Municipales 2020 : en Lorraine, les Verts sont dans les choux

Laurent Watrin, hier soir (Dimanche 15 mars 2020) sur France 3 Lorraine. A Nancy, Les Verts arrivent troisième avec 10% des suffrages / © F3 Lorraine
Laurent Watrin, hier soir (Dimanche 15 mars 2020) sur France 3 Lorraine. A Nancy, Les Verts arrivent troisième avec 10% des suffrages / © F3 Lorraine

Les candidats d’EELV cartonnent à Grenoble, Lyon, Besançon, Strasbourg et pourraient même créer la surprise à Bordeaux. Mais en Lorraine, ça coince... Surtout à Nancy. Y aurait-il un problème ?

Par Jean-Christophe Panek

Il n'y a pas de déception quand on a réussi à porter des thèmes forts”. C'est par ces mots que Laurent Watrin, tête de liste des Verts, a commenté sur France 3 Lorraine le score obtenu par sa liste à Nancy : 10%. Seulement 10%... Loin, très loin des performances enregistrées par les Verts aux Européennes à Nancy (18%) et très loin des espérances de début de campagne. A l'époque, les Verts se sentent pousser des ailes dans cette galaxie “lointaine, très lointaine...” où ils comptent jouer les premiers rôles. Ils se contenteront finalement d'un remake de La Fontaine, celui de “La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf”...

Pour se consoler, Laurent Watrin martelle aujourd'hui que “dans cette campagne, nous avons porté des thèmes très haut”. Un peu léger pour sauver ce qu'il convient d'appeler un naufrage local. L'excuse “des familles qui ne se sont pas déplacées par crainte du coronavirus...”, voilà qui ressemble là aussi à de la vieille politique. De polémiques en fausses excuses : la belle école. Pendant ce temps là, à Strasbourg, Lyon, Besançon ou Grenoble, les Verts jouent les premiers rôles... Mais pas à Nancy.

Pour expliquer ce score, il faut sans doute remonter au lancement de la campagne des Verts à Nancy. Au départ, une tête de liste évidente : Frédéric Maguin. Militant historique mais “trop Klein-compatible” pour certains miltants... Frédéric Maguin siège au Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle et milite pour une grande alliance des gauches, du centre et des écologistes. Frédéric Maguin et son collectif “Nancy Ecolo” rejoint le socialiste Mathieu Klein “dans l'objectif de faire avancer l'écologie dans notre ville et dans l'intérêt supérieur des citoyennes et citoyens”. Il est exclu de EELV...

Les verts se dispersent. Et un binôme constitué par le journaliste Laurent Watrin et Isabelle Lucas émerge pour le remplacer. Il reçoit la bénédiction de Julien Bayou, secrétaire national d’Europe écologie les verts. Le mouvement souhaite des listes et non des ralliements... Voilà pour la stratégie emmenée par des novices en politique qui au final, peut-être par aveuglement, se persuadent d'être au dessus de la mélée. Qui plus est, ils partent tardivement dans la campagne, sans réussir à faire passer clairement un message. Le résulat final est là : à Nancy, les Verts ont pris l'eau et n'ont jamais trouvé le ton juste pour se distinguer de Mathieu Klein et Laurent Hénart qui eux, ont parfaitement maitrisé leur “greenwashing”.

On avance, on progresse... Ce n'est pas un échec !
- Guy Harau (EELV Thionville)

A Thionville, les Verts emmenés par Guy Harau ont fait mieux qu'à Nancy. Une quatrième place mais avec 12,6%. “On fait quasiment le score des Européennes” analyse l'ancien conseiller régional. “Notre secteur n'est pas très écolo contrairement à Strasbourg par exemple. C'est une terre de vélo. En Alsace, il y a quatre fois plus d'adhérents à EELV qu'en Lorraine. Moi, je trouve qu'on a fait une belle campagne” se défend Guy Harau. “On est satisfait. C 'est une avancée. Nos voisins de gauche sont à 19%... ce n'est pas si mal que ça ! On avance, on progresse... Ce n'est pas un échec !

Dans la seconde ville de Moselle, le programme des Verts pourtant formaté pour les frontaliers (créer une 3e voie sur l’A31 réservée au covoiturage et aux transports en commun, augmenter le cadencement des trains, utiliser d’anciennes voies ferrées pour y faire circuler des bus en site propre, construire une 2ème ligne de chemin de fer entre Metz et Bettembourg, améliorer le service de bus urbains à Thionville et le rendre gratuit, multiplier le nombre de parkings relais...) n'a finalement pas réussi à convaincre.

Guy Harau reconnait qu'à Nancy, “il y a eu un problème de construction de liste. Une partie des écolos s'est ralié à Mathieu Klein. Cela a été un moment de rupture alors que les premiers sondages étaient très encourageants, Et n'oublions pas qu'à Metz, Xavier Bouvet se classe deuxième. Si on regarde ailleurs, oui, on peut admettre des scores en retrait mais c'est une erreur que de se limiter à cette seule lecture”.

Nous avons des listes estampillées “écolo” qui font des scores plutôt honorables
- Gilles Bilot (Secrétaire régional EELV)

Invité de France 3 Lorraine, hier soir, Gilles Bilot, le secrétaire régional d'EELV a reconnu que “les écologistes n'étaient pas à la fête en Lorraine. Mais ils le sont nettement plus qu’avant. On a quand même réussi à monter deux listes écolo pur jus à Thionville et à Nancy. Et on a une liste à Metz sur laquelle nous avons été des précurseurs en s'alliant avec Générations ou les radicaux de gauche avec Xavier Bouvet qui arrive en deuxième position ! Sur les trois principales villes de Lorraine, nous avons des listes estampillées “écolo” qui font des scores plutôt honorables... quand on a pris la mesure de faire campagne. Effectivement, à Metz, la campagne est démarré depuis plusieurs mois et le résultat est là. A Nancy, la campagne n'a démarré qu'en janvier. C'était trop court... Laurent Watrin a été exemplaire sur cette campagne. Moi, je le félicite !” Heureux les écolos... ainsi soit-il.

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