Meurthe-et-Moselle: une édition 100% virtuelle pour Caméras des champs, le festival du film documentaire sur la ruralité

En 2020, le Festival international du film documentaire sur la ruralité de Ville-sur-Yron, petit village de Meurthe-et-Moselle, a été annulé. En 2021, les organisateurs ont décidé de maintenir la 22e édition, coûte que coûte, en basculant la diffusion des films sur une plateforme virtuelle.

L'édition 2021 sera virtuelle.
L'édition 2021 sera virtuelle. © Caméras des champs

Si vous n’avez jamais mis les pieds à Ville-sur-Yron, petit village de 300 habitants du nord de la Meurthe-et-Moselle, le Festival international du film documentaire sur la ruralité, c’était ça : le jury et les réalisateurs qui logent chez les habitants-bénévoles, des soirées-débats sur des sujets de société qui touchent au monde rural, des séances pour les scolaires alentours en journée, des repas servis sous chapiteau par les agriculteurs du coin. Bref, la convivialité.

Alors organiser une 22ème édition de Caméras des champs en version totalement virtuelle, après une édition 2020 annulée à la dernière minute, ça a été un crève-cœur. Le directeur du festival Luc Delmas explique : "c’est contre notre volonté que la nécessité s’est imposée. On s’est dit qu’il fallait continuer à exister et surtout maintenir quelque chose pour que les films des réalisateurs soient vus."

Les 17 films documentaires en compétition seront donc accessibles gratuitement à tous en ligne du 16 au 23 mai 2021. Ce sont ceux qui avaient déjà été sélectionnés l’an dernier.

Anthony Humbertclaude, le responsable presse et médias du festival, qui coordonne la mise en place de cette édition innovante, raconte : "c’est un acte citoyen. Annuler deux ans de suite, ça aurait fait trop mal. L’an dernier, nous avons été pris de court mais depuis un an, on se rend compte que beaucoup de festivals de cinéma essaient de se réinventer à travers le numérique."

Remobiliser les bénévoles

Numérique oblige, les bénévoles qui décoraient le village, ouvraient les portes de leurs maisons aux réalisateurs, servaient les repas, se trouvent désœuvrés. Le festival espère qu’ils ne se sont pas démobilisés et reviendront l’an prochain.

Alain Poirot, habitant de Ville-sur-Yron et membre du comité de sélection des films, explique : "On a trouvé la moins mauvaise solution. Nos sentiments sont mitigés. On va regretter la convivialité, cette communion de tous les bénévoles venus pour donner un coup de main, les rencontres mais il ne fallait surtout pas faire deux années blanches de suite. C’est aussi important de garder le lien avec les maisons de production qui nous envoient des films".

Les soirées-débat au cœur des éditions précédentes.
Les soirées-débat au cœur des éditions précédentes. © Francetv/mai 2019

La ruralité au cœur de la cité

Les campagnes, territoires de gaulois coupés du monde ? Pas du tout. Les sujets abordés dans le festival sont au cœur de l’actualité et sont même très politiques. Consommation de viande, place du loup, ou disparition des services publics, ils ont été regroupés cette année sous le fil conducteur "la République au village".

"Ce qu’on se dit depuis 20 ans en ayant choisi le rural c’est que tous les sujets que l’on a abordés sont politiques et dépassent largement les problématiques de la ruralité. Dans mon tout premier édito, j’avais écrit que la coupure villes/campagnes était un faux débat. Les campagnes ont toujours eu une influence sur les villes ne serait-ce que parce qu’elles les nourrissent. Elles sont interdépendantes", explique Luc Delmas.

Sélectionné bien avant la crise sanitaire, le film "santé connectée" fait un état des lieux des expérimentations de télémédecine en Finlande, Espagne et Ariège. Le documentaire belge "un héritage empoisonné" dresse un parallèle entre les déchets chimiques laissés par les deux guerres mondiales en Meuse et le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure.

Si aujourd’hui Ville-sur-Yron continue à vivre et avance sur son projet de centrale photovoltaïque villageoise, Luc Delmas reconnaît que confinement et ruralité ont été des doubles peines pour les jeunes, surtout en mars 2020. "Ils vivent dans les campagnes que leurs parents, néo-ruraux, ont choisi pour retrouver la verdure et l’oxygène mais ne peuvent même plus prendre leur scooter et aller en ville en discothèque. Ils ont été coupés du monde."

Nouvelle plateforme régionale

Caméras des champs sera le premier festival à être diffusé sur Noozy, une toute nouvelle plateforme de vidéos en ligne soutenue par la Région Grand Est (portée par les chercheurs en intelligence artificielle du LORIA à Nancy, Vosges télévision et une entreprise digitale).


Vous y aurez accès gratuitement pendant 7 jours à partir du dimanche 16 mai 2021, à neuf heures du matin. Il suffit de s’inscrire. Vous avez 24 heures pour terminer le visionnage d’un film, une fois celui-ci entamé.
Les films pourront même être vus depuis l’ensemble des pays francophones.
 

Les films en compétition

Un jury (composé d'un agriculteur, un journaliste, une géographe, un historien du monde rural, un cinéaste, deux étudiants en cinéma et un représentant de festival ami) ainsi qu'un jury lycéen visionneront 17 films en compétition. Le public décernera également un prix.

  • Les Pitchouns en campagne. Réalisé par Jean Dulon - 54 minutes (France, 2019)
  • Santé connectée. Réalisé par Maryse Bergonzat - 52 minutes (France, 2017)
  • Les promesses du chanvre. Réalisé par Suzanne Chupin - 52 minutes (France, 2019)
  • En quête des nouveaux herboristes. Réalisé par Daniel Schlosser - 52 minutes (France, 2017)
  • Transition d’énergies. Réalisé par Jean-Philippe Delobel - 51 minutes (Belgique, 2019)
  • Et l’humanité dans tout ça ?. Réalisé par Marie-Élise Beyne - 45 minutes (France, 2019)
  • Envers et contre tout, éleveuses ! Réalisé par Jean-Pierre Valentin - 52 minutes (France, 2019)
  • Elles vivent ici. Réalisé par Josette Hart et Jean Milleville - 52 minutes (France, 2017)
  • Champ de luttes, semeurs d’utopie. Réalisé par Mathilde Syre - 73 minutes (France, 2020)
  • Jours d’après. Réalisé par Jérémie Grojnowski - 72 minutes (France, 2020)
  • De l’art du collectif en milieu agricole. Réalisé par Gwladys Déprez - 26 minutes (France, 2019)
  • Un héritage empoisonné. Réalisé par Isabelle Masson-Loodts - 57 minutes (Belgique, 2018)
  • Plogoff, mon amour. Mémoire d’une lutte. Réalisé par Laure Dominique Agniel - 60 minutes (France, 2018)
  • Autonomies. Réalisé par Nazzaréna Matera & Christophe-Emmanuel Del Debbio - 66 minutes (France, 2019)
  • Faut-il arrêter de manger les animaux ? Réalisé par Benoît Bringer - 70 minutes (France, 2018)
  • Loups et moutons : des solutions ? Réalisé par Axel Falguier - 54 minutes (France, 2019)
  • Bienvenue les vers de terre. Réalisé par François Stuck - 71 minutes (France, 2019)
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