tolérance, au pardon. Il prêche pour le vivre ensemble et la fraternité.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement santé société coronavirus/covid-19 religion attentat faits divers terrorisme