Delacroix vandalisé au Louvre-Lens : où en est l'affaire ?

"La liberté guidant le peuple" de Delacroix au Louvre-Lens. / © AFP/PHILIPPE HUGUEN
"La liberté guidant le peuple" de Delacroix au Louvre-Lens. / © AFP/PHILIPPE HUGUEN

La jeune femme qui a reconnu avoir "tagué" "La liberté guidant le peuple" au Louvre-Lens début février est-elle toujours en hôpital psychiatrique ? Que sait-on aujourd'hui sur elle ? Y-aura-t-il un procès ? 

Par Emmanuel Magdelaine

La situation actuelle

Au musée du Louvre-Lens, "l'affaire" n'est plus qu'un mauvais souvenir. Le tableau d'Eugène Delacroix "Liberté guidant le peuple" sur lequel avait été inscrit "AE 911" sur une trentaine de centimètres le 7 février dernier est intact. Il est l'un des plus attendus par les visiteurs.

Ingrid K., 28 ans, qui a reconnu avoir écrit cette inscription et qui avait été immédiatement interpellée et placée en garde à vue, est aujourd'hui toujours hospitalisée à l'Etablissement Publique de Santé Mentale Val de Lys de Saint-Venant. Deux fois, son avocat a fait appel de cette hospitalisation d'office en établissement psychiatrique. Deux fois, la Cour d'appel a rejeté cette demande. "Cela signifie qu'elle ne va pas mieux, affirme le procureur de la République de Béthune, Philippe Peyroux. C'est sur la base de l'évolution de son état mental, constatée par des experts psychiatres qui sont prises ces décisions".

L'avocat d'Ingrid K. a la possibilité de faire de nouveau appel dans les semaines qui viennent. Il ne l'a pas encore fait et n'a pas souhaité nous indiquer s'il allait le faire. 

Qui est Ingrid K. ?

On en sait aujourdhui un peu plus sur la personnalité d'Ingrid K., 28 ans. Elle habite à Hersin-Coupigny, dans le bassin minier. Elle est diplômée d'un Master et venait, en novembre de passer le concours de l'IUFM. Sans cet événement, elle aurait pu devenir professeur des écoles (en cas de réussite à l'oral) à la rentrée de septembre. 

Sur sa page Facebook, elle avait posté en janvier plusieurs fois un message un peu énigmatique qui pourrait avoir un rapport avec son geste : "Nul n'est plus esclave qu'une personne acceptant de subordonner à autrui sa compréhension du monde sous prétexte d'une complexité apparente." Réflexion philosophique ou signe de déséquilibre ? Ingrid K, n'avait semble-t-il jamais fait de séjour en hôpital psychiatrique. On ignore en revanche le rapport entre son geste au Louvre-Lens et les thèses complotistes autour du 11 septembre (elle a tagué AE 911).
Le lendemain de son geste, elle avait été vue en visioconférence par un magistrat du parquet de Béthune, qui l'avait trouvée "très fatiguée, pas du tout bien dans son assiette et dans son raisonnement". Un comportement habituel ou une parenthèse déséquilibrée ? 

Où en est la procédure judiciaire ? 

Une juge d'instruction a été nommée. Cette juge n'a bien sûr pas encore pu entendre la jeune femme. Elle a ordonné dans un premier temps des expertises judiciaires visant à déterminer si le jugement d'Ingrid K. était aboli ou altéré au moment des faits. 
Une question cruciale puisque dans le premier cas, il y aurait non-lieu et l'affaire serait définitivement terminée. Dans le deuxième cas, l'instruction pourrait continuer et un procès pourrait avoir lieu. 

Si Ingrid K. sort de l'hôpital psychiatrique, le Parquet a d'ores et déjà requis qu'elle soit placée sous contrôle judiciaire avec interdiction de fréquenter des musées. 

Création d'un comité de soutien à Ingrid K.

Dans le bassin minier, l'hospitalisation d'office d'Ingrid K. choque un petit groupe de personnes. Politis 62, le LAG (lieu autogéré de Liévin), des militants libertaires et de gauche veulent créer un comité de soutien et envisager des actions pour demander sa "libération". Ils veulent en tout cas poser des questions.

Bruno Mattei, philosophe, défend notamment l'idée qu'Ingrid K. est peut-être "internée" à tort : "Pourquoi est-elle enfermée ? Elle dit qu'elle n'est pas folle. Elle revendique son acte. Elle reconnaît s'en être pris à un bien matériel. Le tableau est aujourd'hui intact. Elle a aussi calculé son geste. Elle ne l'a pas tailladé. Alors nous voulons que la société s'interroge. Nous pensons qu'il y a là matière à enquêter. Il y eu une folie médiatique autour de cette affaire. C'est trop facile de dire "C'est une folle et vive le musée du Louvre-Lens". De toutes façons, on ne va pas la mettre en prison. Elle sera peut-être condamnée à une peine avec sursis et une amende. Mais en attendant, est-il nécessaire de la laisser en hôpital psychiatrique ?"

Le comité de soutien sera créé officiellement ce mercredi à Liévin. 


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