Roppenheim : ces gilets jaunes qui préfèrent les champs au Champ (de Mars)

les gilets jaunes à Roppenheim
les gilets jaunes à Roppenheim

Stéphane Beiner est un gilet jaune de la première heure. Aujourd'hui comme tous les jours depuis une semaine, il campe sur le rond point de Roppenheim. Il nous explique pourquoi il préfère rester ici plutôt que de se rendre à Paris où une manifestation nationale est organisée. 

Par Cécile Poure

Nous avions fait son portrait le 22 novembre dernier : Stéphane Beiner. Tablier de boucher le jour et gilet jaune la nuit. Lui, comme ses collègues, campe depuis une semaine sur le rond point de Roppenheim pour exprimer un ras le bol généralisé "marre que ce soit toujours les mêmes, les moins favorisés, qui passent à la caisse". Il se dit prêt à continuer "jusqu'à ce que les gens ne leur apportent plus leur soutien"  mais a refusé de se rendre à Paris.


"Être parqué à Paris avec des casseurs, non merci"

 

Stéphane n'a pas voulu se rendre au Champ-de-Mars aujourd'hui et rejoindre le cortège des gilets jaunes qui afflueront de tout l'Hexagone. Ni aucun de ses collègues de Roppenheim d'ailleurs. Pour des raisons économiques certes ( le trajet, le carburant,  nous y sommes en plein dedans ) mais surtout par défiance. " Rester dans l'action locale c'est important. Du genre : Roppenheim, le petit village alsacien qui résiste. Et puis être parqué entre des barricades, entouré des forces de l'ordre et peut être au beau milieu de casseurs ou je sais pas quoi, non merci. Ca va pas. Tout ça risque de décrédibiliser notre mouvement, nos actions sur le terrain."  Stéphane craint également la récupération politique."On refuse tout parti politique. Tout syndicat. Pas de ça chez nous. Tout ce qui nous intéresse c'est le citoyen. Point."

Tout ça risque de décrédibiliser notre mouvement 

Tout comme d'ailleurs les débordements de certains gilets jaunes : agressions physiques et verbales, insultes à caractère raciste ou homophobe, gardes à vue... " Ca on en veut pas chez nous non plus. On condamne fermement les propos racistes ou homophobes. Les journalistes sont toujours bien accueillis ici, avec du café. Pour éviter que les esprits s'échauffent, ici c'est zéro alcool sur le camp. Ce qui se passe ailleurs c'est très dommage. On est là pour les gens pas contre eux." 
 

"On est là pour les gens pas contre eux"


Stéphane est le porte-parole du mouvement de Roppenheim. Un mouvement qui se structure. Il se dit prêt à continuer "jusqu'à ce que les gens ne nous soutiennent plus". Et pour l'instant, à l'écouter, les gilets jaunes ont là bas l'aval de la population : "On fait des comptages réguliers : sur 10 voitures, 8 arborent le gilet jaune. Les gens nous disent de continuer, qu'ils comptent sur nous, de ne rien lâcher. Certains commerçants nous apportent des plateaux entiers de charcuterie, les retraités des thermos de café. On sent un réel élan de solidarité même des automobilistes qui sont toujours compréhensifs. Tant que ça ça durera, on continuera." 

Le jour où les gens commenceront à grogner hé ben on arrêtera

"Le jour où les automobilistes ou les commerçants râleront, hé bien, c'est simple, on arrêtera. Encore une fois on fait ça pour les gens pas contre eux."
 
 

" Je dors 3h par nuit depuis une semaine"

En attendant, Stéphane continue de se battre. Pacifiquement donc. De se battre pour le pouvoir d'achat. " Moi je suis là tous les jours, sauf l'après-midi où je travaille. Je suis là à 5h jusqu'à midi, ensuite je vais au boulot et je reviens le soir jusqu'à 2h. En gros, je dors trois heures pas nuit. A la base on s'attendait à ne rester qu'un seul week-end ici et puis que chacun rentrerait chez soi. Ca fait une semaine maintenant. Hier matin par exemple, on était 50 à 4h du mat par -2°. C'est incroyable."

Faut arrêter de taxer toujours les mêmes

" Nous ce qu'on demande, c'est toujours la même chose. On veut vivre de notre travail. On veut pas d'assistanat juste une baisse des taxes comme la TVA ou la TIPP ( ndlr : taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques ). On veut une réponse significative du gouvernement. C'est possible ailleurs alors pourquoi pas en France ? On nous parle d'Europe à tout bout de champs. Hé bien prenons alors l'exemple de l'Espagne et du Luxembourg où le carburant est beaucoup moins taxé."  

Et comme Stéphane, comme la cinquantaine de personnes à Roppenheim ce matin, d'autres gilets jaunes continuent leurs barrages ce samedi. Le point ici.






 

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