Câbles tendus sur la route, "une mise en danger de la vie d'autrui", pour les motards et les cyclistes

Le 8 juin 2020, un câble a été retrouvé tendu sur une route départementale, dans le sud de la Marne. Un automobiliste en avait fait les frais, sans conséquences graves. Un délit passible de lourdes sanctions et dangereux, voire mortel, pour les deux roues. 

Tendre un câble sur une route est un délit considéré comme mise en danger de la vie d'autrui.
Tendre un câble sur une route est un délit considéré comme mise en danger de la vie d'autrui. © Philippe Turpin MaxPPP
Les faits sont là. Le 8 juin 2020, un câble a été tendu sur une petite route, dans la commune de Saint-Just-Sauvage, dans la Marne. Il s'agirait de câbles utilisés pour tirer la fibre optique dans un tuyau. Personne ne sait aujourd'hui qui les a tendus sur la route. Mais le maire confirme, "il a même fallu brûler ce câble, tellement il était tendu". C'est un automobiliste qui a buté dedans, sur la D440. Heureusement, il n'a pas eu d'accident. Mais a posteriori, ce genre de piège fait froid dans le dos. 

Bruno Martin, maire du village marnais situé à proximité de ce piège, avait tiré la sonnette d'alarme sur Facebook. Pour tenter de mettre des noms sur ce délit. Il avait lancé un post sur la page de sa commune, pour tenter de récupérer des témoignages. On était alors en plein déconfinement, et il craignait que ce ne soit l'objet de jeunes gens désoeuvrés. Le post ayant été partagé  plus de 700 fois, l'affaire avait eu un écho retentissant dans le secteur. 
 
Un mois plus tard, en cette mi-juillet 2020, il veut calmer les esprits. Mais il reconnaît avoir été choqué. Il avait même reçu la personne qui s’est fait prendre par le câble, après son passage à la gendarmerie. "Un appel à témoignages a été lancé, mais pas de précisions supplémentaires. On avait fait une annonce via Facebook pour inciter les gens à surveiller leurs enfants, en plein déconfinement, avec l'absence d’école. Les personnes qui se sont rendues compte que cela pouvait être dangereux ont fait la leçon à leurs enfants. On n'avait pas vu ça avant. C’est nouveau et ce n’était pas forcément prémédité". Une pure bêtise de gamin en vadrouille, selon le maire, ils seraient tombés sur une cordelette qui sert à tirer la fibre dans les tuyaux. "On n’a pas de délinquants avérés". Sauf que cela aurait pu coûter la vie à un cycliste ou un motard. 

"Si cela avait été un motard, il aurait pu se faire décapiter", s’insurgeait la première adjointe du maire, Marie Brun, interrogée par le site spécialisé "Le repaire des motards". Elle se disait "pleinement consciente du problème. Nous allons mettre toute notre énergie dans la mise en place d'actions dans le but de réduire aux maximum les incivilités que nous subissons. Nous sommes d'ores et déjà dans l'action pour arriver à cette fin ". Le site relate également le cas d'un homme à Saint-Jean-de-la-Blaquière, arrêté en 2015 et condamné à neuf mois de prison dont un mois ferme, interdiction de posséder une arme et mise à l'épreuve de deux ans, pour avoir posé des pièges dans les chemins communaux.

Les motards sont nombreux à réagir sur les réseaux sociaux. Mais aussi ceux qui pointent les autres deux-roues visés. "Dans les bois c'est repandu pour les quad et les motos cross.... Très dangereux, aussi pour les cyclistes et cavaliers. Il y a le même style de piège dans les bois contre les VTT. Et on ne compte plus non plus les planches à clous dissimulées dans les chemins. Si j’en attrape un un jour je le traine par la peau du derrière jusque la première gendarmerie" peut-on lire ce dimanche 12 juillet, sur la page Facebook de France 3 Champagne-Ardenne par exemple. 
 
 

Un délit passible de prison 

L'élu de Saint-Just-Sauvage (Marne), lui-même motard, le reconnaît. "Cela aurait pu être très dangereux. Mais on n'est pas dans un phénomène. On a alerté la population, car cela aurait pu être une moto et pas une voiture. Les noeuds étaient très bien faits, la tension était forte, comme sur un arc. On a tous eu une grosse frayeur. Par la suite, j’ai eu des contacts par des revues motos, mais n’en faisons pas une affaire. On a fait de la prévention. On a expliqué". Un mois plus tard, l'enquête est au point mort. Contacté, le capitaine de gendarmerie locale à Anglure, n'a pas plus d'explications. Lui aussi, alerte sur le fait que "cela pourrait être très dangereux pour des cyclistes ou des vélos. Un délit, passible de prison. On n'avait jamais vu ça sur la circonscription. Ni avant ni après. Cela reste exceptionnel".
 

Pour les motards ou les vélos, ça peut faire guillotine au niveau de la tête.

Capitaine de gendarmerie d'Anglure

 
La nouvelle s'est répandue dans le milieu des motards. Une communauté qui dénonce ce genre d'agissement avec vigueur. Gilbert Brugnon, est président du club de moto d'Epernay"Les câbles tendus, je connais bien le phénomène. Cela n'arrive pas souvent, mais j'en ai moi-même été victime il y a une dizaine d'années, raconte-t-il. Sur un chemin dans la montagne de Reims. J'étais allé à la mairie pour signaler le problème, mais on ne savait pas bien si le chemin lui appartenait ou s'il était à un particulier. A l'époque, j'ai porté plainte, mais elle a été classée sans suite.

Dans la région nantaise, un cas dramatique avait été relaté en mars 2016 sur ce sujet, par nos confrères de Ouest France. Un homme de 50 ans avait trouvé la mort à bord d'un quad, au Loroux-Bottereau, dans le vignoble nantais, après avoir percuté un filin tendu au travers d'un chemin forestier. L'autopsie avait révélé que le filin était responsable de la mort du pilote. En percutant ce câble métallique, le quinquagénaire avait subi « le coup du lapin », qui lui a coûté la vie. Le propriétaire des lieux avait indiqué avoir installé ce câble métallique sur le chemin qui mène à sa propriété, pour dissuader les véhicules à moteur d'emprunter cette voie. Un vététiste avait également alerté sur le même thème, en août 2019, à propos d'un câble tendu délibérément et avec malveillance en travers de l'itinéraire en Isère, à Saint-Hilaire du Touvet en Chartreuse. 
   

La signalétique trop souvent absente

"On n'aime pas trop en parler, car cela peut donner de mauvaises idées aux autres. On ne veut pas trop que cela s'ébruite", continue Gilbert Brugnon, le motard marnais. "Dans le bassin d'Hermonville, certains plantent des clous sur des planches qu'ils retournent et recouvrent de feuilles mortes pour faire crever les pneus. Mais c'est aussi très dangereux pour les randonneurs qui peuvent se planter des clous dans les pieds ! Quand j'étais enfant, il se racontait qu'un curé, dans les années 1950, aurait eu la tête coupée par un câble tendu."

Il comprend, en revanche, que des fils soient parfois installés dans les chemins, pour des raisons valables. "Il est légal qu'un propriétaire marque son terrain. Ce que nous demandons, c'est qu'ils soient visibles, signalés par des pancartes et des bouts de tuyaux. Mais beaucoup ne le font pas". Car ce genre de câble au milieu de la voie fait parfois office de piège, contre ceux qui se baladent n'importe où. "Je comprends que les gens se plaignent de nuisances, mais on ne fait pas justice soi-même ! Normalement, il doit y avoir une signalétique. Pour prendre l'exemple de la montagne de Reims, 9 chemins sur 10 n'ont aucune signalétique."

Parmi les nuisances reprochées : la dégradation du terrain, les nuisances sonores au moment de la chasse. "Pour l'état du terrain, on essaie de faire ce qu'on peut. Après l'enduro d'Epernay, les terrains étaient très abîmés à cause de la météo qui avait été catastrophique. Nous avons refait tous les chemins abîmés, cela nous a semblé normal. Pour l'instant, cela reste un épiphénomène et j'espère que ça va le rester. On ne peut pas laisser faire de telles choses", termine cet amoureux de la nature et de deux-roues motorisés. La route se partage, faut-il encore le rappeler. 
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