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TÉMOIGNAGES - Pourquoi ils ne participent pas au blocage du 17 novembre et s'opposent aux “gilets jaunes” alsaciens

Difficile de prévoir quelle sera la mobilisation exacte des gilets jaunes ce 17 novembre. / © Richard Brunel. MaxPPP
Difficile de prévoir quelle sera la mobilisation exacte des gilets jaunes ce 17 novembre. / © Richard Brunel. MaxPPP

Un appel à une manifestation nationale des "gilets jaunes" a été lancé pour le samedi 17 novembre. Mais tout le monde n'a pas l'intention de manifester ce jour-là: leurs raisons peuvent être écologiques, politiques, ou encore pratiques. France 3 Alsace leur a donné la parole.

Par Vincent Ballester

Les "gilets jaunes" ont décidé de converger. Ils en ont assez de la "hausse des taxes", et notamment de celle sur le carburant, annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe. Cette convergence aura le samedi 17 novembre 2018, avec plus de 700 points de blocage dans toute la France selon les organisateurs. Les appels à manifester se répandent efficacement et masivement via les réseaux sociaux. Mais tout le monde ne compte pas répondre favorablement à cet appel pour autant. France 3 Alsace a souhaité recueillir leurs témoignages via notre page Facebook.
 

 

1/ Les relativistes: "il y a des choses nettement plus graves en France"

  • Kristen Rivers bondit à l'évocation de la mobilisation: "Je ne manifesterai pas, parce que je trouve qu'il y a des choses nettement plus graves en France. Se battre pour une augmentation de quelques centimes à la pompe? Alors que nos hôpitaux, nos écoles, manquent de moyens? C'est une blague? J'ai déjà manifesté. Pour défendre la paix, pour défendre la jeunesse, pour défendre nos aïeuls, nos malades, notre écosystème. Manifester pour quelques centimes? Et puis quoi encore?" 
 
  • "Je suis écrivain, parfois engagé, notamment en matière d'écologie. Je me bats au quotidien pour que la culture soit reconnue en France. Beaucoup de choses me révoltent, mais certainement pas le prix de l'essence. D'autant plus que le prix de l'essence n'est pas uniquement du ressort de notre gouvernement. L'Arabie Saoudite n'a-t-elle pas récemment demandé à réduire sa production afin d'en assurer un prix élevé?"
 
  • Chloé Martinez est indigné par cette réaction "individualiste". "On touche au porte-monnaie, donc les gens réagissent! Ils étaient où, tous ces gens, quand il fallait soutenir les cheminots, le climat, l'environnement, les profs, les jeunes, les retraités, les femmes, les homosexuels, les migrants? À mon sens, lutter pour l'équité, la tolérance, la bienveillance, pour faire plier les gouvernements face au climat, au mode de consommation, est cent fois plus important!" 
 
  • "C'est ce qu'on va laisser aux générations futures! On dirait qu'il n'en ont rien à faire de l'avenir de la planète! Ils ne se mobilisent pas pour un bien commun mais pour leur individualité..."
 

2/ Les écologistes: "la planète est en train de crever"

  • Léa refuse "absolument" de manifester, elle trouve ça "pathétique". "Cela m’horripile totalement que l’on se rassemble pour lutter contre la hausse du carburant alors que la planète est en train de crever. Rien ne mobilise les gens comme le fait d’utiliser leurs voitures, je trouve cela pathétique." Plutôt que cette mobilisation, elle propose une alternative: "Je pense qu’il y a des moyens plus efficaces à long terme de lutter, comme acheter local et plus respectueux de l’environnement, par exemple."
 
  • Lucie Woelfell: "Il y a des problèmes plus graves actuellement, notamment la faune et la flore qui s'appauvrit d'année en année. Mais comme il ne s'agit pas d'argent, personne ne se manifeste. Les actions prévues ne vont pas arranger la situation concernant ce point." Et Elisabeth se lamente: "Il y a bien plus important, comme la sauvegarde de notre planète, notre écosystème... Allons-nous manifester pour ça? Eh bien non... Cela me désole."
 
  • Véronique Friess rappelle que les abeilles sont menacées d'extinction et que ce devrait mobiliser plus qu'une hausse du prix de l'essence: "Je pense que notre planète mérite qu'on commence à prendre de vraies mesures pour que notre future extinction puisse se déjouer. Mais avec des imbéciles qui ne pensent qu’à leur pauvre petite gueule, on est pas prêts de survivre! L'extinction humaine est en route! Si encore cette manifestation s'ancrait sur l'éducation, la santé, l'humanisme, et les droits de l'Homme largement bafoués en France... j’y serais allée, avec mes 4 gosses de surcroît! À une époque où l’on parle d'écologie et de protection de la faune et la flore, eh bien, c’est... comment dire... totalement ridicule de se soulever pour 15 centimes à la pompe..."
 
  • Muriel S. reconnaît la pertinence de l'augmentation du prix de l'essence: "Sur le fond, Macron a raison pour le diesel: c’est une catastrophe écologique."
 


3/ Les travailleurs: "beaucoup de gens bossent le samedi"

  • Raymond Zeh "comprend la manifestation", mais souligne que "des gens vivent le samedi". Muriel S. confirme: "Beaucoup de gens travaillent le samedi: ce n’est pas un cadeau pour eux." Paul est de ceux-là: "Je suis entrepreneur et je dois travailler."
 
  • Thibaut, lui aussi, travaillera le samedi. Ce qui lui inspire ce cri du coeur: "Je serai au travail, de 9 heures à 17 heures puis de 19 heures à 1 heure, en train de gagner ma vie. Et pas à faire partie de cette mobilisation grotesque." Âgé de 20 ans, il a conscience du danger que court la planète: "J''ai fait en sorte de me passer de voiture, en prenant le train et en marchant. Le climat, celui pour lequel mes arrières-grands-parents n'ont pas eu à se soucier, mes grand-parents en ont pris conscience. Mes parents le vivent. Je vis et vais vivre de grands changements sur notre planète. Et alors, quelle planète vais-je donner à mes enfants, et eux à leurs enfants? Mais ça, les gens l'oublient par égoïsme. Ils oublient également la fin annoncée des énergies fossiles - et que le prix de cette denrée rare n'est pas prêt de régresser."
 
  • Thibaut poursuit, incisif: "Aujourd'hui, je rigole des gens voulant faire "une révolution comme en 1789", en l'écrivant sur leur smartphone, dans leur maison chauffée, en regardant leur écran plat, avec leur gros diesel dans le garage, en venant de finir leur MacDo. Une grande majorité de Français vivent de manière confortable, sans rouler sur l'or, mais nous ne sommes clairement pas Maliens, Tibétains ou Colombiens. Ces manifestants ne voient que le bout de leur nez, et leur petite cause, minable, face à la misère du monde.  Un nombre incroyable de leurs commentaires critique, insulte, les gens comme moi qui ne comptent pas participer... J'ai envie de leur rappeler que c'est notre génération qui vivra dans une époque à la situation écologique critique."
 

4/ Les sans-illusions : "ça ne sert à rien"

  • Lucie Woelfell est photographe à son compte. Elle utilise son véhicule à des fins professionnelles, dépense beaucoup en essence. Mais elle ne pense pas qu'"aller faire des opérations escargot soit très économique du point de vue de l'essence. Ce n'est pas logique." Elle ajoute que "ce n'est pas en manifestant que le gouvernement va réduire les taxes, ni reculer. À part contraindre tout le monde, cela ne va servir à rien." Malgré ses revenus peu élevés, elle "arrive à gérer [son] budget de manière à pouvoir faire un plein sans impacter [ses] fins de mois", par exemple en évitant d'utiliser sa voiture pour des trajets inutiles et en bannissant la cigarette. 
 
  • Céline Munch désapprouve la direction vers laquelle se tourne la mobilisation: "Au début, j'étais pour ce mouvement. Mais quand je vois comment cela tourne, je suis complètement contre car ceux qui ne peuvent pas faire leur courses en semaine seront les victimes de blocages, d'opérations escargots, etc. La politique de Macron est certes extrêmement mauvaise, mais à quoi bon prendre des personnes en otage alors qu'il faudrait bloquer les institutions... Mais elles sont fermées le samedi. Si ils voulaient vraiment faire quelques chose, ce devrait être en semaine..."
 
  • Muriel H. affirme que "bloquer un pays ne va servir strictement à rien". Elle livre son parcours: "J'ai changé mes habitudes en prenant les transports en commun (train, bus, marche), donc c'est possible pour une majorité de le faire. La hausse des carburants est un faux problème. J'ai des petits moyens, je travaille à 23 kilomètres de chez moi, je suis une femme seule... mais je n'ai pas d'iPhone dernier cri comme la plupart des gens qui vont manifester samedi, ni de grosse cylindrée."
 
  • Renaud Heinrich désapprouve également: "Je ne suis pas pour le fait de bloquer d'autres Français. Nous, citoyens, ne sommes pas responsables de l'augmentation des prix. Alors pourquoi nous impacter, nous, en ce samedi?"
 
  • Chloé Martinez se serait mobilisée autrement: "C'est totalement absurde de râler contre l'augmentation du prix du carburant... en utilisant du carburant pour bloquer! Il serait beaucoup plus judicieux d'organiser des journées de boycott des pompes; que les gens qui peuvent poser des RTT en posent aux jours définis, et que les autres s'organisent avec les transports en commun et le co-voiturage. Cela, si c'était répété plusieurs fois en un laps de temps court, aurait un plus gros impact."
 

5/ Les méfiants: "je ne supporte pas l'idée qu'elle fasse l'objet d'une récupération politique"

  • Léa ne compte pas manifester: "On trouve dans cette mobilisation tout un pèle-mêle de revendications, dont certaines qui oscillent assez franchement vers les idées d’extrême droite et je n’ai aucune envie d’y être associée." Véronique Friess ne souhaite pas non plus s'associer "aux extrémistes de tout poil". Quant à Muriel H., elle estime que "ce mouvement contestataire est récupéré par les extrêmes, puisqu'ils en sont à l'origine". Elle ajoute ne plus pouvoir supporter le "Macron bashing": "Les insultes, ça suffit. Les gens ne respectent rien."
 
  • Muriel H. ajoute soutenir le président de la République et son gouvernement "pour les actions qu'ils mènent contre le réchauffement climatique". Chloé Martinez, elle, ne soutient pas le chef de l'État, mais pas plus que la mobilisation: "Je suis à peu près contre tout ce qu'entreprend Macron, y compris cette augmentation de la taxe que je trouve injuste. Car c'est encore une fois les classes moyennes et basses qui seront impactées. Mais je trouve cette mobilisation injuste aussi!"
 
  • Muriel S. craint des violences: "Il y a les risques de débordements: cela aura un coût sécuritaire. Ce sont nos impôts." Christiane, pourtant favorable aux gilets jaunes, est du même avis: "Il y aura des débordements. Je le déplore, hélas..." Renaud Heinrich a plutôt peur d'une éventuelle récupération politique: "Même si je trouve louable le fait que l'action soit citoyenne, je ne supporte pas l'idée qu'elle fasse l'objet d'une récupération de la part de certains politiques qui n'attendent que d'en récolter les lauriers."
 
  • Cédric Boulay a un autre avis sur la question: "On est trop taxés, c’est vrai. Mais les Français veulent toujours plus d’État (aides, allocs, plus de policiers, de soignants, de profs, d’infrastructures, etc.). Ce mouvement vise et critique le gouvernement. On peut critiquer l'État. Mais l'État, quelque part, c'est nous. On peut chier sur les politiques à longueur de tweets et de commentaires haineux, mais ça ne règle rien. Sauf si le but des Français est l'anarchie et la fin de l'État. La vraie question est alors: que proposent-ils à la place?"
 
  • Pour sa part, Anthony Rodot a une opinion tranchée: "Je ne compte pas manifester. Je n'ai pas voté Macron, mais je pars du principe que les lois se font par les urnes, et non par la rue." Et le mot de la fin revient à Lucie Woelfell: "Ce n'est pas pendant une journée que le peuple devrait être uni: c'est tout le temps."

 

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