Serémange-Erzange : l'Etat confirme un rejet d'acide, ArcelorMittal conteste la pollution dans la Fensch

La préfecture de Moselle a confirmé qu'ArcelorMittal a déversé, le 30 octobre 2019, de 400 litres d'acide sulfurique dans un décanteur qui rejoint la rivière Fensch. L'industriel affirme avoir neutralisé l'acide avant le rejet dans la Fensch.

De l'acide sulfurique est l'origine d'une pollution de la Fensch au niveau de la cokerie de l'usine ArcelorMittal de Florange, mercredi 30 octobre 2019.
De l'acide sulfurique est l'origine d'une pollution de la Fensch au niveau de la cokerie de l'usine ArcelorMittal de Florange, mercredi 30 octobre 2019. © Cécile Boisson/France 3 Lorraine
La préfecture de Moselle a confirmé à France 3 Lorraine un rejet de 400 litres d'acide sulfurique par ArcelorMittal, le mercredi 30 octobre 2019. Les services de l'Etat expliquent : "L’exploitant a indiqué [...] avoir versé de l’acide sulfurique, en toute connaissance de cause, au pied des vis de relevage des effluents qui rejoignent un décanteur puis la rivière Fensch." La préfecture explique avoir été prévenue de cet incident le 4 novembre 2019, soit cinq jours plus tard, et avoir reçu le rapport d'incident le 8 novembre 2019. Des analyses sont en cours. "Les éléments de ce rapport sont en cours d’analyse par l’inspection des installations classées pour la protection de l’Environnement, pour apprécier les conditions dans lesquelles cet événement s’est déroulé, et déterminer les éventuels écarts aux dispositions réglementaires applicables," précisent les services de l'Etat.

Des valeurs d'acidité conformes

ArcelorMittal ne nie pas le rejet d'acide sulfurique au pied des vis de relevage, mais conteste que l'acide ait directement fini dans la Fensch. "Une neutralisation acido-basique a empêché cela, explique t-on chez ArcelorMittal. Dans le décanteur, l'acide s'est mélangé à une grande quantité d'eau basique, issue du process industriel." Le mélange entre un acide et une base aurait neutralisé les rejets. Le groupe sidérurgique s'appuie sur les relevés d'acidité : "Les mesures [...] réalisées au point de rejet montrent que les valeurs sont restées conformes aux valeurs réglementaires prescrites : le pH a été mesuré à 6,3 pour une fourchette autorisée de 5,5 à 8,5." Un pH de 6,3 est légérement plus acide que l'eau, qui est neutre (7).

Quatre cents litres d'acide sulfurique ont été déversés à proximité de la Fensch mercredi 30 octobre 2019 au niveau de la cokerie de l'usine ArcelorMittal de Serémange-Erzange en Moselle. La cokerie, c'est l'installation qui sert à transformer le charbon en coke, le combustible utilisé dans les hauts fourneaux.
Un document interne, dont France 3 Lorraine s'est procuré les constatations, décrit le déroulement des faits, qui ont débuté vers 15h.
"La consigne a été donnée de déverser les 400 litres d'acide [sulfurique] dans la vis sans fin du décanteur Nord ce qui a immédiatement provoqué une réaction chimique entre l'acide et les hydrocarbures en décantation. Un important débordement a envoyé le mélange acide/hydrocarbures directement dans la Fensch", qui se jette dans la Moselle quelques centaines de mètres plus loin. Ce déversement a eu lieu au niveau du point de rejet F16.
Une vanne-guillotine sera posée au point de rejet F16, où sont déversées les eaux usées de la cokerie d'ArcelorMittal à Florange.
Une vanne-guillotine sera posée au point de rejet F16, où sont déversées les eaux usées de la cokerie d'ArcelorMittal à Florange. © Cécile Boisson/France 3 Lorraine
Dans un bref communiqué diffusé mardi 5 novembre 2019, ArcelorMittal dément la version de ce compte-rendu d'intervention. Lisez notre encadré en bas de page. Le groupe sidérurgique utilise l'acide sulfurique légalement dans son process, pour nettoyer les gaz de cokerie.

Une consigne donnée par un responsable

Ce déversement intervient à la suite d'une fuite au niveau d'une pompe sur une citerne d'acide sulfurique, constatée vers 15h le jour même. Le rapport interne fait état d'une citerne d'acide chlorhydrique, mais il s'agit, après correction, d'acide sulfurique. La fuite, toujours selon le document, "a été contenue dans un bac à rétention" prévu à cet effet. Un camion de Suez vient pomper l'acide avant que le bac de rétention ne déborde. Tout est normal jusque là.

On a déversé 400 litres d'acide dans la nature, c'est irrationnel !
Lionel Burriello, délégué CGT à ArcelorMittal à Florange

Mais alors que la procédure prévoit que le liquide ainsi pompé soit traité en dehors du site par une entreprise spécialisée, se produit une pratique "illégale et irrationnelle", selon Lionel Burriello, délégué CGT à ArcelorMittal à Florange. "Un responsable cadre de la cokerie a donné l'ordre de vider le contenu du camion dans la vis sans fin du décanteur Nord. En donnant cet ordre, il sait très bien que le liquide va partir dans la Fensch", explique Lionel Burriello. Pour le syndicaliste, c'est l'incompréhension. "On ne déverse pas 400 litres d'acide dans la nature !"
Le document interne précise encore que Suez a été appelé vers 16h15 pour aspirer en urgence le décanteur Nord qui débordait. Des barrages ont été mis en place au niveau du rejet F16.
Lionel Burriello dénonce aussi une tentative de camoufler cet incident. En effet, le PC sûreté de l'usine n'a été appelé qu'à 17h08, soit deux heures après le début de la gestion de la fuite d'acide. Un personnel de l'unité Traitement Gaz a signalé une forte irisation de la Fensch, au niveau du point de rejet F16.
La tenue d'un Comité social et économique (CSE) extraordinaire a été demandée par les syndicats jeudi 31 octobre 2019, au lendemain de l'incident. Lionel Burriello affirme que ce CSE extraordinaire doit se tenir mercredi 6 novembre 2019 à 14h.

"Une pollution importante aux hydrocarbures"

Le maire LR de Florange Rémy Dick exprime le "ras-le-bol des élus locaux". Selon lui, "la Fensch a connu cinq épisodes de pollution constatés  depuis le 8 mars [2019]." Concernant l'incident du 30 octobre, il affirme qu'ArcelorMittal a reconnu "une pollution importante aux hydrocarbures dans la Fensch".
Rémy Dick s'inquiète de l'image du territoire. "C'est la réputation du groupe ArcelorMittal, du site de Florange, du territoire de Florange et de la Fensch qui est entamée !" Le maire est inquiet pour ses administrés, leur cadre de vie, leur santé, leur environnement. Tout en ayant des considérations pour l'emploi. "L'inquiétude des syndicats est légitime. De plus en plus d'habitants viennent me demander : Quand est-ce qu'on va fermer la cokerie, au vu des derniers événements." 
La mairie de Florange, ainsi que la Communauté d'agglomération du Val de Fensch, vont porter plainte contre ArcelorMittal.
 

"Des actes répétés"

Dans un communiqué, le syndicat dénonce la "mauvaise gestion" de l'incident, et accuse la direction de "[ternir] l'image de la cokerie envers les riverains et [de mettre] en danger l'installation et les emplois par ces actes de pollutions répétés".
En 2017, ArcelorMittal avait déjà été pointé du doigt pour des rejets d'acides sur le crassier de Florange. Un conducteur intérimaire, embauché par le groupe sidérurgique, avait diffusé une vidéo de 2 minutes dans laquelle il affirmait être en train de déverser de l'acide sur le crassier de Marspich. Le 23 septembre 2019, ArcelorMittal avait été relaxé, par la chambre correctionnelle du tribunal de Thionville, du chef de "gestion irrégulière des déchets" en première instance. Le parquet a fait appel de cette décision.
 
Pour ArcelorMittal, il n'y a eu "aucun rejet d'acide"
Dans un communiqué diffusé mardi 5 novembre 2019, ArcelorMittal affirme qu'"aucun rejet d'acide n'a eu lieu". Et remet en cause leur propre compte-rendu interne, rédigé par la sûreté industrielle : le rejet d'acide "avait été évoqué par erreur dans un premier rapport d’intervention interne mais elle a été écartée rapidement."
Le groupe sidérurgique s'appuie sur les relevés d'acidité : "Les mesures [...] réalisées au point de rejet montrent que les valeurs sont restées conformes aux valeurs réglementaires prescrites : le pH a été mesuré à 6,3 pour une fourchette autorisée de 5,5 à 8,5."
Il s'agirait de la valeur relevée "au moment de l'événement", ArcelorMittal ne précisant pas davantage la date et l'heure exactes de la mesure. 
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