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Ferme aux avions : pourquoi il sera très compliqué de maintenir les oeuvres sur place

La ferme aux avions, chef-d'oeuvre en péril ? En tout cas, son avenir intéresse et il semble y avoir urgence si le Nord Pas-de-Calais veut le conserver en tant que patrimoine régional. Mais le site est-il conservable en l'état ? 
Un avion sur le toit de la ferme aux avions à Steenwerck, au bord de l'A25.
Un avion sur le toit de la ferme aux avions à Steenwerck, au bord de l'A25. © MAXPPP
Près de 8000 partages, des centaines de commentaires : l'avenir de la ferme aux avions vous passionne. Beaucoup sont nostalgiques et voient dans ce lieu coloré rouge et vert un "incontournable" du Nord Pas-de-Calais : "Souvenir d'enfance comme tout le monde peut le dire. On se repérait à cette maison étant petit pour savoir si on arrivait bientôt", écrit Juliette sur notre page Facebook. "J'adorais regarder quand j'étais jeune avec mes parents, et j'adore le faire voir à mes enfants quand je passe devant, commente également Véro

© MAXPPP
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© Céline Rousseaux
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© Céline Rousseaux

Notre mini-sondage a donc été sans appel : 90% de ceux qui ont répondu pensent qu'il faut sauver la ferme aux avions de Steenwerck. Oui, mais comment ? C'est la que le débat se complique. Dans La Voix du Nord et dans notre reportage, le maire de Steenwerck et la conservatrice du LAM de Villeneuve d'Ascq ont évoqué des solutions pour préserver des oeuvres qui se dégradent très vite depuis le départ en maison de retraite des propriétaires. 

Déménager ces oeuvres de la ferme aux avions serait une hérésie...


Le musée de la vie rurale de Steenwerck envisage de récupérer quelques pièces et le LAM, qui surveille le site de 1997 (les oeuvres sont répertoriées), parle aussi de démontage. Une réunion est prévue prochainement avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Il y a urgence. La dégradation est rapide et les avions, chars, ou autres objets sont très fragiles, exposés à tous les vents et à d'éventuelles dégradations malveillantes. Les mettre à l'abri semble être la solution privilégiée par les acteurs de ce dossier. Au moins dans un premier temps. 

Mais cette solution ne plaît pas à tout le monde. Pour beaucoup, éparpiller les oeuvres nuirait à l'esprit de cette oeuvre indissociable de son environnement. Arthur Vanabelle a créé des avions avec des objets de récup' autour de sa ferme, au bord de l'A25.

Alors beaucoup se disent un peu ennuyés à l'idée que ces oeuvres d'art brut pourraient être déplacées. "Déménager ces oeuvres de la ferme aux avions serait une hérésie, elles ont été conçues sur place elles doivent être vues sur place..., écrit sur notre site Christian Habart, un passionné de la région, auteur de documentaires.  A-t-on pensé à déménager l'oeuvre du Facteur Cheval ? Les conservateurs du LAM dont la compétence est reconnue doivent gérer ce lieu quitte à le couvrir d'un dome translucide pour en préserver l'authenticité et permettre la création d'un nouveau lieu touristique hors métropole. Mais les oeuvres doivent impérativement demeurer sur place."

"Je me dis qu'il vaut mieux à tout prendre que les choses en restent là..."


Bruno Montpied, qui tient un blog sur l'art brut et qui connaît les frères Vanabelle pour avoir participé à la réalisation d'un documentaire ("Bricoleurs de paradis") va plus loin : "Certains se mettent à pétitionner, redoutant de voir disparaître à brève échéance cette "Base de la Menegatte" (son véritable nom plutôt que "la ferme aux avions"), proche de Steenwerck dans le Nord. Ils réclament des "valorisations" par le département, la région...Moi, excusez-moi, mais ça ne me sourit guère, quand je vois ce qu'on est en train de faire comme "valorisation" autour du Palais Idéal du Facteur Cheval, en train de devenir le Mont-St-Michel de l'art brut, je me dis qu'il vaut mieux à tout prendre que les choses en restent là, qu'on les abandonne à leur poésie éphémère..."

Là, il y a urgence.


Savine Faupin, conservatrice de l'art brut au LAM, est consciente du problème et se dit même d'accord avec ces remarques sur le principe : "La solution idéale, ce serait de pouvoir tout garder sur place. Mais c'est la solution la plus difficile, sur le plan financier et pratique. Là, il y a urgence, il faut trouver des solutions très vite. Quand on va déplacer les oeuvres, il faudra bien documenter, faire des photographies, mettre en place des protocoles..." Pour pouvoir recréer à l'identique le site un jour ? Rien n'est moins sûr. 

Car les problèmes sont multiples : 

-Arthur Vanabelle est actuellement en maison de retraite. Mais sa santé ne lui permet plus de prendre des décisions ou discuter de l'avenir de sa ferme
-Le lieu leur appartient mais les Vanabelle n'ont pas de descendance directe. Que va-t-il se passer à leur décès ? Qui pourra décider quoi ? Impossible de le dire pour l'instant. "Quand j'ai rencontré Arthur Vanabelle rencontré en 2010, on avait discuté des objets, on a essayé de comprendre comment il faisait, raconte Savine Faupin, conservatrice de l'art brut au LAM. C'était un peu délicat de parler avec lui du devenir du lieu..."
-Un tel projet coûte forcément très cher en investissement et en entretien. 
-Faire de la ferme aux avions un musée vaut-il le coût et le coup ? 

Ailleurs, comment ça se passe ? 


A Viry-Noureuil, dans l'Aisne, la maison de Bodan Litnianski, ses murs en coquillages et ses piliers garnis d'objets jetés à la poubelle a longtemps attiré les curieux. Mais son créateur est mort en 2005. Depuis, ses descendants n'arrivent pas à vendre la maison et le site se dégrade énorménent. Et les autorités (mairie, Conseil général, DRAC...) ne semblent pas avoir de projet pour cette oeuvre d'art brut. A tel point qu'on parle désormais de a destruction. 
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remycallot

A Carvin (Pas-de-Calais), Rémy Callot, employé de bureau d'études des Houillères a construit autour de son petit baraquement carvinois des palissades qu'il a recouvertes de céramiques : scènes de chasse, frise consacrée à l'Egypte ancienne, dragons et pharaons. A sa mort, en 2001, les céramiques ont failli être détruites. Des travaux  de démolition ont abattu sa maison et ses appentis... Ils ont été freinés in extremis par la ville. Une part non négligeable des archives et des objets a disparu. Aujourd'hui, ses travaux retiennent l'attention des autorités culturelles. Il est question de restauration sous la vigilance du musée d'Art moderne de Villeuve-d'Ascq et de la DRAC. Il est question aussi que les fresques soient inscrites au patrimoine artistique de la région. On parle d'un musée d'art brut à ciel ouvert...

© Asuna90

Joseph Ferdinand Cheval (1836-1924), plus connu sous le nom du facteur Cheval,est sans doute le plus célèbre représentant de l'art brut en France. Il a passé 33 ans de sa vie à édifier un « Palais idéal » dans la Drôme. Son oeuvre est classée au titre des monuments historiques depuis 1969 et est donc entretenue et visitable. Selon Jean Dubuffet, inventeur du terme en France en 1945,  "l’art brut désigne des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythme, façons d’écritures, etc.) de leur propre fonds et non des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode“. 

Le LAM de Villeneuve d'Ascq a développé un axe autour des habitants paysagistes, ces personnes qui aménagent des choses autour de leur lieu de vie, donnant toute sa place dans l'art contemporain à cet art brut pas toujours reconnu. 
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