Hôpital : moins de passages aux urgences de ce CHRU, une expérimentation nommée DAUM

Les urgences du CHRU de Nancy en Meurthe-et Moselle expérimentent, depuis un an le dispositif d'accompagnement pour les utilisateurs multiples des urgences (DAUM). Objectif : trouver des solutions personnalisées à ces patients pour réduire le nombre de leurs passages.

En France, 17,5% des patients des urgences sont des "usagers fréquents des urgences (UFU).  Ils se présentent plus de trois fois par an. Le Projet DAUM, pour "Dispositif d'Accompagnement pour les Utilisateurs Multiples des urgences", est expérimenté au CHRU de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, depuis novembre 2022. En clair, l’idée est d’identifier les patients qui se présentent trop souvent aux urgences et de leur proposer une prise en charge sur mesure hors urgences.

"Il y a quatre profils", nous explique le professeur Tahar Chouihed, chef du service d'urgence et du Samu du CHRU de Nancy. "Des personnes avec des problèmes sociaux en précarité dans l'accès aux soins" et d'autres relevant du "maintien à domicile, malade chronique, le handicap, personne âgée, des personnes souffrant de diverses dépendances, et des patients relevant de problématiques de santé mentale."

L’exemple de ce patient passé 157 fois par les urgences de Nancy est raconté par Romain Hellmann, Conseiller médical à l’ARS Grand Est : "l’homme arrive chaque fois en état d’ébriété. Il est pris en charge. Mais la question du pourquoi n’est pas traitée".

Grâce au dispositif, l’équipe identifie une problématique de dépression, liée à des décès dans son entourage. Une solution adaptée lui a été proposée, ainsi qu’un accompagnement. Elle semble payante puisque sa vie semble s’être améliorée. "Il ne vient plus aux urgences de façon non pertinente."

Une prise en charge adaptée

À Nancy, 500 personnes ont été identifiées. Parmi elles, celles qui ont accepté bénéficient d’une prise en charge adaptée. Elle commence par un rendez-vous à domicile avec une équipe pluridisciplinaire : médecin, psychologue, assistante sociale, association. Cette prise en charge est proposée par le Dispositif d'Appui à la Coordination de Meurthe-et-Moselle (DAC 54).

"Ce sont autant d’histoires de vies qu’on essaie de remettre sur le bon parcours", a indiqué Romain Hellmann, Conseiller médical à l’agence régionale de santé (ARS) Grand Est, qui est partie prenante dans ce dispositif. "C’est un service qu’on leur propose pour traiter le problème de fond qui va au-delà du soin. On leur apporte un dispositif complet en espérant que cela permettra un meilleur usage des urgences. Il n’y a ni sanction, ni stigmatisation, ni culpabilisation. S’ils reviennent aux urgences, ils seront pris en charge de la même façon."

Dispositif dénoncé par Lutte ouvrière

Dans un communiqué de novembre 2022, le syndicat Lutte ouvrière dénonçait "un tri des patients". Et d'expliquer : "Sont explicitement ciblés par ce dispositif ceux qui souffrent d’addictions ou de douleurs chroniques, ou encore les personnes âgées qui font régulièrement des chutes chez elles".

Automatisation du dispositif

Pour être amélioré, le dispositif est en train de se doter d’un outil numérique. Jusque-là, nous explique Tahar Chouihed, nos agents devaient signaler sur nos ordinateurs ces patients. Mais avec le flux des patients, il y a eu des "loupés". L'idée est en effet de travailler sur un outil d'automatisation.

Quand un patient arrive et qu’il est enregistré, s’il est à quatre passages ou plus aux urgences dans l’année, son dossier sera transmis au DAC automatiquement.

DAC, un dispositif à l’échelle du territoire

Le Dispositif d'Appui à la Coordination (DAC 54) est un dispositif unique qui vise à améliorer la coordination de l'action et des pratiques de l'ensemble des professionnels dans le domaine de la santé. Il est financé par l'Agence régionale de santé et porté par une association dédiée.

En pratique, le DAC 54 vise à être en appui des professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social, afin de leur permettre de faciliter le parcours de santé des personnes dans des situations complexes et leur entourage. Il contribue également à l'amélioration de l'organisation du système de santé à l'échelon du territoire. Le DAC 54 propose un appui sur mesure pour soutenir la prise en charge complexe de toute personne, en lien tout particulier avec son médecin traitant¹. Il vise à apporter une réponse globale et coordonnée quels que soient l'âge, la pathologie, le handicap ou la situation sociale de la personne.

Moins 20% d'usagers fréquents

L’objectif de cette expérimentation est d’abord de trouver une solution pour ces patients et ainsi réduire leur passage de 20% aux urgences. En France, les passages aux urgences ont augmenté de 7,3% entre 2021 et 2022. Le Grand Est se trouve au-dessus de la moyenne avec 8,3%.

Si l’expérimentation menée au CHRU de Nancy jusqu’en novembre 2024 est concluante, le dispositif DAUM pourrait être diffusé auprès d’autres services d’urgence en France.