Biodiversité : déboiser pour aider la nature à reprendre sa place, on vous explique comment

Publié le Mis à jour le
Écrit par Malika Boudiba .

Ce mercredi 16 novembre avait lieu le 1er grand chantier de déboisement du projet "LIFE Connexions" dans le secteur de Saint-Léger en Belgique. Objectif : permettre à certaines espèces de se réinstaller dans leur milieu naturel. Une opération menée par l’association Natogora. Le projet européen, "LIFE connexions" est également présent en région Grand Est.

Des engins lourds sont entrés en action en pleine nature ce mercredi 16 novembre 2022 dans le secteur de la maison communale de Saint-Léger en Belgique, plus précisément en Wallonie. C’est assez surprenant, mais il s’agissait d’une opération de déboisement menée par Natagora, une association qui œuvre pour l’environnement en Belgique.

Cette association existe depuis 20 ans et gère 5 500 hectares de réserve naturelle. Elle est porteuse de missions d’études, d’éducation et de sensibilisation. Il s'agit d'une opération dans le cadre d'un projet européen "LIFE Connexions" (Actions prioritaires pour la connexion de prairies, pelouses, forêts humides et espèces associées en régions wallonne et Grand Est).

Alors, pourquoi déboiser quand il ne se passe pas une journée sans qu’on ne nous parle de replanter des arbres pour lutter contre le changement climatique ? Nous avons posé quelques questions à Sarah Wautelet, coordinatrice du "LIFE Connexions" pour Natagora.

Pourquoi déboiser, alors qu'on nous parle à longueur de journée de "planter des arbres" ?

"On ne déboise pas n'importe quoi. Les forêts anciennes qui sont déjà en place, les forêts de feuillus, qui ont vraiment une biodiversité associée, on n’y touche pas. Si l'habitat naturel ouvert est déjà en place, mais qu'il est en mauvais état de conservation, on le restaure en faisant quelques chantiers. Si on part d'un peuplement d'épicéas, qui existe peut-être depuis 50 ans ou 60 ans, on va le déboiser. On va restaurer un habitat qui était présent avant le peuplement d'épicéas. On regarde toujours d’abord l'historique du paysage.

Un habitat, c'est un biotope avec des particularités physiques et chimiques : la nature du sol, sa profondeur, son exposition. Ces particularités vont influer sur la présence de toute une diversité de végétaux et d'animaux. Parfois, certaines de ces espèces ont besoin de conditions bien spécifiques pour s'installer. Cela s'appelle un "habitat naturel". Notre objectif est de restaurer 500 hectares d'habitat naturel. Huit types d’habitat ont été retenus pour ce projet, car ils sont reconnus d'intérêt communautaire à l'échelle européenne.

Par exemple : une "prairie maigre de fauche", un lieu propice pour de nombreuses espèces de fleurs ; une "pelouse sur sable", c'est ce que l'on a fait ce matin. C’est une végétation très rase avec des espèces très rares qu'on ne trouve que dans ce genre de milieu. Les milieux naturels ouverts de ce type ont beaucoup régressé à cause du changement de nos pratiques agricoles.

Avant, on avait des pratiques agropastorales avec un troupeau de moutons, qui faisait du pâturage itinérant. On a une intensification des pratiques agricoles et ce genre de surface s'est réduit à peau de chagrin. Les espèces qui y vivent n’ont plus énormément de surface. Ce qui les menace directement. On a une perte de biodiversité assez importante.

Ces biotopes abritent notamment des espèces en voie de disparition, comme le lézard des souches (Larcerta agilis), dont les dernières populations belges survivent dans les pelouses sur sable de Lorraine. On peut évoquer aussi l'immortelle des sables. C'est une plante que l'on va trouver aussi sur ces pelouses sur sable. Elle a besoin de conditions particulières pour pouvoir se développer. Ces habitats-là sont extrêmement restreints en Région wallonne."

Qui sont les experts de l'association pour ces chantiers ?

"Nous sommes toute une équipe de bio-ingénieurs et de biologistes au sein du "LIFE connexions". Nous discutons beaucoup. On a l'expérience de projets de restauration similaires au sein de l'association. On échange avec d'autres partenaires, notamment avec les conservatoires d'Espaces Naturels en France, qui sont partenaires du projet.

Quand on va sur un terrain, on analyse toutes les conditions. Il y a vraiment tout un travail de réflexion qui se fait en équipe parce que gérer la nature, ce n'est pas simple. Il n'y a pas une seule solution. Il existe une importante littérature scientifique sur laquelle on s’appuie. Des universités étudient l'impact de ce genre de travaux. Elles étudient l'état des habitats naturels.

On réalise des inventaires avant d'acquérir certaines surfaces pour voir un peu l'état de conservation des habitats. On fait un monitoring. Après les travaux, on va, à nouveau, faire un inventaire complet. On va constater la "plus-value" de ces interventions sur l'habitat."

N'avez-vous pas peur que l'on vous accuse d'intervenir sur la Nature ?

"C'est un choix. Parfois, il y a des interrogations. Mais encore une fois, on se base sur la littérature scientifique. On en discute beaucoup et puis au final si on ne donne pas un petit coup de pouce à la nature, on ne retrouvera plus jamais ces habitats. On va avoir une perte de biodiversité. Nous sommes vraiment à un stade où on n'a plus le choix que d'intervenir. En Région wallonne, on n'a plus assez de surface. On est dans un pays très urbanisé. On est obligé d’intervenir pour protéger si on veut conserver une certaine biodiversité. C’est un vrai débat."

Est-ce que ce type de projet existe en France et en particulier dans le Grand Est ?

"Le projet LIFE connexions est en Région wallonne, mais il est également en région Grand Est. Nous travaillons avec le Conservatoire d'espaces naturels de Champagne-Ardenne et celui de Lorraine (CEN). Eux ont un objectif 40 ou 45 hectares de restauration. Ils sont plus sur une thématique calcaire. Les projets "LIFE" sont des projets européens. C’est une enveloppe européenne mise à disposition de tous les États membres. Il y a d'autres projets "LIFE" en France sur d'autres thématiques."

Natagora coordonne ce projet débuté en 2021 pour sept ans, cofinancé à 75 % par la Commission européenne aux côtés du Service public de Wallonie (DNF et DEMNA), du Jardin botanique de Meise, et des Conservatoires des espaces naturels de Lorraine et de Champagne-Ardenne.

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