Luxembourg en 2040 : 877.000 habitants prévus, mais pas assez de logements pour les héberger

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Écrit par Emmanuel Bouard avec Aurélie Gay

La croissance du Luxembourg, basée sur l’économie de la finance et l’optimisation fiscale, attire chaque année de nouveaux résidents. Mais selon une étude lorraine de juin 2022, elle pourrait être freinée par le secteur du BTP qui ne serait pas capable de produire suffisamment de logements pour tout le monde.

Le paradoxe pourrait presque faire sourire. La croissance du Luxembourg est telle, qu’elle a besoin chaque année de nouveaux logements neufs pour loger ses nouveaux résidents qui viennent du monde entier afin de soutenir l’industrie des banques et de la finance. Mais le pays n'a pas les capacités de les loger tous, qui deviennent donc... De nouveaux frontaliers !

L’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi), citée par nos confrères de Paperjam, estime à 5.900 milliards le total des actifs nets des fonds d’investissement luxembourgeois au 31 décembre 2021. Or l’afflux de résidents provoque déjà depuis quinze ans des remous importants sur le marché de l'immobilier. Selon l'Agence d'Urbanisme et de Développement Durable Lorraine Nord (AGAPE) qui vient de publier une étude sur le sujet, il faut débourser 1.258.700 euros en moyenne pour une maison au Grand-Duché, et 9.970 euros du mètre carré pour un appartement, "trois à cinq fois plus que les niveaux de prix dans le nord-Lorrain".

Moins de logements = plus de frontaliers

Or cette étude montre que le secteur de la construction "n’a jamais été en capacité de produire plus de 4.500 logements par an au cours des 15 dernières années", soit un déficit de 30% de logements neufs. Et la croissance de la population, tirée par celle de la finance, risque d’augmenter encore ce déficit, jusqu’à la rendre intenable, y compris pour les résidents actuels !

Ainsi, l’AGAPE décrit le phénomène suivant: "15% des nouveaux frontaliers dans le Nord Lorrain sont en réalité (…) des résidents luxembourgeois qui deviennent frontaliers". C’est le serpent qui se mord la queue: le BTP a besoin de frontaliers pour construire de nouveaux logements, mais comme il n’en est pas capable, il en crée lui-même de nouveaux chaque année ! Moins de logements égal plus de frontaliers.

Ce sont donc les territoires voisins qui subissent ces tensions en retour: "la moitié de la main d’œuvre dont le Luxembourg a besoin pour ses entreprises dépend directement de la capacité des territoires voisins à accueillir voire fournir cette main d’œuvre". Selon l’AGAPE, si "une partie de l’avenir lorrain se joue au Luxembourg" avec 70.000 frontaliers de plus à l’horizon 2040, l’incapacité du Grand-Duché à loger sa population augmentera encore automatiquement ce chiffre. Qui n’est pas extensible à l’infini: "parce que ces territoires comptent malgré tout des emplois (…) Passé un certain seuil, certains ne pourront tout simplement plus fournir la main d’œuvre dont le Luxembourg aura besoin".

2040 l’apocalypse version grand-ducale ? L’état des réseaux routiers, leur congestion, la pénurie d’alternative et de fonciers disponibles rendent explosif l’avenir des territoires du nord de la Lorraine à cet horizon.