Reims : la façade de l'Hôtel de Ville, classée monument historique, s'offre un lifting pour retrouver tout son éclat

Ces derniers jours, les habitants de Reims ont vu disparaître peu à peu leur Hôtel de Ville derrière un enchevêtrement de métal. Un énorme échafaudage, qui va permettre aux artisans de lui redonner un petit air de jeunesse. La façade de l'édifice a beaucoup souffert au fil du temps.

L'échafaudage va évoluer, et monter jusqu'au campanile.
L'échafaudage va évoluer, et monter jusqu'au campanile. © Ville de Reims/Damien Morel

Il arrive parfois qu'on ne regarde plus les édifices devant lesquels on est passé si souvent. A peine remarque-t-on les ravages du temps. Mais, comme les visages, les façades subissent les assauts des années qui défilent. Dans la cité des Sacres, l'Hôtel de Ville n'a pas échappé à cette fatalité. S'il a été classé monument historique en 1862, sa façade ne l'a été qu'en 1922. Elle avait alors déjà fait l'objet d'une restauration, après les bombardements du 3 mai 1917, qui avaient entraîné un gigantesque incendie de l'édifice. A l'époque, seule cette façade avait subsisté.

Cette façade est en Liais de Courville, la pierre de Courville, bien connue pour être celle avec laquelle a été construite Notre-Dame de Reims.

Christian Lécaille, directeur de l'entreprise Léon Noël.


C'est sur l'esplanade Simone Veil, inaugurée le 9 mai 2019, que s'élève l'Hôtel de Ville de Reims. A cet emplacement, des fouilles, autrefois, avaient permis de révéler des restes d'une maison romaine. Il ne faut pas oublier que l'Hôtel de Ville se situe à quelques centaines de mètres de la Porte de Mars. Un premier bâtiment avait été installé sur la Place du marché aux chevaux, au 15ème siècle, mais c'est au 17ème siècle que débutèrent les travaux de l'Hôtel de Ville, des travaux, qui faute d'argent, ne purent se terminer qu'en 1818.

Les ruines de l'Hôtel de Ville, après les bombardements de mai 1917.
Les ruines de l'Hôtel de Ville, après les bombardements de mai 1917. © Archives municipales et communautaires.


La maison des Rémois

Catherine Coutant est conseillère municipale de la Ville de Reims, déléguée au patrimoine. Elle est également vice-présidente du réseau sites et cités remarquables, dont fait partie la ville, ainsi que vice-présidente de l'association des Biens Français, qui regroupe tous les biens inscrits au patrimoine de France, dont ceux de Reims. Le pont du Gard ou encore le Mont-Saint-Michel comptent parmi les 45 édifices classés. La richesse patrimoniale de la commune de la Marne lui permet de mettre en place de nombreux projets.

"Dès son élection comme maire de Reims, en 2014, Arnaud Robinet avait dit qu'il voulait remettre en état la maison des Rémois", rappelle Catherine Coutant. "Il voulait que ce soit fait au plan patrimonial, mais aussi en terme d'accessibilité. Cet édifice remarquable, reconnu Louis XIII, mérite vraiment d'être restauré". Si Catherine Coutant marque tant d'enthousiasme, c'est parce que l'édifice présente en effet une richesse particulière. Outre la façade, l'intérieur comporte des éléments classiques et art déco, dont l'orgue, classé monument historique en 2021.

La salle du Conseil Municipal, avant l'incendie de 1917.
La salle du Conseil Municipal, avant l'incendie de 1917. © Archives municipales et communautaires.


Des travaux pendant 22 mois

Un monument classé, d'un intérêt patrimonial si particulier, nécessite l'intervention de l'architecte du patrimoine. Et de nombreux contrôles seront effectués, pour cette restauration. Des entreprises agréées interviendront. C'est le cas notamment de la société Léon Noël, installée à Saint-Brice- Courcelles, dans le Grand-Reims. Christian Lécaille en est le directeur. "Cette façade est en Liais de Courville, la pierre de Courville, bien connue pour être celle avec laquelle a été construite la cathédrale Notre-Dame de Reims. Après-guerre, explique-t-il, des restaurations avaient été réalisées en pierre de Savonnières, qui vient de la Meuse, dans le secteur de Ligny-en-Barrois, non loin de Saint-Dizier, en Haute-Marne.

Cette pierre est utilisée, car elle est plus tendre et se sculpte donc plus facilement. 80 à 90% de la façade est en pierre de Courville. On attend la fin du montage de l'échafaudage pour passer les commandes, et il faudra également procéder au nettoyage complet de la façade".

Sur le corps central du bâtiment, la statue équestre de Louis XIII a beaucoup souffert.
Sur le corps central du bâtiment, la statue équestre de Louis XIII a beaucoup souffert. © Ville de Reims.


Les outrages du temps

Si un tel chantier a été lancé, c'est parce que la façade de l'édifice avait beaucoup souffert. "La couverture du balcon, en plomb, s'est dégradée. Les pilastres n'existent plus", détaille Laurent Jacquemard, directeur-adjoint des études et des travaux de bâtiments. "Sur le corps central de la façade, de nombreux détails sont à changer. La statue de Louis XIII est à reprendre en grande partie. Elle a subi une desquamation et les joints sont abîmés. Beaucoup d'éléments sont touchés par des éclats de pierre. Au niveau de la couverture, tout est à refaire, le plomb, la zinguerie."

En ce qui concerne les boiseries extérieures, là encore, le travail qui attend les professionnels est important. Il faut effectuer une reprise, car ces éléments datent de la période de la reconstruction, et depuis, l'eau s'est infiltrée et a provoqué des dégâts. Sur le chantier, il y aura, selon les domaines d'intervention, jusqu'à douze personnes mobilisées. La tâche à accomplir est considérable.

Dans quelques mois, l'Hôtel de Ville sera débarrassé de son échafaudage.
Dans quelques mois, l'Hôtel de Ville sera débarrassé de son échafaudage. © Ville de Reims/Damien Morel


Un échafaudage présent plusieurs mois

Pendant la durée de cette restauration, les habitants de Reims pourront toujours accéder à l'Hôtel de Ville, par l'entrée principale, et une rampe d'accès provisoire est prévue pour les handicapés. Une bonne chose, lorsque l'on sait que les travaux sont prévus pour une durée de 22 mois. "L'échafaudage évoluera dans le temps", indique Laurent Jacquemard, directeur-adjoint des études et travaux de bâtiments. "Il avancera gentiment, avant de monter, jusqu'au campanile".

Dès son élection, comme maire de Reims, en 2014, Arnaud Robinet avait dit qu'il voulait remettre en état, la maison des Rémois.

Catherine Coutant, conseillère municipale, déléguée au patrimoine.


Trois millions d'euros seront consacrés à ce chantier. Cela représente une part importante du budget municipal consacré au patrimoine pour 2021 et 2022. Mais la Ville est soutenue financièrement par la Région Grand Est et l'Etat, à travers la DRAC.

Labellisée "Ville d'Art et d'Histoire", Reims tient à protéger, à rénover son patrimoine, mais aussi à le faire connaître. C'est pourquoi, et c'est notamment pour développer l'attractivité touristique de la ville, qu'un site dédié au patrimoine est actuellement en cours de mise en place.

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