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Le Rémois Raymond Gourlin, ancien résistant et officier de la Légion d'honneur est décédé à 92 ans

© Jacques Driol
© Jacques Driol

Raymond Gourlin est décédé aux alentours de 22h jeudi 17 août. Ce résistant et déporté au camp de Neuengamme s'est engagé tout au long de sa vie pour témoigner auprès des jeunes de la région.

Par Florence Morel

"Un midi, les Français de notre groupe de déportés nous disent que la guerre est finie. C'est le 8 mai. Cette bonne nouvelle ne m'apporte aucune joie (…) mais je reste sans réaction. La déportation nous a fait oublier la liberté." Ces phrases, Raymond Gourlin avait pris l'habitude de les prononcer face à un public, souvent jeune, à l'écoute. Cet ancien résistant et déporté au camp de Neuengamme se rendait dans les collèges et lycées depuis les années 1980 pour témoigner l'horreur qu'il avait côtoyée au plus près. Il est décédé jeudi dernier aux alentours de 22h, à l'âge de 92 ans.

S'il y a une chose dont se souvient son petit-fils Jean-Baptiste Schnepf, c'est l'importance de la liberté aux yeux de son grand-père :

Il m'a beaucoup transmis. Des valeurs patriotiques d'une part, et d'autre part, de toujours profiter de ce qu'on a à l'instant présent.


Un combat pour la liberté


En 1943, à l'âge de 18 ans, le jeune homme est requis pour le service de travail obligatoire (STO) en Allemagne. Refusant de s'y rendre, il devient alors résistant.

La même année, après avoir travaillé dans un garage à Saint-Savine dans l'Aube, il fuit et se réfugie chez son frère, policier à Chaumont.

Dénoncé, il échappe de nouveau à une arrestation et retrouve un poste au commissariat auprès de son frère. Il profite alors de son nouveau poste pour informer la Résistance.

Il appelait les requis au STO pour qu'ils puissent s'enfuir avant de recevoir leur lettre de mobilisation et il informait les Résistants des perquisitions à venir

se souvient Jean-Baptiste Schnepf, admiratif.


Matricule 43 948


Le 6 juin 1944, il décide de rejoindre le maquis de Leffonds en Haute-Marne. Dix jours plus tard, il est fait prisonnier par les Allemands après avoir porté secours à un de ses camarades. "Camarade qu'ils exécutent devant moi", témoignait le Résistant dans un article.

Son frère, Daniel Gourlin, meurt le 30 juin 1944, des suites de cette opération. Raymond ne l'apprendra qu'à la fin de la guerre. "C'est ce qui l'a fait tenir, pense son petit-fils. Il voulait à tout prix s'en sortir pour retrouver son frère."

Retrouvez le témoignage intégral de Raymond Gourlin sur le site www.cndp.fr


Après un interrogatoire musclé - le détenu y perdra toutes ses dents - Raymond Gourlin est déporté au camp de concentration de Neueugamme en Allemagne. Plus de nom ni de prénom, mais un simple matricule : 43 948.

Hasard malheureux, il y croisera le commissaire de police de Chaumont, arrêté lui aussi, pour qui il avait travaillé l'année précédente.

Nom: Raymond Gourlin, poids : 28kg

Je n'ai jamais pu me libérer entièrement de ce vécu, de ce cauchemar


Le 14 mai 1945, Raymond Gourlin passe des tests cliniques. Il pèse alors 28kg. "Sur le moment, je ne saisis pas très bien le chiffre donné, racontait-il. C'est vrai que nous étions habitués à nous voir maigres, même très maigres. C'était devenu normal d'être ainsi."

Les années 1980 : le début des témoignages


Raymond Gourlin attendra les années 1970 pour faire part à ses proches des horreurs qu'il a vécues. Une dizaine d'années plus tard, il décide alors de se livrer aux jeunes dans les collèges et lycées.

"Il s'est livré à moi sur le tard, se remémore Jean-Baptiste. J'ai découvert son premier témoignage quand je l'avais fait venir devant ma classe pour nous raconter son histoire, dans les années 2000."

Le 6 juin 2016, Raymond Gourlin est fait officier de la Légion d'honneur en présence du maire de Reims, Arnaud Robinet. Il avait notamment reçu la Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance.

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