“Le jour où Cahuzac m'a menti ” : Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, raconte

Le 5 décembre 2012, le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle interrogeait Jérôme Cahuzac au sujet d'un éventuel compte en Suisse à l'Assemblée.... / © Capture d'écran LCP
Le 5 décembre 2012, le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle interrogeait Jérôme Cahuzac au sujet d'un éventuel compte en Suisse à l'Assemblée.... / © Capture d'écran LCP

Dès le lendemain de la parution du premier article de Mediapart sur le compte présumé occulte en Suisse de Jérôme Cahuzac, le député UMP du Montreuillois,  Daniel Fasquelle, l'interroge à l'Assemblée, le 5 décembre 2012. Dès lors, Jérôme Cahuzac dément, et entre dans la spirale du mensonge.... 

Par Virna Sacchi

"Est-il exact, monsieur le ministre, que vous avez eu un compte non déclaré à l'Union des banques suisses de Genève pendant de longues années ?" : voici la première question posée à Jérôme Cahuzac par le député UMP du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle le 5 décembre 2012, à l'Assemblée. Réponse du ministre du budget : "Je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni auparavant". 

Un échange que vous pouvez revoir ici :

question-réponse Daniel Fasquelle / Jérôme Cahuzac

Quatre mois plus tard, la vérité éclate au grand jour. Jérôme Cahuzac avoue. Le député du Montreuillois et maire du Touquet Daniel Fasquelle revient sur cette journée, où un ministre a menti au sein-même de l'Assemblée Nationale.

Pourquoi est-ce vous, ce jour-là, qui avez interpellé Jérôme Cahuzac ?

C'est Jean-François Copé et François Fillon qui m'ont chargé du dossier car je suis vice-président de la commission des affaires économiques. Je suis  très impliqué dans la vie économique, et je m'intéresse de près aux questions fiscales, c'est donc en toute logique que la question m'a été confiée.

Cela devait être impressionnant d'interroger un ministre en exercice au sujet d'une fraude fiscale ?

Effectivement. Ma question n'était pas très longue, environ 30 secondes. Je l'avais délibérement voulue factuelle afin d'obtenir des réponses très précises. On ne peut pas porter de jugement sans réponses précises. 

Quelle a été votre réaction sur le moment ?

Je n'ai pas été convaincu. Je l'ai d'ailleurs dit le jour-même à un journaliste. Jérôme Cahuzac m'a répondu qu'il apporterait des explications devant la justice. C'était mettre une longue échéance. J'aurais voulu des preuves rapides. Preuves qu'il n'a jamais apportées.
Mais si moi j'avais des doutes, comment le Président et le Premier Ministre ont pu lui faire confiance ?  Un ministre qui voulait faire payer les riches et mettre en avant la lutte contre la fraude fiscale, qui a des comptes à l'étranger
!

Et à l'heure actuelle, quel est votre sentiment ?

Je suis très en colère, comme l'ensemble des Français. Nous avons été profondément trompés. Jérôme Cahuzac, avec Jean-Marc Ayrault et François Hollande, ont plongé notre pays dans la crise économique, sociale, mais aussi maintenant morale et politique. Les réponses apportées par François Hollande et Jean-Marc Ayrault aujourd'hui ne sont pas à la hauteur de la crise que le pays traverse. C'est pourquoi nous réclamons aujourd'hui un changement d'équipe et de cap.

C'est extrêmement grave, et pour moi cela a été l'occasion de découvrir qu’il n’existait pas de texte qui permettait de sanctionner un ministre qui ment aux parlementaires. Donc je vais dès cet après-midi déposer une proposition de loi pour combler cette lacune et pour faire en sorte qu’un ministre qui a menti dans l’exercice de ses fonctions, comme l’a fait Jérôme Cahuzac, puisse être poursuivi et sanctionné.

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