Affaire Grégory : la décision sur la validité de la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 mise en délibéré au 16 janvier

Vue intérieure. Cour d'appel de Paris. / © Bertand Langlois - AFP
Vue intérieure. Cour d'appel de Paris. / © Bertand Langlois - AFP

Cette décision pourrait avoir des conséquences majeures : faire disparaître du dossier non seulement les accusations de Murielle Bolle à l'encontre de Bernard Laroche, mais aussi influer sur l'ensemble de l'enquête de l'affaire Grégory. L'audience a eu lieu ce mercredi 18 décembre 2019.

Par Jean-Christophe Panek

Il faudra patienter jusqu’au 16 janvier 2020. Ce jour-là, la cour d'appel de Paris dira si elle annule les déclarations de Murielle Bolle lors de sa garde à vue de 1984. Les conséquences pourraient être majeures car cette décision de la chambre de l'instruction pourrait avoir des répercussions en cascade sur l'ensemble de l'enquête, plusieurs actes de procédures basés sur ses déclarations étant susceptibles d'être également invalidés.
La défense de Murielle Bolle demande ainsi l'annulation partielle ou totale de 198 actes ou passages d'actes contenus dans le dossier.

Un tournant possible dans l'affaire Grégory

Ce pourrait être un tournant dans cette affaire.
Me Thierry Moser, avocat des époux Villemin

"Je suis choqué par cette manœuvre de Murielle Bolle qui vise à casser un dossier et étouffer la vérité", précise Me Thierry Moser, l'un des avocats de Jean-Marie et Christine Villemin, au micro de France 3 Grand Est. C’est moralement choquant ! Elle veut empêcher la manifestation de la vérité ! Nous disons qu’il faut laisser matériellement dans le dossier ses déclarations et les actes subséquents. A charge pour nous de ne pas en faire état contre Murielle Bolle. Mais contre n’importe qui d’autre à l’exception de Murielle Bolle. Nous, nous voulons sauver ce dossier. Sans tout cela, il serait fragilisé !"

Ce mercredi 18 décembre 2019, une audience à huis clos s'est tenue devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, à qui la Cour de cassation a, le 19 février, renvoyé cette partie du dossier.
Selon des sources concordantes, l'avocat général a requis mercredi l'annulation de la garde à vue de la jeune fille mais de conserver au dossier ses déclarations faites auprès des gendarmes avant le début officiel de cette garde à vue, ainsi que son interrogatoire par le juge d'instruction Jean-Michel Lambert, réalisé quelques jours plus tard.

Murielle Bolle aurait dû avoir l’assistance d’un avocat ou de ses parents !
- Me Gérard Welzer

"Lorsque Murielle Bolle a été entendu en garde à vue, elle avait à peine quinze ans" explique l'avocat de la famille Laroche, Gérard Welzer. "Compte tenu de son âge et se fragilité, Murielle Bolle aurait dû avoir l’assistance d’un avocat ou de ses parents ! On n’entend pas quelqu’un comme ça ! Pour un témoin qui est en possession de tous ses moyens, c’est déjà très difficile… L’audience d’aujourd’hui a pour but de 'nettoyer' le dossier de toute pièce qui aurait un rapport avec une annulation de déclaration de Murielle Bolle".

Placée en garde à vue début novembre 1984, Murielle Bolle, âgée alors de quinze ans, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir kidnappé en sa présence, Grégory Villemin, quatre ans, retrouvé mort quinze jours plus tôt dans les eaux de la Vologne, pieds et mains attachés. L'adolescente s'était ensuite rétractée en assurant avoir tenu ces propos sous la contrainte des gendarmes. Elle n'a depuis cessé de clamer l'innocence de Bernard Laroche, abattu par le père du "petit Grégory", Jean-Marie Villemin, en 1985.

Saisie par Murielle Bolle, la Cour de cassation a reconnu le 19 février que la garde à vue de l'adolescente avait été effectuée en application de dispositions "inconstitutionnelles", la loi ne prévoyant alors ni présence d'un avocat, ni notification du droit de se taire, et a renvoyé ce volet devant la cour d'appel de Paris.

Cet arrêt est venu entériner une décision du Conseil constitutionnel ayant censuré plusieurs dispositions de l'ordonnance de 1945 sur "l'enfance délinquante".

L'affaire Grégory, considérée comme l'un des dossiers les plus énigmatiques de l'histoire criminelle en France, a été relancée en juin 2017 quand le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant - les époux Jacob qui n'avaient jamais été inquiétés auparavant - et Murielle Bolle ont été mis en examen. Ces mises en examen ont depuis été annulées pour des raisons de procédure. (Avec AFP)
 

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