Moissons en Alsace : une courte semaine pour récolter

Les moissons de blé ont commencé en Alsace avec retard. Une semaine de beau temps propice à la récolte. Mais le cru 2021 ne sera pas fameux. Les fortes pluies de ces derniers jours ont détrempé les sols et endommagé les cultures.
Le beau temps permet de démarrer enfin les moissons
Le beau temps permet de démarrer enfin les moissons © Sylvie Malal / France Télévisions

Une belle fenêtre s’ouvre enfin. Plein soleil, pas de nuage. Les moissons de blé n’attendaient que ça. Tout reste à faire en cette mi-juillet bien sonnée. Entre 45.000 et 50.000 hectares de blé doivent être récoltés en Alsace. C’est la 2e céréale après le maïs.

D’habitude, la récolte commence début juillet. Tout est stocké dans les silos deux semaines plus tard. Cette année 2021 ne respecte pas le calendrier. Démarrage la 3e semaine, fin escomptée début août.

Il faut dire que la saison est tardive : le printemps a été plutôt froid et le début d’été copieusement arrosé.

Les moissonneuses-batteuses attaquent dans les secteurs où les sols sont plus légers, les plus séchants : la Hardt, le Ried, le long de la bande rhénane. Dans les terres plus profondes, les secteurs humides, ce sera plus tardif. Le beau temps qui s’installe enfin devrait permettre de moissonner la moitié des blés durant cette semaine du 19 au 23 juillet. Ensuite, la météo tournera à nouveau à l’orage. Encore de la pluie. La suite de la récolte sera plus incertaine. Car « le blé est mûr depuis un moment, mais la pluie ne permettait pas jusqu’à présent de rentrer dans les parcelles », remarque David  Kraemer, du service agronomie à la Chambre d’agriculture d’Alsace.

La moisson 2021, c'est du sport

Gilles Mertz, prestataire de travaux agricoles

Depuis 10h du matin, la moissonneuse de Gilles Mertz a repris du service. Elle pèse près de 20 tonnes. Avec un tel engin, mieux vaut s’engager sur un sol bien sec et éviter de s’embourber. « C’est sport », annonce le prestataire de travaux agricoles qui récolte dans le Ried. «On n’a pas beaucoup de jours pour récolter. On n’aura pas fini avant le retour de la pluie. Tout le monde veut être servi avant la fin de semaine. Je fais le maximum, mais les miracles, c’est à Lourdes ! » Gilles Mertz fauche dès que possible après la rosée. Ensuite, c’est en continu jusqu’à 22 ou 23h. Il regrette de ne pouvoir travailler plus tard dans la nuit. Pas de possibilité de stockage. Les coopératives ferment leurs silos à 20h.

C’est donc une course contre la montre. Car la pluie a de multiples inconvénients. Les fortes précipitations des dernières semaines ont couché le blé par endroit. Des paquets d’épis qui ne vont pas forcément se relever. Le blé versé est plus difficile à récolter. Il faut passer lentement avec la moissonneuse-batteuse et faucher bas. Travail délicat qui nécessite de la dextérité. Et puis quand le blé est couché, il sèche mal et risque plus facilement de germer.

Le blé couché par la pluie est plus sensible à l'humidité
Le blé couché par la pluie est plus sensible à l'humidité © Sylvie Malal

Pas de grande qualité

C’est alors la qualité qui est en jeu. Si le grain est sain, il permettra de faire du pain. Sinon, la céréale partira chez les industriels, les amidonniers. Si l’état du grain est vraiment dégradé, il sera réservé à l’alimentation animale.

Tout cela dépend de plusieurs facteurs. Notamment du taux d’humidité des grains. Quelques moissons ont été réalisées en guise de test dans le sud du Bas-Rhin durant la semaine du 14 juillet. 20% d’humidité, c’était beaucoup trop. Une semaine plus tard, le taux est descendu à 15%. C’est déjà mieux sachant que l’idéal serait un grain à 11,5% d’humidité.

Il faut regarder également le poids spécifique. C’est-à-dire la densité des grains. Un grain humide gonfle. Mais quand il sèche, il ne se rétracte pas de la même manière. Il garde de l’air et son poids est plus faible pour un même volume. La quantité de blé stockable dans les silos ou exportable sur les cargos est alors moindre, ce qui engendre des pénalités.

Les premières observations ne sont pas catastrophiques. Mais « on ne sera pas cette année sur de la grande qualité », prévient Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Tout dépend de la cadence. De la capacité à récolter le maximum et le plus vite possible. Car quand les orages feront leur apparition dans quelques jours, le travail sera plus difficile. Les moissonneuses devront parfois enfiler les chenilles pour passer dans les parcelles. Mais surtout, le risque de germination va s’étendre. Le blé pourrait ne même pas être classé en qualité fourragère. Et ne vaudrait alors rien du tout.

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