Nancy : après plusieurs mois en visio, les clowns du Rire médecin reviennent lentement à l’hôpital

Ils illuminent le quotidien des petits malades. Et pourtant, depuis un an, les clowns de l’association Le Rire médecin n’avaient presque plus droit de cité dans les couloirs de l’hôpital pour enfants de Nancy. Ils devaient travailler en visio sur des tablettes ou via la télé de l’hôpital.

Anatole, Félix, Globule et Airbag de retour à l'hôpital.
Anatole, Félix, Globule et Airbag de retour à l'hôpital. © Le rire médecin Nancy

“On gagne du terrain”, explique Isabelle Bellaire, alias Airbag, une des neuf clowns de l’association Le rire médecin à Nancy. Depuis le 15 avril 2021, ils peuvent revenir exercer leur métier dans les chambres de l’hôpital pour enfants. Mais de façon encore frileuse. Ils sont seulement tolérés une journée par semaine et en tenue médicale, sans leurs costumes et sans instruments de musique. Seule exception, le nez rouge qu’ils sont autorisés à mettre sur le masque.

Leurs trois autres jours de travail par semaine, ils sont enfermés dans leur loge et se connectent avec les enfants via des tablettes que les éducatrices apportent dans les chambres ou interviennent dans les studios de TV8, la chaîne de télé interne de l’hôpital.

Des restrictions qui dépendent de chaque centre hospitalier régional. A Paris par exemple, les clowns n’ont été bloqués que pendant le premier confinement. A Nancy, ils avaient pu revenir dans les chambres de juillet à octobre 2020. Ils sont les derniers de France avec Marseille à encore devoir faire des séances en visio. "On a l’impression que notre métier n’est pas reconnu à sa juste valeur mais on est tellement contents de revenir qu'on ne veut surtout pas polémiquer", conclut Airbag.

Les séances en visio, aidés par les éducatrices.
Les séances en visio, aidés par les éducatrices. © Le rire médecin

Retrouvailles

Valérie Gaüzès, infirmière en oncologie pédiatrique, a d’abord entendu les rires dans les couloirs avant de les voir. "C’était le bonheur. Les infirmiers criaient de joie. Ça manquait aux enfants mais aussi énormément au personnel soignant." Thierry Victor, alias Topaze, raconte : "notre métier ce n'est pas derrière une caméra alors c'était magique. Dès que j'ai remis le nez, c'était reparti, malgré la tenue médicale. L'énergie du clown nous transforme."

Le masque chirurgical, qu’ils portaient de toute façon dans les zones sensibles, n’est pas un problème. "C’est un peu comme avec les masques de la Commedia dell’arte", raconte Isabelle Bellaire. "Il y a plus d’engagement du corps."

Bouffée d'oxygène

Car, si les clowns ne guérissent pas, ils soignent un peu. Et pas que les enfants. Les parents et les soignants aussi. Valérie Gaüzès, infirmière en oncologie pédiatrique et coordinatrice du Rire médecin Nancy nous confiait il y a quelques semaines : "On a besoin d’avoir cette bouffée d’oxygène, ce moment de dérision pour mettre la douleur à distance. Le fait d’être à l’hôpital, de ne plus être avec leurs copains à l’école, ils n’ont plus vraiment le droit d’être des enfants. Le clown vient et il s’adresse à l’enfant. Il est toujours là mais étouffé sous les traitements et les fils. Et puis, c'est le seul moment à l’hôpital où l’enfant redevient le chef d’orchestre. Les clowns lui redonnent même le pouvoir de les envoyer paître, ce qu’ils ne peuvent pas faire avec les traitements."

La vie d'avant pour les clowns de Nancy.
La vie d'avant pour les clowns de Nancy. © Stéphane Noll pour Le rire médecin

On ouvre des fenêtres pour que l’enfant s’évade et retrouve son âme d’enfant

La clown Airbag

Isabelle Bellaire, qui a été infirmière avant de devenir clown, explique : "On soigne mais autrement. On soigne l’innocence. On ouvre des fenêtres pour que l’enfant s’évade et retrouve son âme d’enfant. Ce qui est magique, c’est qu’un clown, c’est un adulte qui est encore un enfant". Thierry ajoute : "on soigne l’âme et le cœur".

Faire rire en visio

Le clown Topaze explique qu’en franchissant la porte d’une chambre, il sait tout de suite l’ambiance qui y règne. "On travaille sur le présent. On improvise constamment. On est hyper attentif avec des antennes développées à 360 degrés. C’est pour cela que, le soir, on rentre épuisé."

Dans ces conditions, difficile de recréer la magie de la rencontre avec les petits malades pendant ces mois à leur parler à travers des écrans. Il a fallu s’adapter, trouver des nouvelles méthodes pour communiquer comme avec des marionnettes par exemple. "Ce qui a été super compliqué, c’est qu’on a perdu une partie de notre sensibilité", explique Isabelle.

Découvrez la vie privée des clowns de toute la France pendant le confinement :

 

Qu’est-ce que le Rire médecin ?

Le Rire médecin est une association fondée en 1991 par Caroline Simonds, alias Dr Girafe. Cette comédienne américaine importe à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif un système qui existe déjà à New York.
Près de 30 ans plus tard, 103 clowns professionnels interviennent dans 47 services de pédiatrie en France. Ce sont des comédiens intermittents du spectacle recrutés sur auditions. Ils sont formés par l'association plusieurs fois par an aux maladies et à la psychologie et ont même un code de déontologie. 
A Nancy, ils sont 9 clowns à tourner 4 jours par semaine dans les services de réanimation, onco-hématologie, chirurgie orthopédique et ORL de l’hôpital pour enfants. Ils aimeraient par exemple y ajouter les dialyses. Le rire médecin est toujours à la recherche de dons et surtout de mécènes pour pouvoir investir de nouveaux services de façon pérenne.

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