Reims : le magicien Cyril Regard veut ouvrir un Salon de l'illusion, car "la magie, ça se partage"

Cyril Regard est magicien professionnel depuis 2007. Il a décidé d'ouvrir un Salon de l'illusion à Reims (Marne), afin d'accueillir son public dans des conditions optimales... et un décorum soigné. Le financement participatif qu'il a lancé le 29 août a déjà réuni 7.000 euros.

Cyril Regard ne sort pas de Poudlard, l'école du petit sorcier à lunettes Harry Potter. Mais ça n'a rien à voir, et il n'en est pas moins un magicien professionnel, gagnant sa vie avec une flopée de tours de magie depuis 2007. Les avis dithyrambiques qu'il a reçus sur Google et Linkedin sont édifiants. 

Effectuant jusqu'à une centaine de représentations par an, Cyril Regard met ses dons de magicien et d'illusionniste (et d'hypnotiseur) chez des particuliers, des entreprises, et même au club Med. Désormais, il ambitionne également de recevoir à domicile. Son projet a nécessité le lancement d'une cagnotte participative sur Ulule, le jeudi 29 août 2021. Ce sont 8.000 euros qui sont requis, il en a déjà récolté la plus grande partie (un client a été si enthousiasmé à l'issue d'une performance qu'il lui a financé 1.000 euros d'un coup). C'est aussi l'occasion de tâter le terrain pour ce projet évalué à 25.000 euros au total.

Le magicien compte aménager une pièce de 35 m² au sein de sa maison pour y accueillir jusqu'à douze personnes. Les lieux seront optimisés pour les divers tours de magie, et décorés avec soin dans un style speakeasy : mélange entre un bar clandestin de la Prohibition et un cabinet de curiosités. Ouverture prévue en janvier 2022. L'endroit sera aisément accessible, puisque situé en centre-ville de Reims (Marne), dans le secteur du carrefour formé par la rue Pierret et l'avenue de Laon (quartier visible sur la carte ci-dessous).
 


Contacté par France 3 Champagne-Ardenne, Cyril Regard a détaillé son projet.
 

Comment est née votre ambition ?

"J'ai appris la magie en commençant assez jeune, avec ma mallette de magie. Comme beaucoup de personnes qui reçoivent ça à Noël... C'est une passion qui ne m'a jamais quitté. Aujourd'hui, je suis spécialisé en close-up - en magie de proximité. C'est ce qui se fait au plus près des spectateurs. On peut leur montrer plein de choses différentes, aggrémenter une soirée au cours d'un repas ou d'un cocktail par exemple. C'est vraiment ça qui me plaît comme type de magie."
 

D'où vient la vocation ?

"Je pense que pour la plupart des magiciens, et c'est mon cas, c'est par rapport au regard des spectateurs. Quand on voit un oeil qui pétille, de l'émerveillement, de l'étonnement, des sourires, de la bonne humeur et bonne ambiance tout simplement... C'est un peu addictif, on recherche toujours le tour qui va faire en sorte d'encore plus faire briller les yeux, encore plus étonner, encore plus émerveiller... Et c'est parti pour un long périple de recherche, de création, de développement... Pour continuer à susciter ces émotions-là."
 

Pourquoi ne peut-on pas réduire la magie à un truc de gamin ?

"En fait, je ne fais plus de magie pour enfant... Au début, quand on commence la magie, en général, on prend tout ce qu'on nous propose... Parce que quand on veut en vivre et qu'on a 18 ans, on prend ce qu'il y a. J'ai donc fait des spectacles pour enfants, des spectacles sur scène..."

"Mais j'ai rencontré un magicien au Pays de Galles, en 2017, un grand nom de la magie, qui venait de finir une formation avec un de ses anciens élèves, et qui m'a demandé si je voulais être son nouvel élève. De temps en temps, des magiciens coachent ainsi d'autres magiciens. J'étais déjà professionnel, bien lancé; ça tournait déjà très très bien. Mais c'était une belle opportunité. J'ai dit oui. On a fait la formation pendant plus d'un an, c'était très difficile, très éprouvant, très demandeur en énergie. Et au début, il m'avait dit qu'il n'était pas possible d'être bon en tout et de devoir choisir une spécialité : pour devenir le meilleur dans ce domaine-là. Il ne faut pas compter ses heures pour maîtriser un tour, je m'entraîne depuis six mois sur l'un d'eux et ce n'est toujours pas parfait."
 

Que faites-vous exactement ?

"Les lapins dans les chapeaux, ça ne se fait plus trop... Couper les femmes en deux, c'est de la grande illusion. Ce n'est pas la même catégorie de magie. Le close-up, ou micro-magie, c'est avec de toutes petites choses, vraiment près des gens. Des jeux de cartes, des pièces. Chaque spectacle que je propose est différent, c'est de l'improvisation en grande partie [exemple dans la vidéo Instagram ci-dessous]. C'est un peu comme du jazz : on est avec les gens tout le temps, prêt à réagir à la moindre petite remarque. Tout est interaction : c'est ça qui rend le spectacle intime, convivial, et vraiment vivant."

 

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Quel exemple pouvez-vous donner ?

"Tout dépend ce qu'il y a autour. S'il y a des couverts sur la table, par exemple, je vais faire de la torsion de métal. Faire en sorte que vous voyiez des couverts se tordre devant vous, juste sous vos yeux. C'est un truc assez puissant. Mais jamais je ne ramènerai ma propre fourchette pour vous montrer : c'est seulement si vous avez des couverts sur la table. Ou si vous portez une bague assez visible, on peut faire en sorte de la faire disparaître et réapparaître ailleurs."

"Je trouve ça beaucoup plus intéressant quand c'est de la magie ancrée dans le réel. Pour moi, c'est ça que doit représenter la magie. Si on arrive avec son objet truqué, ça fait un peu malette de magie : 'regardez ma série d'objets truqués, voilà, merci, au revoir'. Alors que si on arrive avec rien, qu'on se sert de tout notre environnement et tout notre espace pour créer de la magie... Là, ça devient intéressant."
 

Pourquoi vouloir ouvrir votre lieu de magie ?

"Pendant le confinement, j'ai été un des premiers magiciens en France à faire des spectacles en ligne. J'en ai fait 110 en tout. Je me suis vraiment amusé, et ça m'a vraiment plu. J'étais complet tous les vendredis, samedis, et dimanche où j'étais ouvert. J'ai aussi fait beaucoup de team-building pour des entreprises ou des séminaires, des petites choses comme ça..."

"J'ai alors vu le confort de travailler chez soi, et surtout dans un environnement maîtrisé. Si j'arrive chez vous, je n'ai pas forcément la lumière que je veux, l'angle de placement des personnes que je souhaite, et il faut que je m'adapte. C'est mon métier depuis quatorze ans, donc j'y arrive... Quand je rentre dans une pièce, je vois tout de suite quel tour je peux faire... et ne pas faire. C'est donc un peu frustrant quand on a un super truc à présenter... Chez moi, j'ai toutes ces conditions. J'ai trouvé ça génial en termes de possibilités."

"Je vais toujours me déplacer, avec toujours autant de plaisir. Mais ce sera une offre complémentaire [détaillée dans la publication Facebook ci-dessous; ndlr]. Plutôt que de faire en sorte de juste arriver dans votre évènement privé que vous devez organiser de A à Z; on vous permet de venir avec champagnes et petits-fours. Tout ce qui va bien pour vous recevoir confortablement. Pour profiter de deux heures de ce qui est à la fois un spectacle de magie et un échange sur la magie : pas mal de choses différentes orientées selon les groupes, par exemple jeux, puzzles, apprentissage de magie..."
 

 

Comment ça va se présenter ?

"C'est minuscule comme salle : 35 m² pour douze personnes accueillies. Je ne voulais pas faire de rangs avec des gens derrière les autres, mais vraiment que ce soit comme à l'apéro : tous autour d'une table, bien installés. C'est du hyper personnalisé, VIP. La magie, c'est quelque chose qui se partage. Pour moi, c'est l'un des aspects primordiaux de la magie. Quand on voit quelque chose en étant tout seul, et quand on peut le vivre avec quelqu'un qu'on apprécie ou qu'on aime, et lui dire : 'tu as vu ?', c'est beaucoup plus impactant et mémorable. Être tous en cercle et faire que chacun voit tous les autres, ça créé du partage, ça créé du lien."

"Je travaille avec des scénographes, avec un créateur d'illusions, pour rendre la pièce magique. Je ne voulais pas juste faire un bel endroit - il le sera mais ce n'était pas juste l'objectif. Car des beaux endroits à Reims, il y en a plein. De magnifiques maisons de champagne, de beaux salons et hôtels... Là, ce sera magique au sens propre. Tout sera truffé d'illusions cachées dans les murs, le plafond, le sol... Pour créer un lieu presque à la Harry Potter : il n'y aura peut-être pas des chandeliers qui voleront au plafond... mais presque."
 

 

Il y aura du public : pourquoi la magie plaît autant ?

"Je pense que la magie, c'est un langage universel. Que c'est important, tout simplement. Parce qu'on n'est pas forcément dans un monde très positif, très drôle... Et chez pas mal de gens, plus ils sont au courant de comment les choses fonctionnent, et plus ils sont... déçus, blasés. Voir quelque chose qu'on ne comprend pas et qui nous émerveille, c'est un luxe. Je pense que c'est un cadeau de pouvoir assister à quelque chose qui n'a pas d'explications. Ça ouvre potentiellement de nouvelles portes, de nouvelles perspectives."

"Il y a 2.000 ans, vous demandiez à n'importe qui comment fonctionne le tonnerre, et il vous racontait une histoire de dieux qui se battent dans le ciel, Zeus et puis tout ça. C'était de belles histoires, qui faisaient rêver. Aujourd'hui, scientifiquement, les éclairs, on sait parfaitement les expliquer... On s'empêche un peu de rêver. La magie, ça peut réapporter une touche de mystère, d'impossible... de belles histoires à raconter. Ça marche avec toutes les cultures; car c'est un langage universel."

 

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