Confinement : Comment ne pas "péter les plombs" et éviter la déprime ?

Après presque un mois de confinement, beaucoup d’entre nous commencent à perdre patience, voire à "péter les plombs ". Les infractions se multiplient, les dépressions aussi. Comment faire face et répondre à cette situation? Les conseils et les pistes de François Bourgognon, psychiatre à Nancy.
Le confinement commence à peser pour beaucoup. Le psychiatre nancéien, François Bourgognon nous explique comment y faire en changeant sa façon de fonctionner.
Le confinement commence à peser pour beaucoup. Le psychiatre nancéien, François Bourgognon nous explique comment y faire en changeant sa façon de fonctionner. © Jean-François Didier - FTV
François Bourgognon est psychiatre à l’Institut de cancérologie de Lorraine. Il est aussi spécialisé dans la méditation de pleine conscience. Il est Directeur de l'IFTBM Mindful-France, auteur du livre "Ne laissez pas votre vie se terminer avant même de l'avoir commencée" (FIRST Éditions), auteur du livre "Méditer avec Namatata" (FIRST Éditions).

Je prends souvent la métaphore du nageur emporté par un courant plus fort que lui.
- François Bourgognon, psychiatre

« Si j’ai un réflexe de lutte, je me bats contre le courant, je vais déployer une énergie folle, m’épuiser à faire du surplace, et me noyer. Si je ne me bats pas, en me disant que ça ne sert à rien, je me laisse emporter passivement et je risque aussi de me noyer. La seule stratégie pertinente pour ne pas sombrer est celle de l'acceptation active, c'est à dire de faire corps avec le courant, d’orienter mes efforts et mon énergie pour pouvoir courber ma trajectoire et arriver quelque part. C’est exactement ce que l’on est en train de vivre. »

La méthode des 5 R

La réalité nous impose de nous arrêter – ce que nous n’étions probablement pas capables de faire par nous-mêmes – alors profitons-en !

Cette méthode permet de trouver les valeurs qui nous habitent : pourquoi j'aime cette personne? Parce qu'elle est authentique ou pour ce qu'elle transmet? Chacun doit définir ses valeurs selon le psychiatre nancéien
Cette méthode permet de trouver les valeurs qui nous habitent : pourquoi j'aime cette personne? Parce qu'elle est authentique ou pour ce qu'elle transmet? Chacun doit définir ses valeurs selon le psychiatre nancéien © Document remis

Identifier ses valeurs pour trouver sa boussole de vie

"On peut par exemple passer en revue les grands domaines de sa vie."

"On en identifie une dizaine : la famille, le couple, le rôle des parents, les amis, la santé, le travail, les loisirs, la culture, la citoyenneté, la spiritualité. Les questions à se poser sont les suivantes : qui et quoi est important pour moi dans chacun de ces domaines et quelles sont les qualités que j’aimerais y incarner ? C’est un vrai travail d’introspection, ça ne fait pas d’un claquement de doigt."

"Pour trouver les valeurs qui nous habitent, on peut par exemple penser à quelqu’un que l’on admire et essayer d’identifier pourquoi on l’admire ? Est-ce pour son authenticité ou ce qu’il transmet par exemple ?"

"Attention, il n’y a pas de consensus dans ces valeurs, c’est à chacun de définir ce qui est important pour soi."

"Une autre façon de faire est de se reconnecter à un souvenir riche et heureux de notre vie où tout semblait à sa place, harmonieux, et de voir ce qui est significatif au sujet de ce souvenir. Qui était là et que se passait-il à ce moment-là ? Cela va nous aider à clarifier ce qui est important pour nous et ce qui donne du sens à notre vie. Nous pouvons ainsi identifier des valeurs telles que la gentillesse, la bienveillance, l’attention, la franchise, le partage. Tout cela va nous aide à retrouver nos orientations fondamentales."
« Vous prenez un papier, un stylo, et chaque jour, vous travaillez un temps sur cela. Moi, ça m’a pris une semaine. Cela a aboutit à un document qui correspond à ma boussole intérieure, recommande François Bourgognon, psychiatre à Nancy
« Vous prenez un papier, un stylo, et chaque jour, vous travaillez un temps sur cela. Moi, ça m’a pris une semaine. Cela a aboutit à un document qui correspond à ma boussole intérieure, recommande François Bourgognon, psychiatre à Nancy © Document remis

"Vous prenez un papier, et chaque jour, vous travaillez un temps sur cela. Posez-vous  ces questions : quelles sont les qualités que je veux incarner dans ces différents domaines ? Moi, ça m’a pris une semaine. Cela a aboutit à un document qui correspond à ma boussole intérieure, ce qui donne les grandes directions de vie."

Pourquoi c’est difficile ?

"On a grandi dans une société, ou depuis toujours, on nous dit, il n’y a pas de problème mais des solutions ou encore, quand on veut, on peut, que dans la vie, il faut se battre mais on ne nous a jamais expliqué que de tout vouloir contrôler, c’est juste se mettre en porte à faux avec la réalité. "

" On avait le sentiment dans notre société que tout était sous contrôle. Tout inconfort était vécu comme pathologique, anormal ; aujourd’hui la réalité s’impose à nous avec force."

" C’est d’autant plus dur que notre  société a tendance à valoriser les objectifs, on dit même que pour réussir sa vie, il faut des objectifs. Aujourd’hui, tout est à l’arrêt et  nous sommes soudain privés d’objectifs "

"Un objectif concerne toujours le futur, c’est une case qu’on coche, c’est binaire, on le réalise ou non. Une valeur, une direction, c’est beaucoup plus puissant car c’est toujours disponible. Il est toujours possible de réaliser ne serait-ce qu’un seul petit pas, dans le moment présent et dans la bonne direction."
"Faire des études, ouvrir une boutique, se marier, acheter une maison, faire deux enfants, avoir un chien. Ce sont des cases qu’on coche. Une fois qu’on a coché toutes ces cases, qu’est-ce qui peut nous rester si ce n’est ce sentiment de ne plus savoir dans quelle direction orienter notre vie ? C’est d’ailleurs ce qu’on appelle la crise de milieu de vie ou crise de la quarantaine"

"Quand on commence à raisonner en terme de valeur, on a une direction et cela change tout" poursuit le psychiatre.  

Ce confinement peut être salutaire pour chacun, à condition de ne plus penser en terme d'objectifs mais de direction. On retrouvera ainsi la liberté, selon le psychiatre nancéien.
Ce confinement peut être salutaire pour chacun, à condition de ne plus penser en terme d'objectifs mais de direction. On retrouvera ainsi la liberté, selon le psychiatre nancéien. © Jean-François Didier - FTV


Changer de logiciel

"Il faut changer de logiciel. Raisonner autrement en revenant à la notion de direction que l’on veut donner à notre vie. Et ça, on peut le faire maintenant. Mais si on ne change pas, on risque de couler (métaphore du courant). Il faut accepter qu’on peut être remué - triste, en colère, angoissé - par ce que l’on vit pour faire face et apprendre de cette situation. C’est une rotation mentale qui change tout."

"Au final, et quelle que soit notre situation, il n’existe pas de réponse plus puissante que de regarder la réalité bien en face, d’embrasser l'inconfort que cette réalité suscite en nous, de faire ce qu'il y a à faire (à commencer par respecter les règles d'hygiène et les mesures de confinement) et de continuer d'avancer – du mieux possible, dans cette réalité-là – en direction de ce qui est important pour nous."

"En trois mots : présence, acceptation et engagement- des notions plus que jamais indispensables pour affronter la réalité du moment."


François Bourgognon conclut notre entretien par une citation de Yung : 

"Ceux qui n'apprennent rien des faits désagréables de leurs vies, forcent la conscience cosmique à les reproduire autant de fois que nécessaire, pour apprendre ce qu'enseigne le drame de ce qui est arrivé. Ce que tu nies te soumet. Ce que tu acceptes te transforme."
 

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