TEMOIGNAGE : "créer un spectacle dans le quartier, ça renforce le lien social"

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Une compagnie de théâtre s'est installée pendant 15 jours au cœur du quartier Orgeval à Reims. Avant de présenter son spectacle ce dimanche 3 juillet, témoignage d'une habitante qui a participé à l'opération. Elle évoque ce besoin de lien social.

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Pendant deux semaines, du 15 au 30 juin, la compagnie de théâtre Basinga s'est installée au cœur d'un quartier du Nord de Reims. À Orgeval, au milieu des barres d'immeubles, la création d'un spectacle de funambule est en cours, grâce à la complicité du Manège, scène nationale. Son originalité : faire participer les habitants à un spectacle avec des costumes, une mise en scène et même un exercice de funambule. Jeune mère de famille de 28 ans, Anais Bereaux a participé à la construction de cette pièce pendant deux semaines. Avec ses deux enfants, Lucas 8 ans et Lucie 4 ans.  

"J’en ai entendu parler à la maison de quartier, je les ai rencontré. J'ai simplement poussé la porte. Sur place, j’ai retrouvé des gens du quartier et la compagnie Basinga. J’ai bien aimé leurs activité et ça faisait une occupation avec des gens. J’ai réalisé des pompons. On a fait de la broderie. Mon fils va même marcher sur un fil pour le spectacle".

Anaïs l'avoue, elle n'avait aucun lien avec le monde artistique. "Je n’avais jamais assisté à un spectacle de ma vie. Cela fait quinze jours que je suis au quotidien avec cette compagnie, et déjà je trouve mes enfants plus calmes. Ma fille de quatre ans a fait des pompons, moi je me sens plus reposée. Cela me change du quotidien, du covid. Revoir du monde cela crée du lien, des échanges sur la vie, ça change de la routine. J’aimerai bien continuer à faire ça. Continuer à les aider". 

Des portes d'entrées pour créer du lien

Déborah Benveniste, s'occupe de la mise en espace, pour la compagnie Basinga. Dans chaque ville où la compagnie s'arrête, elle observe des changements chez les habitants. "Anaïs, je l’ai vue évoluer, se transformer. Elle a incarné un autre personnage. Cette démarche apporte quelque chose, c’est basé sur des rencontres, parfois c’est merveilleux, ou raté, mais là, il y a plein de portes d’entrée pour se rencontrer. Du fil à la séance photo, on a plein de possibilités. Le fait qu’on reste ici quinze jours, on les associe au processus de création. On écrit avec eux, on s’inspire mutuellement. Certains personnages sont nés des échanges, ça crée des liens invisibles entre les villes dans lesquelles on passe. Chacun a conscience de cette dimension". 

La création du spectacle a donné lieu à une séance photo, réalisée par la photographe Valérie Frossard. Ses portraits seront exposés en septembre sur les grilles du Manège à Reims. "Cela fait longtemps qu’on y pense. Au total 11 portraits seront exposés, soit 22 photos. J’essaye aussi d’intégrer les habitants au spectacle. Nos costumes sont évolutifs. Les gens s’emparent de ces personnages. C’est vaste". 

Anaïs conserve déjà un souvenir mémorable de cette expérience. "J’ai bien aimé l’idée, j’étais un peu excitée de voir comment ça se passait. Dans le quartier Orgeval, il n’y a pas souvent de choses de ce genre. On croise des gens on ne se parle pas, la parole se libère".

Séance photo

La séance photo a prolongé l'immersion dans ce monde artistique. "D'habitude, je ne suis pas trop pour, et là avec les déguisements, ma fille et mon fils se sont prêtés au jeu. On a choisi notre costume, le personnage. Moi j’ai choisi un personnage qui protège des maladies. Avec toutes les personnes malades du covid, c’était un clin d’oeil. Un hommage aux soignants. Le fait que l’on me voit, ça montre aussi ce que l’on fait sur le quartier". 

La jeune mère de famille en retire plusieurs enseignements. L'envie de dire aux voisins de sortir de chez soi, de ne pas avoir peur de discuter. "La compagnie était géniale, il y avait du sourire, on était sans masque, je me sentais moins isolée. C'est une fierté, les enfants ont appris l’équilibre pour marcher sur un fil.Ça change des écrans". Et lorsqu'Anaïs enfile son costume, elle quitte sa timidité naturelle. La photo, elle va l'encadrer, la mettre dans le couloir de son appartement.

La compagnie Basinga a pour ambition de tisser des liens et communiquer cet art qui, "mieux qu’aucun autre, évoque en quoi notre grandeur repose sur nos fragilités, et notre capacité à savoir les conjuguer". Pari réussi. Ce dimanche 3 juillet à 16h, une traversée funambule aura lieu dans le quartier Orgeval. "Une proposition à la fois spectaculaire et participative, accompagnée par des musiciens live mais également par des habitants associés au projet".