Pourquoi le nuage en provenance de Tchernobyl, qui a touché la France en avril, n’est pas dangereux comme celui de 1986

Une vue aérienne de l'incendie dans une forêt située dans la zone d'exclusion de Tchernobyl le 12 avril 2020 / © CréditVOLODYMYR SHUVAYEV / AFP
Une vue aérienne de l'incendie dans une forêt située dans la zone d'exclusion de Tchernobyl le 12 avril 2020 / © CréditVOLODYMYR SHUVAYEV / AFP

Au début de ce mois d’avril 2020, plusieurs incendies autour du l'ex-centrale nucléaire de Tchernobyl ont libéré des substances radioactives dans l’atmosphère. Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, le nuage dégagé a touché la France, mais sans toxicité détectable.

Par Catherine Munsch

Après l’explosion du tristement célèbre réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine), en 1986, la pollution générée dans l'atmosphère avait traversé le ciel européen et atteint la France. Certains, à l'époque, voulaient croire que les frontières arrêtaient les nuages. Si la situation n'avait pas été aussi catastrophique, cette opinion aurait pu prêter à sourire.

En ce mois d'avril 2020, en pleine crise sanitaire liée au covid19, un nouveau nuage de fumée provoqué par des feux de forêt dans la zone d'exclusion de Tchernobyl a atteint la France. Toute la question est de savoir s'il a apporté des substances radioactives en forte quantité, donc dangereuses, dans le ciel d'Alsace et du reste de l'Hexagone. La réponse est non, selon les spécialistes interrogés. Les analyses démontrent que les quantités de radioactivité présentes dans l'air sont infimes. 
 

Que révèle la modélisation de l'IRSN ?

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a réalisé une modélisation (à voir ci-dessous) qui permet de se faire une idée de la dispersion du panache de fumée en Europe. Ce résultat est le fruit de calculs constitués à partir de données météorologiques : trajectoires des vents et prise en compte des différents phénomènes atmosphériques, comme les pluies, les tornades. L'IRSN précise que "cette simulation a été effectuée en prenant pour hypothèse que les rejets radioactifs moyens, qui se sont produits entre le 3 et le 12 avril 2020, se poursuivent du 14 au 20 avril 2020."

 

En poursuivant l'analyse de cette modélisation, on constate que l'échelle de graduation à droite indique la charge radioactive du nuage. Plus il est rouge foncé, plus l'air est lourdement contaminé, plus on redescend vers le jaune clair, moins il est chargé en radiations toxiques. C'est le cas pour la France. 
 

Pourquoi les relevés sont rassurants ?

Au moment où de la rédaction de cet article (21 avril 2020), les relevés sont "rassurants", confirme Roland Desbordes, le porte-parole de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Ils sont effectués sur trois types de supports : les balises gamma, qui mesurent les rayonnements Gamma, comme le césium 137, les filtres et les cartouches à charbon actif, qui permettent des mesures beaucoup plus précises. 

"Les relevés se sont révélés très en-dessous des seuils d'alerte. En comparaison, quand l'accident nucléaire de Tchernobyl a eu lieu, toutes les sondes gamma se sont mises en alerte. Cette fois, ils n'indiquent pas de radioactivité anormale dans l'air", explique-t-il. 

Il faudra tout de même garder un oeil sur les vents en provenance de l'Est, dans les semaines à venir. "Là-bas, à Tchernobyl, il se passe quelques chose d'important", note ainsi Roland Desbordes. Selon le communiqué de cet organisme du 21 avril 2020, la situation y reste préoccupante à cause des incendies.  
 

Quels sont les outils d'analyse utilisés ?

Bruno Chareyron, ingénieur et directeur du laboratoire de la Criirad, a été sollicité par de nombreux particuliers ces dernières semaines, soucieux de connaître l'éventuel impact sur le territoire français des incendies survenus en Ukraine. "Nous avons publié un communiqué de presse le 8 avril pour alerter sur cette nouvelle situation à Tchernobyl, mais rassurer sur celle de la France. Pour produire cette information, la Criirad dispose de son laboratoire d'analyses qui a un réseau de balises de surveillance de la radioactivité ambiante, dans la vallée du Rhône", explique-t-il.

"L'alerte n'a pas été déclenchée. Nous avons aussi pu faire des vérifications à partir de l'analyse des filtres à air de nos balises. Pour la période du 3 au 14 avril, le niveau de césium est tellement faible qu'il n'a pas pu être détecté. Il est inférieur à une dizaine de micro-becquerel par m3 d'air, c'est donc un impact extrêmement faible qui ne nécessite aucune précaution particulière", précise-t-il.
 
"Pour la première vague des masses d'air, la contamination est de l'ordre 0.1 à 1 micro becquerel par mètre cube, ce qui est très faible."


Aux citoyens qui interpellent la Criirad, parce qu'ils auraient constaté des augmentations de radioactivité, sur leurs propores compteur Geiger, l'ingénieur du laboratoire indépendant affirme que ces augmentations, si elles existent, ne sont pas du tout liées aux incendies survenus en Ukraine. Même avec les sondes gamma, extrêmement sensibles dont dispose l'association, ces augmentations sont indétectables.


Ce qu'il faut retenir 

Les incendies d'avril 2020 dans les zones contaminées par l'accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, ne génèrent donc pas, pour l'instant en France, de radioactivité détectable par les outils professionnels. On peut en revanche s'interroger sur le sort actuel des populations ukrainiennes et sur le stockage des déchets de Tchernobyl, du sarcophage construit autour du réacteur, des combustibles irradiés stockés, de la nature impactée, des sols contaminés. 
On l'a compris aussi, la force et la direction des vents jouent un rôle majeur dans la propagation des polluants atmosphériques.

A quoi s'ajoutent les tempêtes et les tornades. Si les incendies en Ukraine, autour de la centrale, ne sont pas totalement maîtrisés et que de nouveaux foyers surgissent dans ces zones contaminées, les données pourraient changer, même ici en France. L'institut de radioprotection et la Criirad poursuivent leurs modélisations et analyses en cas de prochaines vagues.

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