DOCUMENTAIRE. Reconnecter son corps et son cerveau à la nature

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C'est assez intuitif : biner, planter, récolter des légumes dans son potager ou sentir ses fleurs dans son jardin procure de la satisfaction ; se balader en forêt calme et contempler un beau paysage apaise. En clair, la nature nous fait du bien. De l'enfance au quatrième âge, à travers trois expériences (en école, en entreprise et en hôpital) découvrez comment la nature s'y prend pour nous soulager.

Chacun le sait de manière empirique : une promenade en forêt vaut bien quelques séances de psychothérapie. Arracher les fameuses adventices (mauvaises herbes), empêche l'esprit de faire tourner en rond les idées noires. Ou tout simplement contempler un beau paysage, aide à respirer et à ralentir le stress. 

Et quand en plus la science, plus précisément les neurosciences, la psychologue et la sociologie, viennent prouver ces effets et les décortiquer, le doute n'est plus permis. La nature nous veut du bien. Le documentaire "Binettes contre anxiolytiques" recense les bienfaits que la nature offre aux êtres humains à travers les mécanismes physiologiques. Lors de trois expériences à des moments majeurs de la vie d'un homme : l'enfance, l'âge adulte et la vieillesse, la réalisatrice Cécile Favier fait parler des scientifiques qui mettent à notre portée les études réalisées et leurs conclusions. 

Voici trois bonnes raisons de regarder ce documentaire en replay ci-dessus. 

1. Pour se rappeler pourquoi nous aimons la nature

Où il est question de mémoire et d'héritage. Un chercheur américain de l'université de Harvard, Edward O. Wilson a suggéré dans un de ses travaux que le cerveau humain s'est développé en synchronie, voire en symbiose avec le monde naturel pendant des millions d'années (ndlr : environ 2,5 millions d'années). Et comme l'explique Michel le Van Quyen, neuroscientifique à l'INSERM, "nous aimons la nature parce que nous avons appris à en apprécier les éléments qui ont longtemps servi à notre survie".

Or, depuis la révolution industrielle, l'homme s'est coupé de son environnement naturel. Cependant, même si l'habitat de l'homme s'est concentré dans les zones urbaines, en le coupant de son espace naturel premier, son cerveau conserve la mémoire de tous les bienfaits fournis par la nature : le gîte et le couvert.

D'autre part, le mode de vie moderne nous amène à ressasser les actions passées ou à nous projeter dans un futur stressant. Et la nature s'offre comme une échappatoire à ce tourbillon de pensées incessantes. Le spectacle d'un magnifique ou d'un surprenant paysage offre des parenthèses de répit.  Ce que Michel le Van Quyen traduit ainsi : "c'est une attraction spontanée vers l'environnement qui fait que le cerveau peut faire des pauses et se régénérer." En plus du gîte et du couvert, le repos. Une véritable manne.

C'est ainsi qu'est venue l'idée à la professeure Thérèse Rivasseau-Jonveaux, neurologue au CHU Saint-Julien de Nancy, de créer un jardin au cœur même de l'hôpital, le jardin de mémoire. Une sorte de pont pour les patients atteints de maladies dégénératives du cerveau pour se reconnecter à leur environnement. La grande richesse sensorielle du lieu est d'abord bénéfique pour les patients âgés. Mais elle l'est tout autant pour les personnels soignants. "L'objectif de ce jardin, c'est qu'on ne se sente plus dans l'hôpital et qu'on retrouve le contact avec la nature. On quitte le milieu artificiel du monde de l'hôpital, pauvre sensoriellement, et on propose quelque chose d'une grande richesse sensorielle". explique-t-elle. 

Des pauses bénéfiques pour les uns, des stimuli dynamisants pour les autres. Pour preuve, la neurologue évoque une anecdote avec un de ses patients : "la découverte d'une rose dans le jardin va permettre la belle surprise d'entendre : "Oh une rose", alors que le travail d'un orthophoniste sur une image ne va pas permettre de sortir la rose". La mémoire de la nature à travers les sens : la vue, l'odorat, le toucher et l'ouïe et le goût. 

2. Pour comprendre quels sont les mécanismes en œuvre

Sans rentrer trop dans les détails scientifiques, Michel le Van Quyen décrit le fonctionnement du système nerveux et du cerveau. "Vous avez d'un côté le système sympathique qui est un accélérateur physiologique. Ça régit le stress, ça prépare le corps à l'action et ça sécrète un certain nombre d'hormones et de neurotransmetteurs, associés au stress. À l'inverse, lorsque vous vous reposez, c'est l'autre système qui se met en place, qu'on appelle le système parasympathique. C'est lui qui permet à l'ensemble de l'organisme de se régénérer -le cœur, la respiration, la digestion- et de retrouver un niveau de base." Il poursuit son explication par une image : "ces deux systèmes fonctionnent en alternance, comme un accélérateur et un frein d'une voiture ; c'est un équilibre très important à trouver entre les deux systèmes".

La nature se présente comme un antidote au stress de la vie de tous les jours. Et c'est justement ce qu'a constaté Jean-Guy Henckel, fondateur des Jardins de Cocagne. Ancien éducateur à Besançon, il a créé une première exploitation maraîchère associative bio, d'insertion par le travail. Aujourd'hui, son réseau de jardins compte une centaine d'exploitations.

À Thaon-lès-Vosges par exemple, les jardins de Cocagne comptent 60 salariés dont une quarantaine en contrats d'insertion. Au-delà du travail physique du maraîchage et de la bonne fatigue qu'il engendre, les bienfaits du travail de la terre sont multiples : "on n'est pas enfermés, on a le paysage, on sent le vent, le bruit des arbres et des oiseaux", dit Élodie, une encadrante culturelle. "Désherber ! Si vous êtes énervée, vous faites toute la ligne ; vous videz votre énervement sur un truc, sans vous énerver sur les gens" s'exclame une salariée en contrat d'insertion. La nature comme appel au calme et gardienne de la paix, il fallait y penser.

Côté sciences, il s'agit d'une sorte de remise en phase avec l'horloge circadienne, calée sur le cycle du soleil. Une reconnexion aux éléments, à la lumière puis aux saisons. La lumière qui transite par la rétine jusqu'au cerveau pour l'aider à se resynchroniser avec le soleil.  Enfin toujours ce soleil, qui à travers la peau, distille de la vitamine D. Un super booster d'énergie.

Thérèse Toussaint, qui a quitté son ancien métier auquel elle ne trouvait plus de sens, est heureuse de faire partager son nouveau rythme : "mon travail d'avant, je n'y trouvais plus de sens ; là, c'est juste normal de planter, c'est la vie. Respecter le temps de croissance de la plante, suivre la météo. Ça fait du bien de suivre la nature et de se dire "ce n'est pas moi qui commande" Je me sens plus douce avec moi-même du coup."

Et enfin la terre elle-même, qui contient des micro bactéries qui viennent renforcer notre microbiote, et secrètent de la sérotonine, qui a un effet anti-dépresseur. La nature gagne par KO sur le stress.

3. Parce que la vie, c'est la vie !

Les preuves des bénéfices de la nature sur le corps humain sont apportées. Il ne reste plus qu'à plonger les tout-petits dès leur plus jeune âge dans un bain de nature permanent. Richard Louv, spécialiste de l'enfance, qui a défini le syndrome du manque de nature , explique que le risque de développer une maladie mentale à l'adolescence ou l'âge adulte décroit en proportion du temps passé dans un cadre de verdure dans l'enfance. 

Forte de cette théorie, Marie-Estelle Rouby, professeure des écoles à l'école Jean Mermoz, a développé un projet avec les élèves de sa classe. "J'avais envie de faire découvrir aux enfants le côté merveilleux de la nature pour pouvoir mieux en parler", déclare-t-elle.  Il y a d'abord le jardin, comme support d'expériences transversales : de l'observation, de l'expérience ; des maths, de la déduction… Puis dans un second temps, la forêt comme lieu d'expérimentation, de découverte et de prise de risques-limités-, dans le cadre du jeu libre. Avec à la clé, un gain de confiance en soi avec la découverte de ses limites et aussi de ses capacités, et le sens de l'autre.

Le neuroscientifique fournit une fois encore les explications en racontant une expérience menée avec deux groupes d'enfants. Le premier groupe exposé à la nature, l'autre pas. "Les enfants les plus exposés à la nature avaient la plus grosse mémoire de travail, très importantes pour les apprentissages", constate-t-il. 

La nature ancrée dans notre mémoire permet à notre mémoire de s'activer. Le cycle de la vie peut continuer. La boucle est bouclée,

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