Toxicomanie, envies suicidaires et refus de soin : “si mon fils meurt, vous n’aurez pas fini d’entendre mon nom”

Depuis des mois, Bénédicte Landat se bat pour que son fils toxicomane sujet à d’importantes envies suicidaires ait accès à des structures spécialisées et déplore le “refus de soin” des urgences de Reims, alors que la situation relève de la course contre la montre.

Un combat de tous les instants. “Si mon fils meurt, je continuerai de lutter chaque jour et vous n’aurez pas fini d’entendre mon nom.” Les mots sont forts, mais ils résument bien l’intensité du combat que mène Bénédicte Landat. Mère de famille, installée dans la Marne, elle se bat quotidiennement pour un accès aux soins pour son fils de 32 ans, toxicomane depuis 12 ans et sujet à d’importantes envies suicidaires.

Parcours du combattant

“Le 5 juin de cette année, il était prêt à se soigner. Ça a été le parcours du combattant. J’ai fait une hospitalisation sous contrainte (hospitalisation sans consentement pour une personne non saine d’esprit sous certaines conditions). On me l’a promené entre Reims et Châlons-en-Champagne, sans que je sache pourquoi. La contrainte a ensuite été levée au bout de 48 heures sans m’en avertir, avec mise en place de soins libres dont je n’étais pas informée, puis mon fils est parti”, retrace-t-elle révoltée.

“Il est suivi par le Centre d’accueil et de soins pour les toxicomanes (CAST) depuis plusieurs mois. Le centre lui a fait un certificat disant qu’il y avait tentative de passage imminant à l’acte suicidaire, comme l’avait fait son médecin traitant auparavant”, détaille Bénédicte Landat, qui a conservé tous ces documents en guise de preuve.

“La structure ou la mort”

“À ce stade-là, c’est la structure ou la mort”, se désole-t-elle avant de poursuivre : “Il veut se soigner. Il veut s’en sortir, mais la toxicomanie, c’est une maladie. On ne s’en sort pas tout seul”Le problème, c’est qu’une fois arrivés aux urgences de Reims ce 5 septembre avec des certificats médicaux indiquant le risque et l’urgence de la situation, la famille est confrontée à un “refus de soin”.

“Une fois arrivé aux urgences, la psychiatre de garde devait venir pour valider le certificat médical et permettre la prise en charge de mon fils par l’Etablissement public de santé mentale (EPSM) de la Marne. Seulement, elle a tout bonnement refusé de se déplacer. Les patients autour m’ont dit que c’était classique ici, j’étais effarée. Après une nuit à attendre aux urgences avec des perfusions de Valium à cause du manque, il a été remis dehors et je l’ai récupéré à 9 h 30. C'est hallucinant. On m'a même conseillé de le laisser vivre sa vie, mais on ne peut pas le laisser seul dans un tel état, c’est inconscient”, déplore Bénédicte Landat.

Contacté, le CHU de Reims a indiqué que seul l’EPSM était en capacité de donner des explications ou de prendre en charge le concerné, avant d'apporter quelques précisions : "le patient a été pris en charge 30 minutes après son arrivée aux urgences CHU et a fait l'objet de consultations par un infirmier et par un médecin correspondant à son état de santé". Selon l’EPSM, "la prise en charge de la personne en question a été réalisée dans le respect des règles. Ce patient a été vu par un médecin de l'EPSM de la Marne et une prise en charge vers une structure d'accueil adaptée a été organisée", ce qui est contesté par Bénédicte Landat.

Course contre la montre

En attendant une prise une charge, la mère en détresse dresse amèrement le tableau des perspectives : “les urgences le laissent décéder et quelqu’un se déplacera seulement quand il sera mort. Moi, je vais devenir cinglée le jour où j’apprends la nouvelle. C’est une course contre la montre. Son corps se dégrade, ses capacités cognitives aussi. Il a mal aux organes dès qu’il est en manque... Il faut agir maintenant“.

Malgré un sentiment d’impuissance important, le combat continue “quoi qu’il arrive”, et ce par tous les moyens possibles : “Si ça ne suffit pas à sauver mon fils, le fait d’en parler pourra au moins aider les autres. J’en fais le combat d’une vie”.

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