Marne : Vitry-le-François compte sur l'Etat pour payer sa campagne de vaccination

Vitry-le-François, qui recense 12.000 habitants, ne pensait pas avoir à faire face aux frais de la vaccination de ses habitants . Le coût estimé s'élève à 243.743 euros, pour la période de janvier à septembre 2021. Le maire Jean-Pierre Bouquet compte sur l'Etat pour compenser financièrement.

A la mairie de Vitry-le-François, on a chiffré le coût de la vaccination pour la commune.
A la mairie de Vitry-le-François, on a chiffré le coût de la vaccination pour la commune. © Service communication de la Ville de Vitry-le-François.

A Vitry-le-François (Marne), c'est la Salle du Manège, la plus grande salle du territoire, qui depuis le lancement de la campagne de vaccination, accueille les personnes venant se faire vacciner. Sur place, sont présents les professionnels de santé, bien sûr, mais aussi les agents de la commune mobilisés pour cette opération. La Ville a fait réaliser un audit, pour chiffrer le montant de ces dépenses.

Au 10 avril de cette année, plus de 50.000 euros avaient déjà été consacrés, à la mise en place de cette opération de vaccination. Mais le rythme s'accélère, et les projections amènent à des sommes bien plus importantes. A ce jour, l'estimation des dépenses représente 243.743 euros. Une facture incluant les frais de personnel, de local, d'équipement, et les charges. La demande de compensation va être envoyée, dans les tout prochains jours, nous assure-t-on, à la mairie.

Cette demande, sur le fond, est légitime, car la compétence santé, appartient à l'Etat. Les communes y sont en soutien.

Charles de Courson, député de la 5ème circonscription de la Marne.

Une grosse organisation

A Vitry-le-François, on vaccine pour tout le Pays Vitryat. "On considère que c'est une fonction de centralité, puisque nous sommes chef-lieu d'arrondissement", indique Jean-François Thomas, directeur de la communication de la ville. L'aide des autres communes du secteur ne sera pas demandée, "mais la question", poursuit-il, "c'est celle de l'engagement de l'Etat. Ces dépenses ne sont pas neutres. Nous souhaitons attirer l'attention de l'Etat, pour les prochaines lois de finances". Sur place, on espère, pourquoi pas,  une augmentation de la dotation de l'Etat accordée à la Ville.
 

Jean-Pierre Bouquet, maire de Vitry-le-François, compte sur une compensation de l'Etat.
Jean-Pierre Bouquet, maire de Vitry-le-François, compte sur une compensation de l'Etat. © Service communication de la Ville de Vitry-le-François.


Au 9 avril, dans la Salle du Manège, ce sont 2.855 personnes qui avaient reçu au moins une injection. Mais, la campagne de vaccination s'accélère. Pour cette semaine du 19 avril, plus de 1.000 vaccinations sont prévues, soit 220 injections par jour. Pour la Ville, ce sont 883 injections supplémentaires pour cette semaine.

Pour mener à bien cette opération, le personnel de la Ville a été mobilisé, à raison de 6 à 10 agents chaque jour. Au mois de mars, ces personnes ont réalisé 864 heures de travail pour le centre de vaccination. Il faut notamment assurer le suivi des réservations, la traçabilité des patients, procéder au remplacement des absents de dernière heure, afin qu'aucune dose ne soit perdue.

C'est de toute la France, que viennent les demandes. De La Grande-Motte, de Saint-Rémy-de-Provence, ou encore de Coulaines, près du Mans, les petites villes, ont saisi l'association, sur ce dossier.

André Robert, délégué général de l'Association des Petites Villes de France.

Il faut du personnel pour la ligne téléphonique de vaccination. Elle gère une liste d'attente et depuis le 12 avril dernier, ce sont 120 heures d'activité qui y sont comptabilisées. A cela s'ajoutent deux lignes téléphoniques, celle des inscriptions et celle des annulations. Par ailleurs, pendant le confinement, la mairie a mis en place du renfort de personnel. 

M. Pierre N'Gahane, préfet de la Marne, est venu visiter le centre de vaccination.
M. Pierre N'Gahane, préfet de la Marne, est venu visiter le centre de vaccination. © Service communication Ville de Vitry-le-François.


Une demande générale

Jean-Pierre Bouquet, maire (PS) de Vitry-le-François fait partie des instances de l'A.M.F., l'Association des maires de France, mais il est aussi membre du bureau de l'A.P.V.F., l'Association des Petites Villes de France, qui a initié cette demande de compensation. "Sur les masques", dit-il, "une demande avait été faite, il y a un an. Nous avons été accompagnés, et nous étions d'accord pour qu'une partie des frais relève de notre solidarité des territoires. Mais là, ça commence à faire des sommes."

"On va monter un dossier global et chaque commune constituera un dossier individuel documenté, qui sera, sans doute relayé par l'A.M.F. Notre dossier chiffré va partir pour André Robert, qui est le délégué général de l'A.P.V.F."

A l'A.P.V.F., André Robert le confirme, "c'est de toute la France que viennent les demandes. De La Grande- Motte, de Saint-Rémy-de-Provence, ou encore de Coulaines, près du Mans, les petites villes ont saisi l'association, sur ce dossier. L'Etat avait mis en place un fonds d'amorçage, réparti entre les A.R.S., pour assurer la mise en place des centres de vaccination, mais très vite, on s'est aperçu que ça ne suffisait pas." Le délégué général indique que les estimations manquaient de précisions, de prévisions. Avec la volonté de faire vacciner le plus grand nombre, il apparaissait que les chiffres allaient exploser. "Cela a provoqué une inquiétude. Il faut aussi prendre en compte le fait qu'il y a des inégalités entre les communes où l'on vaccine à l'hôpital, et celles où il a fallu tout installer. Il faut financer l'accueil, les frais, les heures supplémentaires… Heureusement, on a appris ce matin que le fonds serait abondé." Jean-Pierre Bouquet, lui a bon espoir. "C'est du bon sens".

La question qui se pose est aussi celle des doses.
La question qui se pose est aussi celle des doses. © Maxppp/Jean-François Frey


Une demande légitime

Pour le maire de Vitry-le-François, Jean-Pierre Bouquet, il est donc illogique que les municipalités ayant ouvert des centres de vaccination, en aient la charge exclusive. Le député de la cinquième circonscription de la Marne, dont fait partie Vitry-le-François, Charles de Courson (Les Centristes), considère pour sa part que "cette demande, sur le fond, est légitime, car la compétence santé, appartient à l'Etat. Les communes y sont en soutien. L'Association des Petites Villes de France, à l'origine de cette démarche, a raison. De là à savoir si l'A.P.V.F. aura satisfaction, c'est une autre histoire, car il n'y a pas que les petites villes qui sont confrontées à cette situation".

Le député de la Marne, indique que dans sa circonscription, dans deux communautés de communes, les maisons de santé ont dû mettre du personnel à disposition, pour les vaccinations. Il rappelle, par ailleurs, que, lors de la première vague, quand des masques avaient été distribués, une indemnisation avait été obtenue par les communes.

Actuellement à Vitry-le-François, dix-neuf médecins et seize infirmiers ou infirmières sont mobilisés pour assurer le bon déroulement de cette campagne de vaccination inhabituelle. Leur rémunération est prise en charge par l'Agence Régionale de Santé. Pour le reste, ce sont les villes où sont ouverts des centres de vaccination, qui les font fonctionner, sur leurs deniers. Et puis il y a l'épineuse question des doses de vaccins. A Vitry-le-François, comme dans de très nombreuses communes, on est prêt à vacciner, à condition que les doses arrivent.

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