Pourquoi la fermeture des piscines pour les écoliers risque d'engendrer plus de noyades cet été

Les cours de natation scolaire, qui devaient reprendre ce lundi 26 avril, sont de nouveau reportés à cause de la situation sanitaire. Depuis plus d’un an, les enfants n’ont quasiment pas pu apprendre à nager. Les maîtres-nageurs redoutent une augmentation des noyades cet été.

Les écoliers n'ont toujours pas retrouvé le chemin des piscines.
Les écoliers n'ont toujours pas retrouvé le chemin des piscines. © Vanessa Meyer. MaxPPP

Les maîtres-nageurs des piscines de Nancy avaient tout mis en œuvre, ces derniers jours, pour pouvoir de nouveau accueillir les écoliers, à compter du lundi 26 avril 2021. Mais, cette reprise des cours de natation pour les scolaires est une nouvelle fois tombée à l’eau suite à une directive du Ministère de l’Education Nationale.

Depuis plus d’un an et le premier confinement, les élèves (de la maternelle au lycée) n’ont presque pas pu apprendre à nager ou à perfectionner leurs techniques de nage. Personne ne sait exactement quand vont reprendre ces cours qui sont totalement stoppés depuis le 15 janvier 2021. Les conséquences risquent de s’en ressentir à très court terme.

Génération perdue

"Si les piscines rouvrent en septembre, ça va être catastrophique, surtout pour les enfants qui ont peur de l’eau", souffle Benjamin Choquert, maître-nageur sauveteur à Nancy. "Les plus jeunes n’ont pas pu suivre de cours d’éveil aquatique et ils vont avoir beaucoup de retard. Cela va être compliqué de les faire entrer dans les bassins."

"Certains enfants ne sont pas allés dans l’eau depuis près de deux ans", poursuit le Nancéien. "On a perdu toute une génération. On sait qu’on n’en fera pas des grands nageurs. Mais le minimum, c’est de leur apprendre les gestes de secours, qu’ils sachent revenir sur la berge si jamais ils tombent à l'eau."

"Savoir se sauver", c’est le premier objectif de "J'apprends à nager", le programme d’apprentissage de la natation en milieu scolaire (qui prévoit que chaque élève sache nager à la fin du collège). D’où l’inquiétude des maîtres-nageurs pour les mois à venir. Ils redoutent une augmentation des noyades dès la fin du printemps.

Le minimum, c’est de leur apprendre les gestes de secours, qu’ils sachent revenir sur la berge si jamais ils tombent à l'eau.

Benjamin Choquert, maître-nageur sauveteur

Perte de compétence

"S’il fait chaud au mois de juin, les gens vont être attirés par les plans d’eau pour se rafraîchir. Mécaniquement, les risques vont augmenter pour les enfants qui ne savent pas ou peu nager", alerte Jean-Michel Lapoux, secrétaire général de la Fédération des maîtres-nageurs sauveteurs (FMNS). "Il y a ceux qui vont tomber à l’eau accidentellement et ceux qui vont vouloir se baigner, mais qui ne maîtrisent pas et cela peut très mal finir ».

Dans une lettre adressée en février 2021 à la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, le syndicat national professionnel des maîtres-nageurs sauveteurs (SNPMNS) réclamait la réouverture des piscines à destination des scolaires, en respectant un protocole sanitaire stricte, pour ne pas couper les enfants du milieu aquatique.

"Les capacités acquises vont vite régresser pour les enfants qui étaient en cours d’apprentissage ou de perfectionnement, et les populations non-aquatiques n’auront pas la possibilité d’être initiées. Nous avons peur d’une augmentation des noyades cet été", écrivait Claire Léger, la secrétaire générale du syndicat. Elle assure qu'avec l'application d'un protocole sanitaire, il est possible d'accueillir les élèves.

"Une distanciation très facile à mettre en place"

"Le protocole de désinfection peut se faire pendant que les enfants sont en cours puisqu’il n’y a personne dans les vestiaires. Vous avez maximum 24 enfants en même temps dans un bassin qui a quatre couloirs et fait 25 m donc la distanciation physique est très facile à mettre en place." Le risque de contamination dans un bassin chloré est donc minime, selon Claire Léger. Un avis rendu dès 2020, par la société française d'hygiène hospitalière, assure d'ailleurs que l'eau des piscines "ne semble pas un lieu propice pour la survie et le développement des virus".

Mais, face à l’intensification de la pandémie en France, cet appel est resté lettre morte.
Des solutions, comme des bassins mobiles installés dans les écoles et les collèges ont été envisagées, mais il y a peu de chance pour qu’un tel dispositif voie le jour avant l’été.

La noyade, première cause de décès accidentel chez les jeunes

Chaque année, environ 1.000 décès par noyade sont enregistrés en France. C’est la première cause de mort accidentelle chez les moins de 25 ans. Et les maîtres-nageurs craignent que le bilan soit encore plus noir à l’avenir.

"Cela va être très compliqué de rattraper le retard accumulé ces derniers mois, car les créneaux disponibles en piscine ne sont pas extensibles et surtout, il y a de moins en moins de maîtres-nageurs", constate Jean-Michel Lapoux. "Leur formation est trop longue et trop chère, on se bat pour la simplifier depuis des années, mais cela n’avance pas."

Déficit de maîtres-nageurs, difficultés financières rencontrées par les clubs -qui ont perdu des milliers de licenciés cette saison et qui pour certains risquent de disparaître-, l’apprentissage de la natation s’annonce très compliqué pour les années à venir.
Et la jeune génération risque d’en faire les frais.
 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
natation sport éducation société noyade faits divers santé